Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

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Mélanie
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Mélanie »

Fishdrake (et Johan aussi), sur ce débat, comme l’invite à le faire Johan, vous pouvez en discuter sur http://terresetranges.net/forums. Ce fil est réservé à l’influence du JdR sur l’écriture, pas de la meilleure façon de jouer.
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Ereneril
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Ereneril »

Si vous me permettez, je crois que la problème est beaucoup plus simple que ce qui paraît.

Le JDR se déroule autour d'une table. Il y a donc un tas d'action qui ne peuvent pas être faites en réalité. Jusque là, je pense que nous sommes tous d'accord.

C'est là qu'interviennent les règles : elles sont là pour simuler ce qui ne peut pas être fait en réalité.

A partir de ce moment,
- il y a des choses qui seront toujours (en tout cas dans 95% des cas) gérées par des dés ou en tout cas, un système de gestion suivant des règles pré-établies (combat par exemple)
- il y a des choses qui ne seront jamais (en tout cas dans 95% des cas) gérées par des dés (je parle à mon voisin de table)
- il y a des choses à la frontières (par exemple les compétences "sociales") qui, selon le jeu, le MJ, les joueurs pourront être gérées par des règles et dés ou non.

Le tout et finalement la seule chose importante, c'est que le MJ et les joueurs sachent tous à quoi s'en tenir et acceptent avec plaisir le mode de fonctionnement retenu. Et oui, n'oublions pas que si l'on joue, c'est par plaisir. Si on rechigne, autant ne pas jouer.

On peut prendre plaisir à une partie purement diplomatique dans laquelle on ne verra pas l'ombre d'un dés. On prendra autant de plaisir, à la session suivante, à passer 6 heures à gérer un combat unique et épique dans lequel on va jeter une bonne centaine de dés chacun. Cette seconde session relèvera plus du wargame que du JDR mais et alors ?
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Stef-
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Stef- »

C'est juste :)

Aucun système de règles n'est parfait, c'est un compromis autour duquel les joueurs se mettent d'accord. Et j'ai constaté, amha, au fil des systèmes de jeu qu'indépendamment des règles, les joueurs gardaient en fait la plus grande influence : les règles sont faites pour être interprétées, et les concepteurs de ces systèmes le conseillent le plus souvent. Ces règles servent à cadrer (à peu près) ce que les personnages des joueurs peuvent faire ou non dans l'histoire, et dans quelles conditions, mais cela ne reste qu'un cadre ludique, très grossièrement simplifié, afin que pour savoir si tel cavalier arrive à tirer à l'arc depuis sa monture, ou si un jedi s'en sort afin de récupérer un vaisseau parti en vrille, cela ne se traduise pas par des heures de simulation et de calculs savants autour de la table de jeu ?

Je suis d'accord avec Ereneril : mieux vaut prévenir que guérir. Se mettre d'accord sur le système utilisé et l'importance que les règles vont y avoir avant de commencer à jouer évite les écueils. Le choix de style de jeu aussi. J'ai joué avec des joueurs qui cloisonnaient bien cela : ils convenaient pour tel scénar d'une partie "réaliste" (avec plus de simulation etc, en prêtant attention aux références de notre monde réel "non même un bon nageur ne peut traverser aussi vite contre le courant cette rivière" etc.) et pour d'autres, un style plus fun ou plus délire, où pouvaient se passer des actions complètement invraisemblables. Suffit de se mettre d'accord, c'est le principal ?

Après, par rapport à l'impact sur l'écriture, parfois à tort ou à raison, la comparaison qui a tendance à revenir avec le jeu de rôles est qu'une "bonne histoire" ne devrait justement pas ressembler à un "mauvais" scénar de JDR.
Pour nuancer cela, c'est que dans la pratique, et ce qui peut donner aussi des idées intéressantes, une grande part du JDR, de la façon dont se tisse l'histoire est improvisée, par la force des choses. C'est un des attraits principaux du jeu, je trouve. :)
Alors qu'il est fortement déconseillé d'improviser l'écriture de sa nouvelle ou son roman (ce qui risque d'appeler de nombreuses corrections ou réécritures !) D'un JDR, peut-être une bonne histoire peut sortir, mais rarement acceptable pour l'oeil d'un lecteur, qui lui, n'attend pas les raccords qui font que l'histoire est "acceptable", il espère la meilleure histoire possible que peut produire l'auteur ? Les attentes ne sont pas les mêmes en fait, et le degré d'exigence dans la crédibilité des éléments, de la caractérisation des personnages, est plus élevé.

Mais il y a énormément à s'inspirer des bons moments de JDR, ne serait-ce que par le fait que ce théâtre semi-improvisé est un très bon exercice, très complémentaire de l'écriture, et un bon moyen de se réunir pour phosphorer autour d'un sujet entre amis ? :mage:

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Beorn
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Beorn »

Pour en revenir à l'écriture, le lien le plus évident que je vois entre le jeux de rôle et mon travail d'auteur, c'est... la SFFF ! Et même quelque chose de plus large encore : les histoires avec de l'action, des combats, des pirouettes et des dialogues vifs, du théâtre et des coups de bluffs. Toutes ces choses qu'on ne trouve plus en littérature, à moins de se tourner vers les genres (auquel on peut ajouter le polar, que personnellement, je ne pratique pas).
Si les univers médiévaux (Warhammer, Stormbringer...), SF (cyberpunk), fantastiques (Vampire, Chthulu...), me sont familiers, je pense que c'est dû à l'habitude d'y avoir joué.

Ce qui me plaisait, c'était ce côté "imagination sans limite" ou plus exactement, l'imagination "créée par les mots."
J'avais un peu (beaucoup) oublié toute mon adolescence passée à jouer à des JdR quand j'ai commencé à écrire de la fantasy 10 ans plus tard, mais je crois que cette expérience était tout de même là, en moi, et imprégnait ma manière de construire mes univers.

En revanche, techniquement, je pense qu'il y a peu à tirer en écriture de la structure d'une partie de jeu de rôle. Sinon peut-être l'habitude de l'improvisation, qui peut permettre de se sortir d'un synopsis bloqué ou d'une scène qui ne nous convient pas.

Je me méfie particulièrement des côtés "petite énigme à résoudre entre copains" ou "objet magique +2" ou encore "petit indice excitant qu'on va trouver sous le lit" parce que ce sont des trucs qui relancent peut-être l'intérêt d'une bande de copains, mais pas tellement celui du lecteur, àmha.

Un personnage fascinant, en JdR, ce sera d'abord un gros balaise qui fait peur parce qu'il a beaucoup de points partout (bien sûr, il n'y a pas que ça, mais s'il est mauvais en combat, il aura vraiment du mal à être fascinant) alors qu'un personnage fascinant dans un roman peut-être une quiche en combat, voire une nullité dans toutes les compétences. Il peut être un enfant, un vieillard ou une pucelle sans défense.
Sa description, sa mise en scène (l'articulation des scènes où on le voit, par exemple), son aspect, ses actes, l'attraction ou la répulsion qu'il inspire aux autres personnages, tout cela peut lui donner une profondeur qu'il n'aurait jamais eu dans un JdR.

Mais là, je crois qu'on touche du doigt la différence majeure : un JdR, ça ne s'écrit pas. Pas de style, pas de structure narrative prévue à l'avance, pas de réglage des mots justes au millimètre...
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Celia
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Celia »

Beorn a écrit :Pour en revenir à l'écriture, le lien le plus évident que je vois entre le jeux de rôle et mon travail d'auteur, c'est... la SFFF ! Et même quelque chose de plus large encore : les histoires avec de l'action, des combats, des pirouettes et des dialogues vifs, du théâtre et des coups de bluffs. Toutes ces choses qu'on ne trouve plus en littérature, à moins de se tourner vers les genres (auquel on peut ajouter le polar, que personnellement, je ne pratique pas).
Hors sujet, mais je trouve que tu va un peu vite en généralisation ^^
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Beorn
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Beorn »

Oui, sans doute, on doit pouvoir trouver des exceptions (la littérature historique, par exemple, mais voilà encore un genre), la littérature pour enfant/ado (mais très souvent SFFF) et sûrement quelques romans isolés. Ce qui est dommage, car cela n'a pas toujours été le cas. L'époque des Jack London et des Stevenson semble révolue.
Mais si tu as de bons contre-exemples, je suis preneur. ;)
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Celia »

Il faut que je fouille, ça fait longtemps que je n'ai plus lu de blanche (mais en dialogues/styles vifs, et avec des retournements de situations, je place Trainspotting sur un piédestal, même si, certes, sous l'influence de substances illicites, on peut le considérer comme un livre de SFFF ^o^) (Bon c'est vrai aussi qu'il commence à dater)
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Roanne »

Beorn a écrit :Un personnage fascinant, en JdR, ce sera d'abord un gros balaise qui fait peur parce qu'il a beaucoup de points partout (bien sûr, il n'y a pas que ça, mais s'il est mauvais en combat, il aura vraiment du mal à être fascinant) alors qu'un personnage fascinant dans un roman peut-être une quiche en combat, voire une nullité dans toutes les compétences. Il peut être un enfant, un vieillard ou une pucelle sans défense.
Sa description, sa mise en scène (l'articulation des scènes où on le voit, par exemple), son aspect, ses actes, l'attraction ou la répulsion qu'il inspire aux autres personnages, tout cela peut lui donner une profondeur qu'il n'aurait jamais eu dans un JdR.
Pour la pucelle, tu n'as pas pu t'en empêcher ! :heart:

J'ai très peu joué aux jeux de rôles et jamais je n'ai joué de gros balaise ni trouvé ces derniers fascinants (par contre je m'arrangeais pour qu'ils me prennent en pitié et me protègent car mes personnages n'étaient en général pas aptes à se défendre ^^).
Le joueur qui m'a le plus scotchée, fascinée, interprétait toujours des personnages très intelligents (parce qu'il l'était assez pour le faire) et manipulateurs. Son frangin c'était tout le contraire et ça nous a valu les moments vraiment très très drôles.
Ces deux-là, du moins les personnages que je les ai vu jouer, pourraient vraiment devenir des personnages de roman, sans aucun problème. Resterait à retranscrire leur verve et ça... rien que d'y penser... ^^
Puis après, c'est clair que le scénario d'un jeu de rôle, ce n'est pas un scénario de roman. Mais ça c'est encore un autre thème de discussion sur lequel je ne m'engagerai pas car je n'ai pas assez d'expérience.
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Beorn
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Beorn »

Roanne a écrit :Pour la pucelle, tu n'as pas pu t'en empêcher ! :heart:
^^
Roanne a écrit :J'ai très peu joué aux jeux de rôles et jamais je n'ai joué de gros balaise ni trouvé ces derniers fascinants (par contre je m'arrangeais pour qu'ils me prennent en pitié et me protègent car mes personnages n'étaient en général pas aptes à se défendre ^^).
Le joueur qui m'a le plus scotchée, fascinée, interprétait toujours des personnages très intelligents (parce qu'il l'était assez pour le faire) et manipulateurs. Son frangin c'était tout le contraire et ça nous a valu les moments vraiment très très drôles.
Ces deux-là, du moins les personnages que je les ai vu jouer, pourraient vraiment devenir des personnages de roman, sans aucun problème. Resterait à retranscrire leur verve et ça... rien que d'y penser... ^^
Ah mais oui, bien sûr, je parlais des PNJ (personnages non joueurs) mais je m'aperçois que ce n'était pas clair du tout dans mon intervention.
Les "vrais" joueurs avec un bon role playing peuvent incarner des personnages fascinants, indépendamment des petits chiffres inscrits sur leur fiche. ;)
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Johan Scipion
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Johan Scipion »

Alleeeez, pour me faire pardonner mes digressions précédentes, un post pile poil on topic. :-)


Beorn a écrit :un JdR, ça ne s'écrit pas. Pas de style, pas de structure narrative prévue à l'avance, pas de réglage des mots juste au millimètre...
Je ne suis pas d'accord et j'explique pourquoi.

En premier lieu, les textes constituant un jdr sont divers, ce qui rend la généralisation difficile. Quand j'écris Sombre (ouais je sais, je parle toujours de mon jeu mais c'est pour pouvoir m'appuyer sur du concret. Ça m'évite de raconter de grosses conneries en parlant de trucs que je ne connais pas), je distingue :

+ Les règles.
+ Les scénarios.
+ Les conseils.
+ Les settings (décors de jeu)

Quatre types de textes assez différents.


Le plus difficile du point de vue de l'écriture, clairement, ce sont les règles. C'est d'une exigence folle car ça doit être précis, concis et en même temps didactique et accessible. Stylistiquement, faut savoir rester aussi neutre que possible sans pour autant être trop chiant. Le texte doit être hyper efficace (il sera utilisé comme référence durant le jeu) mais pas si aride qu'il décourage le lecteur de bonne volonté.

En terme d'écriture pure (j'entends par là de technique, pas d'expression personnelle), je n'ai jamais écrit quoi que ce soit d'aussi difficile. Vraiment, c'est hardcore. Le réglage des mots ne se fait pas au millimètre mais au nanomètre.



Pour le reste (scénarios, conseils, settings), l'exigence stylistique me paraît effectivement moindre qu'en littérature, ne serait-ce que parce que le rôliste moyen n'y est pas excessivement sensible. On ne lit pas du jdr pour goûter la musicalité de la langue mais pour préparer de futures (souvent hypothétiques) parties.

Ça ne m'empêche pas de soigner le style parce que je pense que c'est une bonne manière d'accrocher le lecteur et de rendre le texte plus digeste, toutes choses qui accroissent les chances du passage du livre à la table (ce qui est mon but : j'écris Sombre pour qu'il soit joué, la lecture n'est qu'une étape).

Pour ce qui est des scénarios et des settings, des descriptions (de personnages, de lieux) bien écrites les rendent tout de suite plus vivants. Ça imprime mieux l'imagination du lecteur, potentiel futur meneur, et c'est l'un des trucs les plus efficaces pour favoriser le passage à la table. Si tu mets des images fortes dans la tête d'un meneur, il va avoir envie de les transmettre à ses joueurs.

La différence avec la littérature, c'est que je ne cherche pas l'effet stylistique. Je mets la langue entièrement au service du fond, plus encore que je ne le fais en fiction. Autre différence, le texte est très segmenté (parties, sous-parties, paragraphes, avec la patate de titres et d'intertitres). Outre que ça évite de trop se casser la tête sur les transitions, c'est essentiel pour aménager l'infodumping et rendre le truc un minimum fonctionnel (ces textes seront également consultés durant le jeu, on doit pouvoir s'y retrouver facilement) et aussi, tout bêtement, digeste.

À ce niveau, trouver le ton juste aide pas mal. Par exemple, j'ai pris le parti d'écrire mes conseils à la première personne du singulier (ce qui est raccord avec mon idée que Sombre est un jeu d'auteur) et ça m'aide à les rendre plus fluides, plus vivants. Toujours le souci de maintenir l'attention du lecteur même quand les textes ne racontent pas d'histoire, soit qu'ils sont descriptifs (conseils, settings), soit que leur volet narratif est réduit à l'état de potentialité (les scénarios, qui ne sont pas des histoires abouties mais un mode d'emploi pour en raconter collectivement).



J'avoue que j'ai des envies de littérature d'après jeu de rôle. Pas de littérature rôliste, hein, je ne veux pas romancer des comptes rendus de parties. Ce n'est pas mon kiff. Je voudrais tirer des nouvelles de la matière que j'ai produite pour certains de mes scénarios Sombre. Mes univers rolistes et littéraires sont si proches que la tentation de puiser dans le jdr du matos à littérature est super forte. Et bon, comme je suis faible, je sens que je vais finir par tenter le drop.

A pirori, la difficulté majeure tient à la virtualité narrative des scénarios. Un truc qui me semble faire une différence énorme, c'est la présence/absence de prétirés. La littérature, du moins celle que j'écris, c'est des histoires de gens particuliers. En jdr, je suis parfois amené à construire des structures narratives autour de personnages génériques (dans mon jeu, des victimes lambda, personnifiées d'aucune façon, pas même nommées). Y'a un effet de coquille vide qui rend le passage à la littérature hyper délicat. Enfin, je trouve.

L'adaptation de mes scénarios avec prétirés me parait plus facile ou au moins plus naturelle car il s'agit déjà de vraies histoires de gens. Virtualité ludique oblige, elles sont nettement plus ouvertes que des histoires littéraires, mais au moins, elles sont character centered. Dans une perspective d'adaptation, cela me semble un bon point.

Ce qui est super avec le jeu de rôle, c'est la possibilité d'expérimentation. Écrire, jouer, réécrire, rejouer, ad nauseam. Ça ne rend pas le scénario plus littéraire pour autant mais ça permet d'essayer tout un tas de trucs en direct, avec de vrais personnes autour de la table. Je ne prétends évidemment pas que les joueurs sont des bêta-lecteurs live (ils n'ont de toute façon pas accès au texte) mais pour avoir une idée de ce qui, narrativement parlant, marche ou pas, playtester est assez cool.

Sans compter l'effet de crowd sourcing. Quand tu mènes souvent un scénario (au moins une douzaine de fois chacun des miens et pour certains, plus d'une quarantaine. Merci les conv), ça permet à plein de joueurs de mettre grave du leur dedans (personnages, dialogues, scènes additionnelles et autres imprévus rôlistes). Excellente source d'inspiration, m'est avis.
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Stef-
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Stef- »

Johan Scipion a écrit :Alleeeez, pour me faire pardonner mes digressions précédentes, un post pile poil on topic. :-)


Beorn a écrit :un JdR, ça ne s'écrit pas. Pas de style, pas de structure narrative prévue à l'avance, pas de réglage des mots juste au millimètre...
Je ne suis pas d'accord et j'explique pourquoi.
Je pense que Paul parlait du déroulement de la partie en elle-même plus que du scénario. Le dialogue des joueurs est essentiellement improvisé (heureusement !)

Dans le matériel à utiliser (éventuellement, rien n'est obligatoire), sur le contexte, l'univers, le scénario proprement dit, c'est vrai que le soin littéraire gagnerait à être le même que dans la littérature, je suis d'accord, et la lecture de certains scénarii "tous faits" du commerce prête parfois à sourire.

Merci pour ton éclairage intéressant ! :)

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Tristeplume
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Tristeplume »

Beorn a écrit :En revanche, techniquement, je pense qu'il y a peu à tirer en écriture de la structure d'une partie de jeu de rôle. Sinon peut-être l'habitude de l'improvisation, qui peut permettre de se sortir d'un synopsis bloqué ou d'une scène qui ne nous convient pas.
Et pour avoir testé, 9 fois sur 10 tu sors un gros deus ex machina qui n'échappera pas à la vigilance des bétas lecteurs. ;)

En revanche, je pense que l'expérience peut-être bénéfique en terme de gestion du rythme et des moments de tension. Tout comme dans un roman, si les phases d'enquête, de réflexion, de combats, de descriptions sont trop longues, les joueurs se lassent.
Beorn a écrit :Un personnage fascinant, en JdR, ce sera d'abord un gros balaise qui fait peur parce qu'il a beaucoup de points partout (bien sûr, il n'y a pas que ça, mais s'il est mauvais en combat, il aura vraiment du mal à être fascinant) alors qu'un personnage fascinant dans un roman peut-être une quiche en combat, voire une nullité dans toutes les compétences. Il peut être un enfant, un vieillard ou une pucelle sans défense.
Sa description, sa mise en scène (l'articulation des scènes où on le voit, par exemple), son aspect, ses actes, l'attraction ou la répulsion qu'il inspire aux autres personnages, tout cela peut lui donner une profondeur qu'il n'aurait jamais eu dans un JdR.
Bien au contraire, un autre point positif du JdR est d'acquérir une certaine expérience pour créer, camper et mettre en scène des "personnages non joueurs" (PNJ) crédibles.
Justement, il est important que les joueurs visualisent le PNJ et le respectent pour ce qu'il est. Dans ma manière de maîtriser, c'était un élément indispensable pour alimenter la tension dramatique. Ces PNJs doivent susciter méfiance, confiance, colère, inquiétude, admiration, etc... Cela impose donc de bien réfléchir à la "gueule" du PNJ pour qu'il laisse une empreinte.

(L'un de mes meilleurs PNJs, du moins celui qui faisait réagir mes joueurs au quart de tour, était une nullité en terme de compétences, moins fort que les joueurs, une espèce de petite frappe vicieuse mais qui était un ami d'enfance des joueurs, qui les a accompagnés pendant plusieurs scénarios avant de les trahir puis de devenir un PNJ récurrent menant sa propre barque, parfois contre, parfois avec les joueurs.)

Le défaut, c'est de devoir recourir à des clichés qui permettent de brosser le PNJ en quelques traits.
Mais là, je crois qu'on touche du doigt la différence majeure : un JdR, ça ne s'écrit pas. Pas de style, pas de structure narrative prévue à l'avance, pas de réglage des mots justes au millimètre...
Ben quand j'écrivais mes scénars, c'est sûr que le style n'avait rien de littéraire. En revanche, je travaillais justement la structure narrative ainsi que le rythme que je voulais donner à la partie.
Et parfois, je me faisais plaisir sur des "aides de jeu". Par exemple, pour un scénar, j'ai écrit une petite pièce de théâtre.

En définitive, ce que je retiens de mon expérience à moi :
Points positifs : gestion du rythme et de la tension dramatique, description des personnages, dialogues.
Points négatifs : manque de rigueur, faire trop confiance à l'improvisation, deus ex machina, clichés, manque de profondeur/cohérence.
— Malach, avez-vous entendu ça ? Je suis, je cite, "drôle, tourmenté, incompris".
— Je ne vois pas en quoi c'est flatteur.
— Mon cher, cela veut dire que je plais aux femmes !
— Décidemment, je ne les comprendrai jamais.

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Johan Scipion
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Johan Scipion »

Stef- a écrit :le soin littéraire gagnerait à être le même que dans la littérature, je suis d'accord, et la lecture de certains scénarii "tous faits" du commerce prête parfois à sourire.
Clair que certaines productions rôlistes sont indigentes. Mais des nouvelles ou des romans mal branlés, y'en a aussi un paquet. Perso, je dirais que la proportion grosses merdes / produits corrects / chef-d'œuvres est la même en jeu de rôle que dans n'importe quel secteur de l'industrie culturelle.

Le truc, c'est qu'on ne peut pas juger un scénario de jdr à l'aune d'un roman ou d'une nouvelle. Hors les questions de propreté du texte (chasse aux fautes et aux coquilles, expression correcte, clarté du propos), qui constituent à mon sens un minima de qualité pour toute production textuelle qui se respecte, les fonctions du scénar de jdr et du texte de fiction sont différentes. Difficile dans ces conditions de les évaluer selon les mêmes critères. Tel élément qui fera une excellente nouvelle pourra n'avoir que peu d'intérêt en jeu de rôle et inversement.

En particulier, le jdr s'accommode extrêmement bien des stéréotypes et des clichés. Bien mieux que la littérature en tout cas, où l'originalité et l'expression personnelle constituent des critères de qualité majeurs. En jdr, non et pour plusieurs raisons.

Il faut bien avoir en tête que le texte n'est pas la finalité du jdr. Le bout de chaîne, c'est la partie. Ce qui va donner son originalité à cette dernière, ce n'est pas tant le scénario en lui-même (même si, bien sûr, ça aide bien) que la manière dont la table va se l'approprier. On peut faire des parties super personnelles en s'appuyant sur des scénarios ultra formatés. Transformer le plomb textuel en or ludique, avec un meneur et des joueurs inspirés, c'est possible. L'alchimie rôliste existe ! :-)

Bien entendu, rien de tout ça n'interdit l'expression personnelle de l'auteur. Le média jeu de rôle ne le condamne pas à produire des scénarios stéréotypés. Les contraintes de production (assez comparables à celles de la grande époque des pulps) poussent certes à bâcler (le jdr est super mal payé, pour en tirer ne serait-ce qu'un revenu complémentaire, faut grave pisser du signe et surtout ne pas perdre de temps à tester) mais ce n'est pas lié au média en lui-même, juste à la façon dont s'organise la micro-industrie qui vivote autour de lui.

Si on le veut et si on le peut (ce qui suppose une cadence de production super élevée et/ou de ne pas avoir besoin du jdr pour vivre), on peut se donner du mal pour faire plus personnel/original que le tout ventant rôliste, et beaucoup d'auteurs le font. Conséquence, on peut fort bien se retrouver, comme en littérature, à suivre le travail d'un auteur particulier parce qu'on lui reconnaît des qualités (de fond et/ou de forme) que d'autres n'ont pas. Perso, je suis metafan de John Tynes, un auteur qu'il est ultra bon.

Si l'originalité n'est pas un critère déterminant en jeu de rôle, c'est aussi parce que le média est très référentiel. L'un des attraits du jdr, c'est la possibilité de se replonger dans des univers et des histoires connus. Typiquement, j'adore lire du Lovecraft ou regarder du Star Wars, alors je joue à des jeux qui me permettent d'explorer ces univers, avec le bonus d'être en position d'acteur et non plus simplement de lecteur/spectateur. Kiffant.
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Beorn »

Beorn a écrit :un JdR, ça ne s'écrit pas. Pas de style, pas de structure narrative prévue à l'avance, pas de réglage des mots juste au millimètre...
Johan a écrit :Je ne suis pas d'accord et j'explique pourquoi.
Stef a écrit :Je pense que Paul parlait du déroulement de la partie en elle-même plus que du scénario. Le dialogue des joueurs est essentiellement improvisé (heureusement !)
Oui, je parlais de la partie elle-même, qui passe essentiellement par l'oral et, contrairement au théâtre, ne repose pas sur des dialogues pré-écrits (sauf exception).
Johan a écrit :Pour le reste (scénarios, conseils, settings), l'exigence stylistique me paraît effectivement moindre qu'en littérature, ne serait-ce que parce que le rôliste moyen n'y est pas excessivement sensible. On ne lit pas du jdr pour goûter la musicalité de la langue mais pour préparer de futures (souvent hypothétiques) parties.
Ce qui est assez amusant, c'est que beaucoup de grands noms de la fantasy française d'aujourd'hui écrivaient des scénarios de jeux de rôle dans les années 90', je pense à Pierre Pevel ou Gérard Guéro (Ange).
Mnémos (éditeur de romans de fantasy) était au départ une succursale de Multisim (éditeur de jeux de rôle).
Tristeplume a écrit :(L'un de mes meilleurs PNJs, du moins celui qui faisait réagir mes joueurs au quart de tour, était une nullité en terme de compétences, moins fort que les joueurs, une espèce de petite frappe vicieuse mais qui était un ami d'enfance des joueurs, qui les a accompagnés pendant plusieurs scénarios avant de les trahir puis de devenir un PNJ récurrent menant sa propre barque, parfois contre, parfois avec les joueurs.)
De la façon dont tu en parles, ça donne envie. ;) Cela dit, tu ne pouvais faire cela que sur le très long terme (mêmes joueurs, même univers...).
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Bragelonne : Le 7ème Guerrier-Mage / Calame T1
Castelmore : Le jour où... / 14-14 / Un ogre en cavale / Lune rousse
Rageot : Le club des chasseurs de fantômes 1 et 2

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Johan Scipion
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Re: Quel rôliste êtes-vous ? Cela vous influence ?

Message par Johan Scipion »

Beorn a écrit :Ce qui est assez amusant, c'est que beaucoup de grands noms de la fantasy française d'aujourd'hui écrivaient des scénarios de jeux de rôle dans les années 90'
Y compris des auteurs aujourd'hui reconnus en littérature pour leurs qualités stylistiques. Jean-Philippe Jaworski par exemple a sa bio sur le Grog : http://www.legrog.org/biographies/jean- ... e-jaworski
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