[A] Vos premières phrases : un enfer ou un plaisir ?

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Re: Vos premières phrases : enfer ou paradis ?

Message par Axolotl-a-besicles » dim. août 03, 2014 12:21 am

Flume a écrit :Bonjour à tous,

Pour moi l'incipit est une chose dont il faut se préoccuper à la relecture et à la correction du texte pas au début. Le texte évoluera au fur et à mesure que vous l'écrirez et n'aura sa forme définitive qu'une fois relu (de nombreuses fois) et corrigé (idem). Donc les premières phrases doivent à mon sens refléter le texte et non pas l'inverse. Un peu comme quand vous écrivez l'introduction d'un rapport, vous le faites à la fin.

Pour choisir comment écrire votre incipit, vous pouvez vous poser la question de la fonction et de la forme comme présenter ici

Personnellement, j'aime beaucoup le "In media res"

J'ai trouvé aussi cet article que je trouve assez bien.

edit :
J'aurais une question liée :
À votre avis, peut-on commencer toutes les nouvelles d'un recueil par la même forme d'incipit, un peu comme une marque de fabrique ou un style d'écriture, sans lasser le lecteur ?
Merci Flume pour tes articles !
J'avais de vagues souvenirs de ces concepts, datant de la classe de première où on avait étudié les incipits des romans du Prix Goncourt (on participait au Goncourt des Lycéens 1997... oui... c'est vieux... :MamieGrenouille:)

Sinon, pour ta question, comme ça je dirais qu'à moins d'avoir une bonne raison de commencer tous les textes d'un recueil de la même manière (c'est-à-dire pas juste "des textes sur le même thème" mais une unité plus profonde, comme un recueil de poésie), tu risques de lasser ton lecteur. L'idée c'est toujours : qu'est-ce que tu cherches à faire exactement et quelle est la méthode la plus efficace ?

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Re: Vos premières phrases : enfer ou paradis ?

Message par Axolotl-a-besicles » dim. août 03, 2014 12:41 am

[quote="Kushiel"
Par ailleurs, en SFFF, n'a-t-on pas l'habitude d'utiliser surtout les incipit dynamiques et suspensifs ? (sauf quand on s'appelle Tolkien bien sûr ;))[/quote]

Je ne sais pas ; j'ai plutôt l'impression que l'incipit "de base" c'est le progressif : on distille l'information au fur et à mesure, quand le lecteur en a besoin. En tout cas c'est ce que j'ai tendance à faire, et je suis sûre de l'avoir vu un certain nombre de fois, chez Orson Scott Card par exemple. Il me semble que le "in medias res" est surtout employé dans les romans d'action, même si Frank Herbert le fait aussi dans Dune (qui est quand même assez philosophique pour du planet opera !)

JRR Tolkien n'emploie pas le statique mais le progressif dans Lord of the Rings (où in peut considérer que l'exposition dure jusqu'au Conseil d'Elrond, page 100 et quelque !). Dans le Silmarillion, si on s'attache uniquement au Quenta Silmarillion, joyau du livre posthume édité par Christopher Tolkien, c'est un récit épique qui commence comme de juste "in medias res" : It is told among the wise that the First War began before Arda was full-shaped, and ere yet there was anything that grew or walked upon earth ; and for long Melkor had the upper hand.
(et Tolkien continue en décrivant la venue de Tulkas, qui renverse la situation et permet aux Valar de l'emporter contre Melkor, futur maître de Sauron).
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Re: Vos premières phrases : enfer ou paradis ?

Message par Kushiel » dim. août 03, 2014 8:47 am

a dit :
JRR Tolkien n'emploie pas le statique mais le progressif dans Lord of the Rings (où in peut considérer que l'exposition dure jusqu'au Conseil d'Elrond, page 100 et quelque !)
C'est pour cela que j'avais cité Tolkien: du progressif qui dure …. :lol:
Sinon, je suis allée mettre le nez dans ma bibliothèque ce matin, pour relire certains incipit. En fait pas d'incipit descriptif pur sur un bref échantillonnage. Mais j'ai eu parfois du mal à distinguer clairement le type d'incipit. Quelques exemples différents en fonction du genre:

-En fantaisie: Dans la roue du temps (Jordan) : on est à la fois dans le dynamique (Lews Therin vient de massacrer les siens, il commence à tout casser sur Mont-Dragon) et dans le suspensif (qu'est-ce que le saidin, la souillure, cet homme qui vit dans un palais etc;)
- En SF: Dans la stratégie Ender ( Card), c'est pareil : du suspensif, puisqu'on parle d'emblée de Doryphores, du frère Peter mais sans explication, de moniteur qu'on enlève et également du dynamique puisque la scène s'achève sur le bagarre entre Ender et un camarade.
- En space opéra : Dans rupture dans le réel (Hamilton), on a un incipit dynamique puisque le livre démarre sur une bataille spatiale mais également du descriptif (information sur l'univers)
- En fantaisie, parce que cela aurait été dommage de ne pas le citer, le trône de fer (GRR Martin) : on a un incipit assez descriptif au début (Ser Waymar, la garde de la nuit, les missions, le mur) puis finalement très dynamique car les morts se sont relevés et les Autres apparaissent (mais c'est quoi les Autres ?)

J'ai l'impression que sur ces quelques exemples, si les auteurs ont privilégié soit un début descriptif ou suspensif, ils ont eu tous recours également à une forme dynamique (début de l'action très rapide, comme pour mieux happer le lecteur et lui donner envie de continuer). Est-ce une leçon à retenir quand on écrit ? Faire figurer systématiquement une scène d'action dans le premier chapitre ? :perplexe:
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Re: Vos premières phrases : enfer ou paradis ?

Message par Flume » dim. août 03, 2014 10:22 am

Merci aux grenouilles qui ont répondu à ma question.

Je suis sorti du grenier avec quelques livres. Je pense que ça peut être une bonne chose d'avoir une petite bibliothèque d'exemple sous la main. Je n'ai pas tout mis car c'est assez rébarbatif. J'en rajouterai au fur et à mesure.
Petite note pour les modérateurs : Il me semble que légalement c'est bon, les extraits tombant dans le "droit de courte citation". Mais si je me trompe merci de m'en faire part je supprimerai les messages.

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Je joins à présent les mains, et je m'incline devant les quatre coins du monde.
Mon nom de famille est Lou et mon prénom You, mais i ne faut pas me confondre avec l'éminent auteur du Classique du thé. Ma famille est parfaitement banale et, comme je suis le dixième fils de mon père et plutôt robuste de ma personne, on s'adresse d'ordinaire à moi en m'appelant Bœuf Numéro Dix.

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Monsieur le lieutenant-colonel daigna réfléchir.
Une mouche imbécile, totalement hébétée par les premiers jours de l'automne nordique, se conduisait comme une pute bon marché, ivre de s'être cuitée sans bourse délier : elle s'envolait, se posait sur des papiers en tirant sur ses pattes, vrombissait d'une manière déchirante, rampait dans tous les sens en essayant de goûter aux dernières joies de sa courte vie de mouche.

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– Le soleil n'est pas un dieu, affirma Alad en achevant de charger son âne. Ni Utu, comme nous disions à Sumer, ni Rê, comme on dit ici. Il n'est que le soleil. Une force de la nature.

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Les derniers sauveteurs avaient abandonné les recherches depuis des mois. Quand l'Américaine sortit sur sa bicyclette d'une petite passe de montagne peu fréquentée au cœur des Alpes italiennes, son mari avait déjà reçu un avis l'informant qu'elle était présumée morte.

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