Le conflit en narration

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Anaïs
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Le conflit en narration

Message par Anaïs » dim. janv. 28, 2018 8:06 pm

:gyro: Attention, le but de ce fil n'est pas de débattre de l'utilité ou non des manuels d'écriture, mais d'échanger autour de la notion de conflit et de ce qu'elle recouvre.

En consultant l'index, je n'ai pas trouvé de fil de discussion spécifiquement sur le conflit en narration, mais s'il y en a un, que la force fuchsia n'hésite pas à faire du ménage ;)

J'ai suivi un atelier d'écriture donné par Lionel Davoust sur le sujet il y a quelques semaines, et en discutant avec quelques grenouilles je me suis aperçue que je n'étais pas la seule à avoir du mal avec cette notion de conflit.

Certains auteurs d'ouvrages techniques sur l'écriture (notamment Yves Lavandier dans la Dramaturgie) considèrent que le conflit est la base de toute histoire, le dénominateur commun.

Jusqu'à présent, je trouvais que le conflit, c'était un mot fourre-tout, que ceux qui l'employaient parlaient de tension narrative en général... Suite à l'atelier mentionné plus haut, je suis en train de réviser mon jugement ^^

En effet, ceux qui manipulent le concept ne le cantonnent pas à la définition de base : le conflit frontal (schématiquement, A casse la gueule de B). L'idée, c'est de chercher un rapport conflictuel, qui peut s'engager entre deux personnages, rester "interne" à un unique personnage, se manifester via le contexte dans lequel évolue le héros (une grosse tempête par exemple).

En gros, un conflit ça se résume de la manière suivant :
le conflit a écrit :quelqu'un veut quelque chose d'important, et c'est compliqué d'y arriver
Cette chose est importante pour le personnage, ce n'est pas forcément un enjeu mondial ou cosmique.

Ce qui est intéressant avec cette notion de conflit, c'est qu'elle peut servir à l'échelle de l'histoire globale, comme à l'échelle de la scène. Utilisée dans une scène, c'est le moteur qui va définir, dynamiser, faire avancer l'action. Utilisé sur l'histoire, c'est ce qui va en définir les tenants et les aboutissants.

Voici quelques types de situations qui sont en réalité des conflits, à l'aune de ce que je viens de résumer :
- le conflit frontal (il ne s'agit pas forcément d'une scène de bataille)
- le conflit tangentiel (on veut la même chose mais on n'est pas d'accord sur les moyens)
- la prise de décision (conflit interne à un personnage)
- la relation amoureuse
Notez que l'atelier d'écriture que j'ai suivi, qui se déroulait sur 2 jours, consistait en 6 exercices, en gros écrire 6 scènes, chacune avec un type de conflit. Il fallait démarrer et terminer au plus près de l'action. Eh bien cette méthode est redoutable pour monter en deux coups de cuillère à pot une histoire qui tient la route, dynamique, avec une évolution des personnages et tutti quanti :wow:

Autre chose, le conflit n'oppose pas forcément deux volontés (A vs B, A contre lui-même en interne, A contre la nature, etc.), il peut y avoir plus de monde qui débat ^^ ce qui rend la mécanique plus délicate à manier, bien sûr.

J'aimerais bien relire mon Lavandier pour voir si je comprends mieux ce qu'il raconte sur le conflit, maintenant ^^ je ne sais pas quand je le ferai, mais le moment venu, je reviendrai ici vous dire le résultat.
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Re: Le conflit en narration

Message par Lilie » dim. janv. 28, 2018 9:54 pm

Merci pour ce compte-rendu Anaïs, c'est très intéressant !! :love:
Pour moi, le conflit (dans un récit), c'est en gros ce qui va permettre au personnage d'évoluer. Il rentre dans une scène avec un état A, doit dépasser un conflit, une "difficulté" (peu importe laquelle), et à l'issue de ça, il atteint l'état B (différent du A, pas forcément "meilleur" pour lui, ou meilleur pour ceux qui l'entourent).

Donc lorsqu'un personnage hésite à se lancer dans une aventure (mais finalement dépasse ses craintes pour y aller quand même), change par amour pour quelqu'un, terrasse un dragon, c'est du conflit.
C'est d'ailleurs en cela que je n'arrive pas à imaginer comment il puisse y avoir construction d'un récit sans aucun conflit. Et en tout cas si ça existe, en tant que lectrice, je crois que ça ne me plairait pas beaucoup de lire des histoires de ce type ! Un récit où aucun personnage n'évolue, ou tout reste à l'état initial, ben.... ça me parait un peu ennuyeux, de l'extérieur.
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Re: Le conflit en narration

Message par Nana » dim. janv. 28, 2018 10:24 pm

Pareil que Lilie.
Pour moi, le conflit (au sens large) est ce qui permet l'enjeu. S'il n'y a pas de conflit, rien ne se met en travers du chemin du héros, et du coup le héros a tout ce qu'il veut tout de suite. Alors que selon moins, l'intérêt d'une histoire est de savoir comment le héros va arriver à avoir ce qu'il veut (ou pas), ou comment il va évoluer.
D'ailleurs, j'ai du mal à trouver un exemple d'histoire où tout serait absent. l'exemple le plus proche est un film que j'avais vu et détesté parce que j'avais l'impression qu'il n'y avait pas d'histoire, juste deux ados qui tombaient amoureux pendant deux heures, et même là, j'arrivais à trouver du conflit (puisque A voulait e rapprocher de B alors que B ne voulait pas). Je vois mal comment une histoire pourrait démarrer si le héros ne rencontre aucune opposition.
Ca me fait penser à quelque chose à propos des séries policières : les scénaristes mettent le plus de temps possible à caser le duo de flics ensemble parce qu'ils savent que dès que c'est fait, les audiences chutent. Comme si ça intéressait plus les public de voir les policiers jouer au "je t'aime moi non plus" que de les voir se contenter du "je t'aime".
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Re: Le conflit en narration

Message par Macada » lun. janv. 29, 2018 7:14 am

:merci2: Anaïs ! Ta synthèse est très claire.
J'ai toujours un peu de mal à intégrer cette définition de "conflit", d'autres termes me venant plus naturellement - difficulté, obstacle, enjeu, ...-, pour différencier les cas, Mais, cette fois-ci, je vais faire l'effort d'intégrer ce concept étendu de "conflit" à ma pratique puisqu'il est de plus en plus (re)connu et utilisé.
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Re: Le conflit en narration

Message par Anaïs » lun. janv. 29, 2018 7:19 am

Lilie a écrit :
dim. janv. 28, 2018 9:54 pm
Pour moi, le conflit (dans un récit), c'est en gros ce qui va permettre au personnage d'évoluer. Il rentre dans une scène avec un état A, doit dépasser un conflit, une "difficulté" (peu importe laquelle), et à l'issue de ça, il atteint l'état B (différent du A, pas forcément "meilleur" pour lui, ou meilleur pour ceux qui l'entourent).
Finalement, on fait tous du conflit sans le savoir, tels M. Jourdain :hihihi:
Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours eu du mal à l'intégrer, malgré l'évidence !
Nana a écrit :
dim. janv. 28, 2018 10:24 pm
Ca me fait penser à quelque chose à propos des séries policières : les scénaristes mettent le plus de temps possible à caser le duo de flics ensemble parce qu'ils savent que dès que c'est fait, les audiences chutent. Comme si ça intéressait plus les public de voir les policiers jouer au "je t'aime moi non plus" que de les voir se contenter du "je t'aime".
Pas que les séries policières. Quand on regarde, la majorité des séries, dans les années 90-2000 en particulier, jouent sur le couple "maudit", qui met des plombes à se mettre ensemble, juste pour le casser ensuite. Pas possible d'avoir un couple qui tient, parce que c'est tellement "ennuyeux"...
Macada a écrit :
lun. janv. 29, 2018 7:14 am
J'ai toujours un peu de mal à intégrer cette définition de "conflit", d'autres termes me venant plus naturellement - difficulté, obstacle, enjeu, ...-, pour différencier les cas
En fait, d'avoir pris le temps d'écrire une histoire en partant des conflits m'a vraiment aidée à comprendre le concept. Je pense que c'est un exercice d'écriture très intéressant.
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Re: Le conflit en narration

Message par Agathe Flore » lun. janv. 29, 2018 11:55 am

Le conflit est une notion très vaste, finalement, qui va du conflit intérieur (perso bloqué par ses craintes par ex) à la guerre stellaire !
On en fait tous sans le savoir, mais une fois qu'on le sait, on peut rectifier le tir là où il manque.
Récemment, j'ai appris à introduire du conflit dès les premiers chapitres de mon roman par des tensions entre les personnages principaux. C'est encore assez léger, mais ces petits heurts montrent leurs différences de tempérament pour introduire les grandes difficultés qu'ils auront à rester unis dans le vrai conflit par la suite. Avant cela, j'avais bien en tête les caractères de mes perso mais je ne les exprimais pas assez au début, ce qui n'accrochait pas assez le lecteur...
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Re: Le conflit en narration

Message par Alaëlle » lun. janv. 29, 2018 9:02 pm

Merci d'avoir ouvert ce fil, Anaïs ! :love: Cet atelier d'écriture avec Lionel Davoust devait être top.
Dans les bouquins d'Yves Lavandier, j'ai l'impression qu'il part plus de l'élément déclencheur, de l'enjeu, des obstacles qui se mettent en travers de la route du ou des protagonistes, du climax... Je vais me replonger dedans, tiens. Ça tombe bien, j'ai un premier jet à écrire ^^ .
Je note en tout cas que certains auteurs sont très doués pour faire ressortir du conflit générateur de tension dans leurs romans, même sur de petites choses (+ 10 avec toi, Agathe Flore) et que ça attrape à mort le lecteur en général. J'aimerais savoir faire ça ! :wow: :mage:
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Re: Le conflit en narration

Message par shalnya » mar. janv. 30, 2018 12:01 am

Très intéressante, cette discussion :wow: De mon côté, je conceptualise conflit vs enjeu vs tension comme suit:

  • Conflit = comme tu l'as expliqué, Anaïs: un personnage veut des choses contradictoires, des personnages veulent la même chose mais un seul peut l'obtenir, des personnages ont des buts mutuellement exclusifs (mais pas nécessairement opposés), etc
  • Enjeu = ce que chaque personnage est à risque de perdre dans le conflit/la raison pourquoi il doit s'y impliquer (même s'il ne le fait pas toujours immédiatement/de bon cœur)
  • Tension = la présence d'un ou plusieurs conflits non résolus. Si le conflit est fondamentalement insoluble (aucune des issues n'est une résolution parfaite, ou la réussite d'un conflit externe se fait au prix de l'échec d'un conflit interne, par exemple), c'est encore mieux :mouahaha:

Donc pour moi, le conflit est la source principale de la tension narrative, mais existe séparément de celle-ci. Il peut (devrait, àmha) y avoir plusieurs niveaux de conflit: pour chaque personnage, entre les personnages et entre les lignes narrative. Il peut aussi y avoir plusieurs conflits à un même niveau. Plus il y a de conflits, plus le lecteur a de raisons de lire le prochain chapitre, la prochaine page, la prochaine ligne. S'il n'y a aucun conflit, même minime, dans les premières pages d'un roman, je n'ai aucune raison de m'impliquer dans l'histoire, donc je n'achète pas le bouquin. Mais comme d'autres l'ont mentionné, le conflit s'applique pour toutes les scènes d'un roman, pas juste son début. Une scène sans conflit = une scène où on a l'impression que "l'histoire n'avance pas", parce qu'il ne s'y passe rien qui va influencer l'évolution des personnages ou des intrigues = je risque de déposer le bouquin, et éventuellement de ne pas le reprendre.
Bref, je plussoie: le conflit, c'est important ^^

Anaïs a écrit :
lun. janv. 29, 2018 7:19 am
Nana a écrit :
dim. janv. 28, 2018 10:24 pm
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Pas que les séries policières. Quand on regarde, la majorité des séries, dans les années 90-2000 en particulier, jouent sur le couple "maudit", qui met des plombes à se mettre ensemble, juste pour le casser ensuite. Pas possible d'avoir un couple qui tient, parce que c'est tellement "ennuyeux"...
Pourtant, ce n'est pas comme si la vie de couple était exempte de conflits, bien au contraire :hihihi:
:stylo: Lentement, mais sûrement...

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Re: Le conflit en narration

Message par Macada » mar. janv. 30, 2018 5:44 am

Ah tiens, à propos de tension, je modulerais le rapport au conflit que tu lui octroies, Shalnya (et j'ai l'impression d'autres aussi, comme Anaïs ?).

Pour moi la tension est la mesure de l'émotion procurée au lecteur, son degré d'accroche.

Bien évidemment quand il y a conflit, on peut espérer qu'il génère de la tension, mais celle-ci ne dépend pas que de lui mais aussi de la façon dont on raconte ce conflit (ou comment le texte est perçu par le lecteur). Je veux dire, une bagarre peut être très "plate" en tension.
Inversement, une situation sans conflit, comme une scène tendre, une scène de sexe, une dégustation de chocolat, une description rigolote ou poétique,..., peut procurer de l'émotion, et donc être bien tendue.

Bref, pour moi le modèle de la tension est indépendant de celui des conflits, une autre façon d'envisager la structure d'un récit, un autre point de vue sur les histoires (qui évidemment n'empêche en rien l'existence de l'angle "conflits") .
Il permet de définir/gérer le niveau d'émotion que l'on recherche à un moment donné du texte (dans une histoire, il y a des moments plus calmes que d'autres, des montées d'émotions par paliers qui permettent d'atteindre des pics très élevés, des redescentes freinées pour éviter la chute libre mais calmer le jeu pour mieux bondir plus haut vers le prochain pic,...).
Pour un même niveau de tension, les émotions qui y amènent le lecteur peuvent être très différentes (ex : attendrissement - joie - colère - peur) et donc les contenus aussi.

Dans ce modèle, à une scène donnée, les conflits sont des contenus possibles mais pas que.

Bref, pour moi l'intrigue d'une histoire est bien basée sur des conflits et leurs résolutions, et ceux-ci génèrent des émotions très utiles à la mise en tension, mais qui ne lui sont pas exclusives, et qui relèvent du style pour les faire passer au lecteur.
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Re: Le conflit en narration

Message par Anaïs » mar. janv. 30, 2018 6:29 am

:wow: très intéressante, shalnya, ta façon de travailler le conflit. Et Macada a mis les mot sur ce que je ressentais au sujet de la tension. C'est peut-être pour ça que j'ai toujours eu un peu de mal avec la notion de conflit, parce que j'avais l'impression que ça disait certaines choses mais pas tout :ampoule:
Merci pour vos explications, elles m'aident à démêler mon plat de nouilles ! :mrgreen:
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Re: Le conflit en narration

Message par Ifuldrita » mer. mars 21, 2018 8:30 am

Très intéressante, cette discussion :love: Merci à vous de partager vos visions et vos façons de les intégrer !

Anaïs a écrit :
dim. janv. 28, 2018 8:06 pm
Notez que l'atelier d'écriture que j'ai suivi, qui se déroulait sur 2 jours, consistait en 6 exercices, en gros écrire 6 scènes, chacune avec un type de conflit. Il fallait démarrer et terminer au plus près de l'action. Eh bien cette méthode est redoutable pour monter en deux coups de cuillère à pot une histoire qui tient la route, dynamique, avec une évolution des personnages et tutti quanti
Je suis curieuse (et vachement intéressée !) : tu as réussi à monter une histoire entière grâce à ces exercices ? Est-ce que tu étais venu à l'atelier avec quelque chose (une trame, des idées de personnages, de début ou de fin, ...), ou est-ce que ça a été un pur produit de l'exercice ?

Anaïs a écrit :
lun. janv. 29, 2018 7:19 am
Nana a écrit :
dim. janv. 28, 2018 10:24 pm
Ca me fait penser à quelque chose à propos des séries policières : les scénaristes mettent le plus de temps possible à caser le duo de flics ensemble parce qu'ils savent que dès que c'est fait, les audiences chutent. Comme si ça intéressait plus les public de voir les policiers jouer au "je t'aime moi non plus" que de les voir se contenter du "je t'aime".
Pas que les séries policières. Quand on regarde, la majorité des séries, dans les années 90-2000 en particulier, jouent sur le couple "maudit", qui met des plombes à se mettre ensemble, juste pour le casser ensuite. Pas possible d'avoir un couple qui tient, parce que c'est tellement "ennuyeux"...
Une série qui tire plutôt bien son épingle du jeu sur ce plan-là, c'est Castle (bon, je suis sûrement très en retard, elle est même peut-être déjà arrêtée !). Les deux flics finissent par se mettre ensemble, comme prévu, mais effectivement, la série continue de mettre en scène les conflits qu'ils peuvent avoir en tant que couple, donc l'intérêt est toujours-là.


Pour celles et ceux qui en ont l'habitude, comment vous faites pour vous assurer qu'il y a suffisamment de conflit dans vos histoires ? Vous le faites dès l'écriture / la création du syno détaillé, ou alors en phase de correction ? Est-ce que vous essayez de mettre un conflit dans chaque scène (ou alors est-ce que ça risque d'user le lecteur) ?
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Re: Le conflit en narration

Message par Elikya » mer. mars 21, 2018 9:47 am

Ifuldrita a écrit :
mer. mars 21, 2018 8:30 am
Pour celles et ceux qui en ont l'habitude, comment vous faites pour vous assurer qu'il y a suffisamment de conflit dans vos histoires ? Vous le faites dès l'écriture / la création du syno détaillé, ou alors en phase de correction ? Est-ce que vous essayez de mettre un conflit dans chaque scène (ou alors est-ce que ça risque d'user le lecteur) ?
De mon côté, je m'en assure en introduisant un conflit moral entre les personnages. Je veux dire par là une opposition fondamentale entre les valeurs auxquelles croient les personnages et qu'ils sont près à défendre. Ce conflit moral va naturellement amener différentes formes de conflits entre les personnages au cours de l'histoire : conflit frontal (par le débat ou la violence), conflit tangentiel, etc.

Je suis très fan des explications de Truby dans l'anatomie du scénario : le conflit central amène les oppositions entre les personnages et leur évolution. Il leur amène une révélation personnelle. J'ai remarqué que l'opposition entre des valeurs morales rend plus forts les dialogues cruciaux, car les personnages sont amenés à décrire leur propre conception de la vie. Je trouve très intéressant, dans les dialogues importants, de passer à des dialogue sur l'action "tu as fais cela" à des dialogues sur la nature de la personne "tu es comme cela".
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Re: Le conflit en narration

Message par Lùani » mer. mars 21, 2018 6:48 pm

Ifuldrita a écrit :
mer. mars 21, 2018 8:30 am
Pour celles et ceux qui en ont l'habitude, comment vous faites pour vous assurer qu'il y a suffisamment de conflit dans vos histoires ? Vous le faites dès l'écriture / la création du syno détaillé, ou alors en phase de correction ? Est-ce que vous essayez de mettre un conflit dans chaque scène (ou alors est-ce que ça risque d'user le lecteur) ?
Je pense que cela dépend si on planifie beaucoup en amont ou pas. Moi, je suis très architecte, alors oui, dans mon fichier qui liste les scènes, j'ai une colonne "conflit" que j'essaye de remplir pour chaque scène.

Mais l'idée n'est pas forcément de mettre UN conflit par scène. L'idée, c'est souvent de tirer le même conflit sur plusieurs scènes, parfois juste sous formes d'allusions, pour rappeler que le poids du conflit est toujours là tant qu'il n'est pas résolu :
- S'il y a un conflit entre deux personnages, ils ne peuvent pas passer leur temps à s'engueuler. Et on ne peut pas multiplier les inimitiés pour "meubler". Mais la scène qui suit la dispute porte encore les traces de ce conflits, sous forme de regards lourds, de pensées dans l'esprit du personnage Pdv, d'allusions...
- S'il y a eu une bataille, le personnage qui serre les dents parce que la blessure qu'il a récoltée le fait souffrir, c'est encore du conflit.
Bref, ne pas forcément multiplier les sources de conflit, mais tirer au maximum partit des conflits qui existent, en développants leurs impacts, en montrant comment ils pèsent sur les pensées des personnages etc...

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Re: Le conflit en narration

Message par Nana » mer. mars 21, 2018 8:11 pm

Ifuldrita a écrit :
mer. mars 21, 2018 8:30 am
Pour celles et ceux qui en ont l'habitude, comment vous faites pour vous assurer qu'il y a suffisamment de conflit dans vos histoires ? Vous le faites dès l'écriture / la création du syno détaillé, ou alors en phase de correction ? Est-ce que vous essayez de mettre un conflit dans chaque scène (ou alors est-ce que ça risque d'user le lecteur) ?
Je pense qu'il n'est pas nécessaire d'avoir du conflit dans chaque scène, c'est bien d'avoir des moments de "pause" aussi, où les personnages peuvent se réconcilier ou autre. Par contre, pour garder l'attention, je pense qu'il vaut mieux avoir un nombre plus élevé de scènes de conflit que de scènes de pause.

J'ai souvent beaucoup de conflits dans mes histoires à cause de la façon dont je travaille. En général, je crée l'intrigue à la toute fin. J'avance grâce aux relations entre mes personnages, qui sont soit en conflit soit sur la même longueur d'ondes (un peu comme les théories du théâtre, où on considère que les personnages forment soit un duo, soit un duel). A partir de là se crée des groupes d'opposition. Les conflits qui en résultent me conduisent à imaginer des scènes clefs qui vont m'aider à structurer l'intrigue.
Par exemple, dans un de mes projets, je n'ai encore qu'une vague idée de l'intrigue. Par contre, j'ai presque tous mes personnages et ce qui les oppose. Je sais déjà que l'un tuera un autre, que l'opposition de valeurs entre deux autres va être essentielle, que deux camps vont s'affronter... J'ai des tas de scènes de conflit dans la tête qui m'aideront à structurer l'intrigue principale.
Du coup, même si je n'ai pas du conflit à chaque scène, je suis sûre que c'est au coeur de l'histoire.
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Re: Le conflit en narration

Message par Ifuldrita » sam. mars 24, 2018 4:16 pm

Vos retours sont très intéressants ! En parallèle, je viens de commencer la Dramaturgie de Lavandier, qui s'ouvre sur... le conflit :mouahaha:
Ca me fait bien réfléchir tout ça...
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