Comment construisez-vous vos intrigues ?

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Siana
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Re: Comment construisez-vous vos intrigues ?

Message par Siana » jeu. janv. 17, 2019 11:55 pm

Bonjour,

Je n'ai pas pris le temps de lire les autres messages, mais je viens en renfort avec quelques liens qui datent un peu. ^^
Structuration et développement d'une intrigue de roman
La méthode des Flocons (et je suis retombée sur ça en passant, normalement il y en a d'autres sur le sujet en utilisant le moteur de recherche)

Et je cherchais un sujet qu'il me semblait avoir ouvert, mais il a peut-être sauté avec les MAJ (ou alors il était sur un fil de travail qui a fermé et sauté aussi :? ). Mais par chance, j'avais sauvegardé ce long pavé sur mon pc donc je le remets ici. ^^
Par contre, ça date un peu et j'ai pas le temps de tout relire. Mais ma méthode n'a pas changé des masses donc ça peut quand même être utile.
Spoiler: montrer
Alors, voici ce que j’ai synthétisé de ma méthode de préparation, pour ceux que ça semblait intéresser. Je précise quand même que je suis une architecte minutieuse, donc cela peut ne pas convenir à tout le monde.

Globalement, c’est une fiche avec de nombreux points que j’ai créée en me basant sur les méthodes de J. Truby (L’anatomie du scénario) et de Yves Lavandier (Construire un récit – j’ai La Dramaturgie, mais pas encore lue en entier vu le pavé). 12 pages quand elle est vierge, comme je le disais. Et le point le plus important de ma méthode, c’est qu’elle n’est pas fixe, elle évolue en fonction de ce que j’apprends en écriture, et surtout des techniques qui me parlent. J’ai par exemple reformulé un point que j’avais du mal à utiliser, encore récemment, et j’ai supprimé une redondance. Bref, c’est un outil qui est amené à évoluer dès que j’en ressens le besoin.

Par ailleurs, depuis que je l’expérimente, j’ai pu remarquer que chaque projet se traitait différemment ou avait des besoins différents. Je prends donc soin d’adapter ma préparation à chaque histoire. Je ne cherche pas à remplir à tout prix les cases prévues par ma fiche si mon projet ne s’y prête pas. Je termine aussi rarement une partie avant d’en attaquer une autre, elles se complètent souvent les unes grâce aux autres. Mon principe est que la méthode doit s’adapter au projet, et non l’inverse. (Et sur ce point, J. Truby signalait aussi que ses 22 étapes ne sont pas forcément toutes nécessaires, et pas non plus toujours dans le même ordre)

Je raisonne aussi pareil avec ce que je construis. Rien n’est figé, et je suis toujours rassurée de savoir que je peux tout bouleverser en cours d’écriture. Il me suffit alors de reprendre certains points de ma préparation en fonction, histoire de garder une certaine cohérence finale à l’histoire.

Donc voilà, je tenais déjà à rassurer les jardiniers (et potentiels futurs architectes) qui voudraient y jeter un œil. :love: Je sais que, personnellement, trop de rigidité tue aussi mon imagination, mais j’ai quand même besoin de savoir où je vais pour me rassurer et m’éviter le syndrome de la page blanche. C’est pour ça que j’ai adapté les méthodes que j’ai pu lire à ma façon de travailler. ;)

D’où ce que je vous résume ici…
Et pour rappel, vous allez y retrouver pas mal de points des deux auteurs que j’ai cités ci-dessus, même si j’y ajoute mon interprétation personnelle.

1) Les prémisses de l’histoire :
Là, je reprends les points de Truby mélangés à ceux de Lavandier. L’idée est de ressortir l’essence de l’histoire, ce que l’on va garder en tête durant toute l’écriture et qui nous tient le plus à cœur. C'est-à-dire, pour résumer :
>> L’inspiration de base, la bonne idée du départ à formuler le plus simplement possible, en une phrase.
>> Un élément déclencheur, une première liste des personnages principaux, le lien entre les personnages et l’intrigue, une indication sur le dénouement.
À partir de là, je me construis un pitch dramatique (personnage ou groupe principal + objectif + enjeu ou menace) et un pitch trajectoriel (quelle évolution psychologique ou morale du personnage, à travers quelles actions).
Je laisse ensuite ma muse se débrider pour me proposer plein d’idées de développement, c’est la partie créative pure. Je note les possibilités, les problèmes éventuels que certaines idées entraînent. Je distingue le conflit principal de l’histoire et ses possibles conflits secondaires.
Je réfléchis aussi aux personnages, les archétypes qui seraient bien (père, fée, traître, princesse, etc.), et puis leur développement. Je distingue ceux qui seraient liés au conflit principal, des alliés et des antagonistes (qui va où, qui fait quoi).
Je définis aussi clairement l’objectif de mes personnages principaux, puis leurs enjeux (personnels et plus généraux). Et je réfléchis déjà à la fin de l’histoire, aux choix (notamment moraux, selon Truby) que mes personnages devront effectuer pour atteindre leur objectif.
Et dans un esprit plus « commercial », j’essaye de voir lesquels de tous ces éléments pourraient définir le public de l’histoire et lui plaire (donc dans ce challenge, j’associe la princesse à un public surtout féminin, et je joue un peu du cliché).

Donc lorsque j’ai listé tout cela, cette partie me prend généralement entre 1 et 2 pages.


2) Les sept étapes clés de la structure narrative
Comme son nom l’indique, je reprends ici la méthode de Tuby sans ajouter de gros arrangements. Je la remplis sans vraiment développer, mais elle me permet de continuer à réfléchir à la mise en scène de mon histoire et à mes personnages (à ce stade, ma partie sur les prémisses n’est pas forcément terminée).
Pour rappel, les 7 étapes de base selon Tuby sont :
- Faiblesse, besoin et problème : relié au débat moral selon Truby, il s’agit de donner une faiblesse morale au personnage principal (un défaut qui blesse autrui), et le personnage aura donc un besoin à combler pour perdre cette faiblesse ; le problème (souvent déclenché par la faiblesse) constitue ou entraîne généralement l’élément déclencheur
- Désir et objectif : ceux des personnages, leur but principal et leurs motivations
- Adversaires : donc les antagonistes, y compris les traîtres
- Plan du héros : ce que les personnages comptent faire contre leurs antagonistes
- Confrontation : comment ça tourne au vinaigre
- Révélation personnelle : morale et/ou psychologique, elle entraîne souvent un choix de fin qui aboutit à réussir ou à échouer dans l’objectif
- Nouvel équilibre : relativement à l’épilogue, comment tout se termine après les dernières actions.

Cette partie assez courte ne prend souvent qu'une seule page.


3) Les personnages
Là, j’ai encore une fois mixé les méthodes des deux auteurs, et j’ai rajouté des trucs à moi. Le but est d’avoir une liste de caractéristiques pour chaque personnage, certains étant toutefois moins développés que d’autres en fonction des besoins. Mais cette liste-là ne me suffit pas. J’ajoute sur un autre document des fiches personnages où je travaille davantage le caractère, la situation (travail, hobbies…) et le passé de chacun.
Ma liste de base se présente ainsi :
fiche a écrit :
Nom du perso (archétype ?)**
Faiblesses :
Besoin psy :
Besoin moral :
Désir / Objectif :
Motivations conscientes :
Motivations inconscientes :
Valeurs :
Comportement face au conflit :
Façon d’affronter le pb moral central (variation/justification)** :
Étapes de l’évolution morale et psy :
Révélation positive/négative :
Caractérisation de 1er acte :
Nuances et développement de 2ème acte :
Influence de la caractérisation sur l’histoire, obstacles créés :


** Note : le problème moral central est relié au débat moral selon Truby (point développé juste après). Quant à l'archétype, ça m'aide à voir quels types de personnages j'utilise, même si j'essaye toujours de développer (enfin, dans l'idée on peut qualifier de l'archétype "mère" tout perso à la fois féminin et protecteur, ou tout personnage savant et myope "d'intello", ce qui ne veut pas dire que ce sont de mauvais personnages ou qu'ils ne se résument qu'à cela...).

Une fois que j’ai quasiment terminé mes fiches persos, je rapproche les valeurs des adversaires et celles des « héros » pour vérifier leur opposition.
Je monte ensuite l’opposition en quatre points (toujours selon Truby). Il s’agit de dessiner un carré, et de placer à chaque coin un personnage ou groupe de personnages. En les reliant par des flèches, il est possible de noter qui attaque qui (ou se défend) et surtout comment. Cela permet d’avoir un schéma d’antagonistes assez complexe, où il n’y a pas forcément qu’un seul "gentil" contre un seul "méchant". Ce système me semble intéressant pour mettre en valeur les personnages gris, les traîtres et ceux qui retournent leur veste en cours de route. Mais aussi et surtout pour résumer et visualiser les confrontations entre les différents groupes de l’histoire, qu’ils aient ou non un « camp ».

Cette partie est assez longue, finalement, elle peut s'étendre entre 2 et 4 pages en fonction du nombre de personnages à développer.


4) Le débat moral
On y vient… Thème préféré et spécialisé de Truby, il ne plait pas à tout le monde. Personnellement, je le trouve intéressant et je l’utilise de façon plus ou moins importante quand l’histoire s’y prête bien.
Je ne vais pas reprendre toute l’explication, mais de manière générale il s’agit de développer une évolution des personnages au niveau moral. Cela rejoint les faiblesses morales des personnages (qui blessent autrui sans le vouloir à cause de leur caractère/défaut), et il s’agit alors d’un cheminement d’actions (d’abord immorales, que les alliés du personnage ont tendance à réprouver) et de pensées qui amènent les personnages dotés de faiblesses morales à prendre conscience de leurs erreurs et à les réparer, notamment via un choix qui intervient à la fin de l’histoire (la fameuse révélation morale). Le but de ce processus est alors d’apporter subtilement un message au lecteur sur la meilleure façon d’agir.
Donc dans cette partie je poursuis le développement de mes personnages. Je réfléchis aussi à des scènes clefs pour les différentes étapes de l’évolution des personnages, qui n’ont pas forcément tous la même façon d’affronter le problème moral. (et parfois, je relie cela aux symboles, dont je parle après)

Généralement 1 à 2 pages pour cette partie.


5) L’univers
Là, y’a pas de piège. Il s’agit tout simplement de définir dans quel environnement évoluent les personnages. Si c’est un monde créé, ou une sphère particulière (époque, politique, etc.) de notre monde.
Donc je note absolument tout ce dont j’ai besoin pour construire mon univers : l’époque, le système politique et social, les espaces naturels, les espaces créés par l’homme, les technologies, les symboles, les lieux spécifiques où se passe l’intrigue (arène), la météo, les fêtes et rituels, les caractéristiques des passages entre plusieurs lieux ou plusieurs mondes.
Dans ses explications, Truby rajoute des points comme la taille des personnages (si elle change ou non), le principe de miniature (représentation de la société en miniature par un exemple), et il préconise de relier chaque étape de l’histoire à un lieu spécifique (ce qui en pratique n’est pas toujours évident ni utile, mais ça peut parfois être intéressant quand c’est possible).

1 à 2 pages aussi pour cette partie, mais je pense qu'il est possible d'en faire beaucoup plus. J'ai souvent un autre document complémentaire où je développe davantage l'univers (oui, je m'éparpille un peu).


6) Le réseau de symboles
J’ai développé le principe selon Truby, mais Lavandier en parle aussi en affirmant qu’il faut mettre en scène un symbole au moins 3 fois pour qu’il soit repéré par le lecteur.
Là-dessus, on peut trouver pas mal de symboles qui représentent l’histoire, les personnages, l’univers, l’intrigue, les thèmes, etc. Même le titre de l’histoire peut être un symbole ! Et un symbole n’est pas forcément un objet, cela peut être une action ou un personnage type (mère, roi, fée…).
J’essaye souvent de trouver un symbole général à l’histoire, puis quelques uns qui soient rattachés à l’intrigue principale. Mais au final, je trouve plus facile de créer des symboles pour les personnages. Il n’est pas conseillé de créer trop de symboles, ça risque de noyer le lecteur, mais construire un réseau peut être intéressant pour que les symboles se répondent entre eux (entre le soulier de verre de Cendrillon, le carrosse et la robe, par exemple, il y a un même thème et une continuité).
Donc une fois que j’ai un ou plusieurs symboles par personnage important (du coup, j’ai choisi le poudrier pour ma princesse Grace !), je regarde quelles oppositions je peux faire entre eux. L’utilisation de symboles ensemble peut faire comprendre certaines choses au lecteur, par exemple quand un perso casse un objet symbolique, ça appui une rupture de la relation entre les personnages (oui, on peut faire plus subtil…).
Je réfléchis alors à trouver plusieurs scènes dans lesquelles je pourrai mettre en scène mes symboles afin d’ajouter du sens à l’histoire. (Par exemple, quand Lycien va casser la baguette magique de sa mère à un moment donné, ça signifie autant sa colère que son envie de ne plus se soumettre à son autorité, le symbole amène un message de surface et un autre message plus profond -- et non, c'est pas forcément super subtil, mais ça me semblait le plus évident vu la scène)

Encore 1 à 2 pages pour cette partie aussi.


7) Éléments préparatoires de l’intrigue
C’est ma partie la plus personnelle, mais aussi celle qui contient le plus d’éléments de Lavandier (ceux que je ne savais pas où mettre ailleurs, entre autres).
Là, je commence le squelette de l’histoire, et généralement je reprends toutes mes notes précédentes pour le compléter. À ce stade, j’ai déjà cogité à plusieurs péripéties possibles, j’essaye donc de voir ce qui serait le mieux et ce qui me manque.
Je note d’abord la situation initiale, l’élément déclencheur/perturbateur, et l’objectif général que cela amène.
Ensuite, je poursuis sur les sous-objectifs, où je découpe mon objectif principal en actions à faire. Pour cela j’ai construit un tableau avec une colonne « sous-objectifs » et une colonne « obstacles ». Parce que s’il n’y a pas d’obstacles, cela veut dire que le personnage avance en réussissant tout ce qu’il entreprend sans problème. Alors j'indique face à chaque sous-objectif s'il y a un obstacle qui intervient pour contrecarrer le personnage. Je note aussi quand l’obstacle amène un échec ou quand il ralentit juste le personnage dans son action. Et il y a bien sûr des sous-objectifs que le personnage réussit, sinon il patine…
Après ça, je vérifie que mes obstacles sont bien reliés les uns aux autres (et pas qu’ils apparaissent un à un sur la route juste parce qu’il en faut). Je note aussi quels sont les obstacles induits par les personnages eux-mêmes, parce qu’ils sont toujours intéressants (la faiblesse morale ou psychologique, notamment, peut amener un perso à échouer à un sous-objectif).
J’essaye ensuite d’évaluer (plus ou moins facilement) où se trouvent le climax médian, le point de non-retour, d’éventuels coups de théâtre, puis le climax de fin.
Je réfléchis ensuite au narrateur : 1ère ou 3ème personne, passé ou présent ?
Puis je réfléchis à la gestion des sous intrigues s’il y en a, à leur utilité et à leurs liens avec l’intrigue principale. (ma bête noire, il fut un temps…).
Après ça, je reprends les techniques de Lavandier en cherchant si mon squelette ne met pas à jour quelques ironies dramatiques. Puis je regarde si je peux inclure des fausses pistes en plus dans l’histoire pour le lecteur.
Je reprends pour finir un aspect plus « commercial », comme au début. Je vérifie autant que possible s’il va y avoir matière à assez de suspense, quels éléments peuvent en amener. Puis j’essaye de distinguer les éléments classiques (et les clichés) des éléments plus originaux. En gros, j’essaye de voir si je n’ai pas créé un cliché sur patte où il n’y a rien de rattrapable…

On arrive davantage sur du 3 pages, presque 4.


8) Structuration de l’intrigue

Là, je reviens sur les 22 étapes de Truby avec de légers ajouts. J’ai notamment découpé les 22 étapes en 3 actes pour revenir également au percept classique des 3 actes (bien que ce découpage puisse évoluer selon les projets).
Ensuite, bah j’ai listé les 22 étapes de Truby et j’ai ajouté la situation initiale (avant l’élément déclencheur), puis le climax médian et le point de non-retour dont l’emplacement varie sur chaque projet.

Au moins 3 pages, la liste est assez longue.


Donc voilà, j'espère juste que ça ne paraît pas trop professoral par moments, je ne sais pas si vous connaissez toutes les notions donc j'en ai expliquées quelques unes au passage, très rapidement.
Et si vous souhaitez des exemples, je peux m'appuyer sur le travail que j'ai fait avec ce challenge (ou inventer un exemple), au besoin. Parce que je reconnais que toutes les notions ne sont pas évidentes, ni à comprendre, ni à appliquer. J'ai encore moi-même un peu de mal sur certaines...

Et en complément, les synthèses que Beorn avait écrites concernant les principes de J. Truby, c'est toujours utile :
- La faiblesse morale du héros
- L'arène" ou l'unité de lieu
- Le conflit dans un lieu resserré
- Le choix de l'adversaire
- Le personnage secondaire

En utilisant les mots-clés (personnage, univers, morale, symbole, structure, etc.) dans l'index de Plume dans la palme vous pourrez aussi bien sûr retrouver tout plein de fils sur ces divers sujets. C'est toujours une mine d'or. :wow:

Voilà, en espérant que cela soit utile ou au moins distrayant, je sais que c'est toujours intéressant d'avoir une vision sur les méthodes des uns et des autres pour voir ce qui se fait. C'est comme cela qu'on enrichit souvent ses propres méthodes. :love:

En tout cas, merci à ceux qui auront eu le courage de m'avoir lue !! :love: :love:
:steampunk: :stylo:
- Frères d'enchantement, chez RroyzZ éditions (fév. 2019)
- Mères des interdits, challenge 2019

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