Écrire sur le handicap

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ilham
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Re: Écrire sur le handicap

Message par ilham » ven. juin 21, 2019 7:42 am

Agathe Flore a écrit :
ven. juin 21, 2019 5:27 am
Pour revenir à l'écriture, j'ai un projet de blanche depuis quelque temps, sur tous ces gens borderline, qui ont une vie quotidienne normale mais de grosses difficultés invisibles et non reconnues par les médecins, obligés de bosser sans aucun aménagement faute de reconnaissance... et je risque d'avoir bientôt tout mon temps à y consacrer !!
J'ai l'impression qu'avant, les choses étaient moins diagnostiquées mais les gens plus tolérants. Untel a du mal au téléphone? On lui donnait d'autres tâches et le téléphone aux secrétaires. On se donnait le temps de former les gens. Maintenant, il faut être ultra performant en tout, tout de suite et tout le temps, comme des robots. Je cite "je demande à mes employées d'être au top niveau car je n'en ai que 2." En arrivant, j'ai halluciné du petit nombre de gens dans la boîte pour gérer autant de choses, il faut faire des économies... alors que les finances ne vont pas mal du tout !
C'est tout à fait vrai ! J'ai souvent discuté avec mon père car on vivait dans une petite ville très ouvrirère ( chaussure) et il me racontait qu'avant la crise de 74, les personnes handicapées, malades, on ne les excluait pas du milieu du travail ordinaire, on ne les parquait pas dans des ateliers protégés. Ils étaient intégrés à la vie de l'usine, et on acceptait qu'ils aient une productivité moindre...
Et puis tout simplement, c'est ce que tu dis, la productivité a énormément augmenté. Pour une m^me heure de travail, on fait beaucoup plus de boulot !
Si je prends le journalisme là où auparavant on écrivait pour les deux pages locales du journal + un ou deux articles pages départementales et nationales. Aujourd'hui, on continue à faire cela + articles sur internet + video + suppléments+ ....
Et les effectifs n'ont pas augmenté alors que la charge de travail a bien doublé...
Résultat, la qualité est en berne. Plus le temps de faire de l'investigation, de vérifier. Faut publier, publier. J m'étais faite engueuler y'a déjà plusieurs années pour avoir eu cinq minutes de retard dans la publication d'un malheureux fait-divers, par rapport au journal concurrent. J'm'étais fachée ! J'pouvais pas imposer à la personne dont j'avais besoin de l'interview de me prendre au téléphone pour que je sois la première juste pour une débilité de ce truc.
En tout cas, tous les anciens m'ont dit que la charge de travail était bien plus lourde... ( j'ai pas parlé de la gestion des correspondants, de la correction, parfois même de l'accueil qu'on se coltine... et tout ça à effectif constant, voire moindre...

Et ouias, y'a de quoi écrire sur ces sujets, sur cette société qui voudrait qu'on soit toujours à 200% de ses moyens... c'est juste inhumain ! Physiologiquement impossible.
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Re: Écrire sur le handicap

Message par Nana » ven. juin 21, 2019 9:34 am

àDirga tous les médecins devraient être comme toi. :love: L'écoute est primordiale. Malheureusement, aujourd'hui, avec la surcharge de travail, les hôpitaux bondés ou les cabinets remplis, l'écoute se perd. Comme vous disiez, on ne pense plus que productivité, même dans le domaine de la médecine...

J'avais pas pensé à un burn-out, probablement à cause de l'imagerie populaire qui veut que ce soit "juste" de la surcharge de travail qui provoque de la fatigue. Autant je trouve ça bien que ce genre de choses soient mieux connues, malheureusement ça s'accompagne souvent d'une banalisation. :fatigue:
Agathe Flore a écrit :
ven. juin 21, 2019 5:27 am
Pour revenir à l'écriture, j'ai un projet de blanche depuis quelque temps, sur tous ces gens borderline, qui ont une vie quotidienne normale mais de grosses difficultés invisibles et non reconnues par les médecins, obligés de bosser sans aucun aménagement faute de reconnaissance... et je risque d'avoir bientôt tout mon temps à y consacrer !!
C'est une super idée Agathe. :love:
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Message par sherkkhann » ven. juin 21, 2019 10:04 am

Pardon, j'arrête pas de faire dévier le sujet...
Spoiler: montrer
J'ai aussi cette impression de banalisation du burn-out, comme si c'était normal d'en faire un quand on travail, comme si, tant qu'on est pas lessivé, ça veut dire qu'on a pas assez travailler :wamp: Me souviens d'une phrase que l'ancien patron de mon copain a dit, et qui est arrivé à nos oreilles : "on aurait jamais dû le laisser partir, il pouvait encore se lever" le résultat c'est que dans la foulée, les 3/4 des mécano ont démissionné et que le patron s'en mord encore les doigts :D
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Message par Platypus » ven. juin 21, 2019 10:08 am

Pardon, j'arrête pas de faire dévier le sujet...
Je ne pense pas que tu sois hors sujet, en fait, c'est juste que le handicap, ça recouvre tellement de choses, du problème physique au fait d'être mal à l'aise dans telle ou telle situation... Le fait est qu'à mon sens, on ressent un handicap à partir du moment où on se sent diminué/incapable de faire quelque chose que les autres parviennent à réaliser sans difficulté particulière. Evidemment, il y a un éventail infini de nuances et de ressentis, mais globalement il est handicapant de ne pas réussir à se lever le matin pour cause de dépression, tout comme il est handicapant de ne pas pouvoir atteindre un placard parce qu'on est trop petit.
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Message par sherkkhann » ven. juin 21, 2019 10:14 am

Oui, c'est vrai. Heureusement on a pas attendu qu'il tombe en dépression ou fasse un burn-out. En fait, j'ai l'impression que la personne qui glisse vers le burn-out ne s'en rend pas forcément compte. Mon copain allait toujours travailler, ne voulait pas partir, comme s'il se sentait obligé à cause de la pression que le patron lui mettait. C'est moi qui me suis mis en colère et qui lui ai dit de partir, que c'était pas grâve le chômage etc, qu'on allait rebondir ailleurs, dans une autre région, parce que de lui-même, je pense qu'il y serait encore alors que ça le rendait malheureux. Et avec le recul, il se rend compte maintenant de la toxicité du truc.
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Message par ilham » ven. juin 21, 2019 10:18 am

C'est exactement ça : on ne se rend pas compte qu'on glisse vers le burn-out.
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Message par Platypus » ven. juin 21, 2019 10:19 am

Oui, le burn out ça à l'air d'être un truc vicelard au possible. J'ai deux potes qui en on fait et ils ont mis des années à (plus ou moins) s'en remettre.
Et avec des sympômes lors du déclenchement complètement effarants : l'un des deux est devenu mutique alors qu'il voulait pourtant parler, l'autre s'est retrouvé incapable de bouger... alors qu'il était au volant (heureusement pas seul, et pas d'accident).
Et les deux n'ont strictement rien vu venir. En revanche c'était dans les deux cas le boulot qui en était la cause (pressions, ambiance, horaires... = essorement littéral de la personne)
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Message par Nana » ven. juin 21, 2019 10:22 am

sherkkhann a écrit :
ven. juin 21, 2019 10:04 am
Me souviens d'une phrase que l'ancien patron de mon copain a dit, et qui est arrivé à nos oreilles : "on aurait jamais dû le laisser partir, il pouvait encore se lever" le résultat c'est que dans la foulée, les 3/4 des mécano ont démissionné et que le patron s'en mord encore les doigts
Bien fait pour lui. :psycho:

Et puis je crois qu'on a tous fait dévié le sujet. :lol:
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Message par ilham » ven. juin 21, 2019 10:32 am

Pour moi, le burn out, j'en ai pris conscience le jour où ben j'ai pris la voiture pour aller au boulot, j'ai fait deux kilomètres et... impossible d'entrer sur l'autoroute. Je m'en sentais incapable. les jambes en coton, sans force... le soir, chez le médecin j'étais à 17 de tension... on est capable de se mettre dans des états juste pour faire comme tout le monde ou juste pour tenir et c'est une grave erreur.
J'crois que j'ai retenu la leçon : ne plus jamais me rendre malade pour du boulot ! on vivra avec peu, mais on vivra et on se tuera pas sur la route pour aller coute que coute au taf.
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Re: Écrire sur le handicap

Message par sherkkhann » ven. juin 21, 2019 11:12 am

C'est clair, c'est hyper vicieux. Pour ça, je pense que c'est important que le conjoint, quand y'en a un, soit vigilent et n'hésite pas à intervenir. Je me souviens que mon copain angoissait avant de dire au grand patron qu'il voulait une rupture conventionnelle. J'ai dû écrire la lettre à sa place, inventer un gros bobard et le faire répéter comme un acteur, pour qu'il puisse se rendre au rendez-vous :wamp: parce que sans cette bonne excuse, la victime se force toujours, c'est terrible, alors que ne pas aimer le boulot et s'en rendre malade, c'est une bonne excuse pour partir, en soi ! Maintenant on fait comme toi ilham : on ne se prend plus du tout la tête avec le taff. On ne se force pas à accepter des offres qu'on ne sent pas, au moindre soucis au boulot, on s'en va et on a aucune scrupule à laisser tout le monde en plan. En général, une fois que le patron en est conscient, ça se passe bien :sifflote: et quand on est au chômage, on relativise, on s'en fou, on dépense plus rien et on mange des patates, on en profite pour no-life Netflix :lol: on se dit que c'est la vie et on avance sans stress.
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Message par Agathe Flore » ven. juin 21, 2019 11:44 am

Nana a écrit :
ven. juin 21, 2019 9:34 am

J'avais pas pensé à un burn-out, probablement à cause de l'imagerie populaire qui veut que ce soit "juste" de la surcharge de travail qui provoque de la fatigue. Autant je trouve ça bien que ce genre de choses soient mieux connues, malheureusement ça s'accompagne souvent
Hello Nana, par les échanges dans mon groupe Facebook de soutien au burn-out, il y a chez la grosse majorité des gens un problème ailleurs, en plus, qui les fait couler alors que les collègues pour qui le reste va bien tiennent.
Cela peut être un divorce, des gosses difficiles, des parents malades à prendre en charge, un mauvais cadre de vie, de la solitude qui oblige à tout faire tout seul sans jamais pouvoir demander de l'aide à qqn, ou des traces d'un passé traumatisant qui rendent plus fragiles.
Quand les conditions sont imbuvables et les collègues / chefs détestables, le travail seul peut causer un burn-out, chez tout le monde.
Les symptômes sont effarants, oui. Il y a ceux qui pètent un câble émotionnellement, et qui guérissent assez vite. Puis, il y a ceux qui arrivent à tenir des années, à encaisser, à jouer leur rôle tout en détestant leur job, et là, ça se repercute directement sur le physique, avec une tonne de variations. Ça m'est arrivé de me retrouver comme paralysée et l'esprit bloqué plusieurs minutes, incapable de parler ou de bouger. Des maladies chroniques comme la fibromyalgie et tout ce qui est inflammatoire peuvent apparaître à la suite du burn-out.
Mon médecin m'a raconté que les crises cardiaques subites, sans antécédent, sur le lieu du travail, sont dues à des burn-out pas soignés. À mon ex taf, 5 personnes en ont eu, 3 en sont mortes et les 2 autres ont survécu avec des handicaps lourds. Quand on est témoin de ça, on passe dans une espèce de monde parallèle où on se fout de tout, même de sa propre mort, car on ne voit pas de solution... et là le soutien de l'entourage est essentiel.
Je ne sais pas comment se passe le chômage en France, mais en Belgique, on est très vite contrôlé et suivi, d'abord avec une accompagnatrice qui vous ordonne quoi faire de votre vie (retrouver n'importe quoi, tout de suite, pour ne rien coûter à l'état), puis les contrôles où il faut montrer des preuves de recherche active d'emploi. Pour exemple, on exigeait que je réponde à tout ce qui est vaguement administratif, alors que je suis expert en marchés publics avec le grade de chef de service. Ils sont très stricts sur le nombre de CV envoyés et vous rayent direct si le compte n'y est pas. Donc, impossible de se reposer, on passe son temps à envoyer des candidatures partout, y compris oùon connaîtle résultat d'avance, y compris loin de chez soi alors qu'on n'a pas de bagnole dans un pays où les transports en commun sont pourris... D'un autre côté les maladies de longue durée ne sont plus reconnues. Alors dans ces conditions, les gens préfèrent nier leurs symptômes et aller bosser jusqu'à ce que le corps lâche complètement...
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Re: Écrire sur le handicap

Message par Edel-Weiss » ven. juin 21, 2019 1:08 pm

Courage tout le monde :love: Courage Agathe, courage Nana :love: Sherkkhann, c'est vraiment bien d'avoir aider ton conjoint à sortir de cette impasse avant qu'il ne soit trop tard, car une fois le point de rupture atteint, c'est un point de non-retour. On garde des séquelles pour toujours. C'est pour ça qu'il faut être extrêmement vigilant dès que des symptômes d'anxiété ou d'angoisse pointent leur nez.
Spoiler: montrer
Pour parler de mon expérience personnelle du burn-out, énormément de signes étaient détectables avant le point de rupture. Mais souvent, on tire sur la corde jusqu'à ce qu'elle se casse. À cause de la pression qu'on se met, à cause de la pression qu'on nous impose, à cause du sentiment d'être responsable, d'être coupable, de ne pas être à la hauteur si on s'arrête ou si on demande de l'aide, de se sentir minable de ne pas être aussi performant que les autres (mais il ne faut pas se leurrer, beaucoup sont dans une situation similaire mais le fait de devoir être performant impose de la cacher, de ne pas en parler et de surjouer ladite performance, surtout dans les milieux compétitifs) et puis souvent à cause d'un perfectionnisme à la limite du maladif, d'une volonté de contrôler les choses aussi, d'une volonté de bien faire les choses, de bien faire son travail, et aussi un caractère jusqu'au-boutiste (quand on commence quelque chose, on va au bout), etc. Une nature gentille, ne pas savoir dire non, ne pas savoir s'imposer quand on nous demande trop de choses, ne pas vouloir déranger, avoir peur du regard des autres, des collègues, de la hiérarchie, de la famille... Avoir peur de la situation incertaine dans laquelle on va plonger si on démissionne, peur de l'insécurité financière, peur de ne pas retrouver de travail, peur de l'avenir, mais aussi peur de devoir laisser derrière nous le fruit de longues études ou de sacrifices, etc... Et puis, on a vraiment l'impression d'être dans une cage, d'être prisonnier d'une situation inextricable, dont on ne peut pas se défaire.

Donc pour en revenir aux signes, je me levais malade tous les jours. Tous les jours. Je n'exagère pas. Dès que j'ouvrais les yeux, j'avais des maux de tête, des douleurs au dos et aux cervicales, des crampes abdominales à force d'avoir la boule au ventre, l'estomac retourné et des vomissements de stress des que je mettais un pied hors du lit. Certains jours, je ne pouvais tout simplement pas quitter mon lit tellement j'étais paralysée par les angoisses, le stress ou les douleurs (je travaillais à domicile la plupart du temps, car me rendre à l'Université, dans le bâtiment réservé aux doctorants, était devenu insurmontable. Grosse erreur, car au lieu d'avoir un refuge chez moi, mon appartement était devenu une prison) Mais je ne travaillais pas vraiment, je procrastinais toute la journée tant j'étais stressée. Comme tu le racontes, en fait, Nana. J'étais tellement stressée que je procrastinais énormément, mais plus je procrastinais, plus je perdais confiance en moi et plus je stressais car je me mettais inévitablement en retard sur mon planning. C'était un cercle vicieux. Les tâches se sont accumulées, on m'a imposé des choses que j'aurais dû refuser, et les choses se sont de plus en plus dégradées. Je luttais pour être la bonne doctorante qu'il fallait que je sois, aux yeux des autres, mais c'était l'enfer au quotidien.

Le point de rupture, je l'ai vécu lors d'un rendez-vous avec mon directeur de thèse (qui est pourtant quelqu'un de très humain, gentil et bienveillant). On se croise dans le couloir qui mène à son bureau qu'il partage avec un autre chercheur. Sans se douter une minute de mon état, il me pose cette question banale : Tu vas bien ? Je me suis effondrée, incapable de lui répondre. C'est très bizarre ce qui se passe à ce moment précis, quand votre corps décide qu'il vous lâche. Vous n'avez plus aucun contrôle sur ce que vous faites. Je me suis mise à pleurer à chaudes larmes, à gros sanglots (vous savez, les grosses grosses larmes de bébé) Sans aucune dignité, mais mon esprit avait déserté dans une autre dimension à ce moment-là. J'étais incapable de bouger, je pleurais comme un bébé dans le couloir, mon directeur a dû me pousser jusque dans une salle pour qu'on discute. Après une longue conversation, je suis retournée chez moi, j'ai pris rendez-vous chez mon médecin et j'ai été arrêtée pour burn-out pendant neuf mois. Ça fera bientôt six ans et je ne m'en suis jamais vraiment remise, notamment parce que cela a déclenché une dépression sévère dont je n'ai pas réussi à me débarrasser avant l'année dernière. J'ai un rapport extrêmement compliqué avec le monde professionnel depuis. Et question santé, je suis beaucoup moins endurante qu'auparavant. Je suis fatiguée en permanence et je ne peux plus tenir de cadences trop élevées. Donc c'est très compliqué. Surtout que je n'ai que 30 ans et qu'on attend de moi que je sois en pleine force de l'âge :?
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Message par Crazy » ven. juin 21, 2019 1:35 pm

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Re: Écrire sur le handicap

Message par sherkkhann » ven. juin 21, 2019 1:38 pm

:heart: :heart: Edel-weiss :heart: :heart:
Spoiler: montrer
C'est vrai que ça prend des années pour remonter la pente après une dépression. J'en ai fait une il y a environ 8 ans : je ne pouvais plus aller bosser et j'étais tellement angoissé que j'ai fais une sorte de dissociation, j'avais l'impression de me voir toujours de l'extérieur etc. Ca s'est transformé en phobie sociale, avec crise d'angoisses etc. J'ai du mettre quatre ans à peu près à remonter la pente. Aujourd'hui, je me sens guéris dans le sens où je n'ai plus l'impression d'avoir cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais ça m'a vraiment handicapé pendant plusieurs années : je refusais des boulots à cause des phobies, je pouvais plus conduire parce que je faisais des crises d'angoisse au volant. Mais je suis toujours vigilent car j'ai un soucis que je n'évoquerais pas ici, mais qui, de base, me rend fragile dans le sens où si je fais pas gaffe, je peux rapidement tomber en dépression. Du coup, ma grosse dépression à augmenter le soucis de base, qui lui même à nourris la dépression. Bref ! :evil: Du coup, mon entourage à tendance à me prendre pour une je m'en foutiste, alors que je me protège seulement en prenant autant de distance avec tout ce qui est source de stress.
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Message par ilham » ven. juin 21, 2019 3:06 pm

C'est en effet un trouble dissociatif ( déréalisation) qui apparait à la faveur d'un stress sévère.
J'en ai fait l'expérience une fois : pareil, à cause d'un gros stress, ça na pas duré très longtemps et je n'en ai pas eu peur, juste très bizarre. mais j'imagine que être ainsi des jours ou des semaines, ça doit être quelque chose...

Sinon, une chose me frappe : c'est la quantité de gens qu'on trouve dans cette situation alors qu'on a souvent le sentiment d'être le ou la seule incapable... Et je suis frappée aussi, au delà de l'individualité de chaque souci qui a été évoquée, des ressmeblances de témoignages de gens . C'est vrai pour d'autres problèmes de santé d'ailleurs.
y'a quand même quelque chose d'universel derrière toutes ces histoires individuelles, je trouve...
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