De la pudeur involontaire de l'auteur

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petit_pavé
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De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par petit_pavé » mar. nov. 29, 2011 4:26 pm

Depuis quelques jours, je suis en plein dans une réflexion que j'ai envie de partager ici (je ne pense pas que le sujet ait déjà été abordé, en tout cas pas sous cette forme, mais si c'est le cas je m'en excuse d'avance).

Pour vous expliquer le point de départ de ma réflexion, voici les faits: je suis actuellement en pleine phase de recherches et de documentation pour mon prochain projet. Et comme j'ai envie d'écrire une histoire de vampires, j'ai évidemment commencé, en parallèle, à lire des romans consacrés à ce thème, en commençant par Dracula (à tout seigneur tout honneur, hein :P ) et en embrayant directement sur les livres d'Anne Rice (qui a gagné une nouvelle fan au passage, d'ailleurs :heart: :heart: ).

Bref, me voici lisant Entretien avec un vampire, qui me passionne d'autant plus qu'il parle (entre autres) d'un enfant-vampire. Or, un des deux personnages principaux de mon futur roman est justement un enfant immortel (pas un vampire, mais qu'importe): c'est donc un thème qui m'intéresse particulièrement. Et une chose me frappe d'emblée en lisant le livre d'Anne Rice: quand j'étais en train de jeter les bases de ma future histoire, je me disais que vu le contexte, la relation entre mes deux personnages principaux (un vampire à la moralité plutôt incertaine et un enfant, immortel, certes, mais un enfant quand même), pourrait paraître ambiguë, et j'ai directement cherché, un peu par réflexe, à effacer cette ambiguité. J'ai donc été plutôt surprise de la manière parfaitement assumée (et maîtrisée, mais c'est un autre sujet) avec laquelle Anne Rice a, au contraire, exploité ce même sujet.

Ce qui m'a amené à m'interroger sur les raisons (ou plutôt l'absence de raisons, parce que le problème est plutôt là, à mon sens) que j'avais eu, de mon côté, à directement chercher à contourner la question. Bon, je n'ai pas changé d'avis quant à ma volonté de ne pas laisser d'ambiguités à ce niveau, mais le fait d'y réfléchir m'a permis de clairement voir pourquoi je faisais ce choix. Et comprendre ce pourquoi m'a au final permis non seulement d'approfondir la personnalité de mes deux personnages, mais aussi de mieux définir leurs relations.

C'est la deuxième fois en peu de temps que je me rends compte (après-coup) que j'ai évité d'aborder certaines choses dans mes récits, plus par pudeur que par choix, et cela m'amène à réfléchir à la question. Bien sûr, on peut décider de ne pas traiter certains sujets: tant que c'est un choix assumé. Il y a des tas de bonnes raisons: parce que cela ne rentre pas dans le cadre (ou les objectifs) du récit, parce que cela ne cadre pas avec le contexte ou la personnalité des protagonistes, ou même, tout simplement parce que, en tant qu'auteur, on n'a tout simplement pas envie de traiter ce thème-là.

Là où je m'interroge plutôt, c'est quand cela ne relève pas d'un choix personnel mais plutôt d'un réflexe conditionné, une façon "d'éviter" un sujet, peut-être par une sorte de pudeur instinctive, un refus involontaire d'aborder quelque chose que notre personnalité, notre éducation, le contexte dans lequel nous vivons, ou autre, nous fait ressentir comme "tabou", "malsain", "malvenu" ou autre. Parce que dans mon cas, c'était bien de cela qu'il s'agissait.

Et vous, est-ce que cela vous est déjà arrivé de vous rendre compte, un peu par hasard, en prenant du recul par rapport à une de vos histoires, en lisant des romans d'autres auteurs ayant abordé le même thème, ou encore par le retour de (bêta-)lecteurs, que vous aviez "zappé" ou contourné par une sorte de pirouette certaines choses, certaines scènes ou thèmes dans un de vos textes, sans réelle raison (ou, du moins, sans que ce soit réellement par choix)?

Etiez-vous plutôt surpris, vous demandant ce qui vous avait fait atténuer ou masquer ce passage, cette notion, alors qu'ailleurs dans le récit vous vous en donniez peut-être à coeur joie dans des domaines peut-être pires? Avez-vous modifié le passage en question, ou bien avez-vous juste réfléchi aux raisons pour lesquelles vous aviez pris cette ligne de conduite et décidé de la garder?

Quelle importance accordez-vous à la part de réflexion consciente et d'analyse de vos propres raisons d'aborder ou non un certain thème dans le cadre de vos histoires? Est-ce important pour vous de savoir "pourquoi" vous décidez d'aborder ou non certaines choses, ou bien les raisons vous importent-elles peu tant que vous vous sentez bien dans ce que vous écrivez?

Ou... est-ce juste moi qui pose des questions inutiles? :wamp: (oui, oui, c'est une possibilité aussi :lol: :lol: )
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Vassago » mar. nov. 29, 2011 4:46 pm

Dans ton cas, je trouve tout à fait légitime de vouloir esquiver cette ambiguité. La pédophilie fait partie de ces sujets ultra délicats qui ne pardonnent pas. A l'époque actuelle, je pense que c'est le genre d'élément équivoque qui peut à lui seul empêcher une publication, par peur du scandale.
Sinon, pour répondre à ta question, cela ne m'est jamais arrivé de zapper inconsciemment une thématique - ou alors personne ne me l'a dit, je ne m'en suis donc jamais aperçu !
En revanche, une lectrice m'a une fois parlé d'un thème qu'elle pensait que j'avais traité dans mon histoire alors que ce n'était pas le cas. Elle avait tout simplement perçu de manière métaphorique des propos que je n'avais pas cherché à tenir.
C'est pourquoi je pense qu'il est primordial de penser à tous les tenants et les aboutissants de son histoire avant d'en commencer la rédaction, afin d'être sûr de traiter son sujet et ses ramifications de la manière la plus efficace possible. Comme tu le dis, traiter ou pas une thèmatique n'est pas un problème en soi tant que l'on sait pourquoi.
Bon courage pour ton projet en tout cas ! Quelle chance d'avoir à découvir Dracula et Entretien avec un Vampire pour ta documentation. J'ai dû les lire il y a une bonne quinzaine d'années mais j'en garde un super souvenir.

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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Tristeplume » mar. nov. 29, 2011 5:04 pm

J'avoue, je n'ai jamais pu envoyer mes persos faire leurs besoins. :(

Plus sérieusement, vu que tu parles surtout de réflexe inconscient, c'est dur de répondre. ^^
Et la plupart du temps, quand j'évite de creuser un thème, c'est soit que je ne me suis pas rendu compte que j'abordais un thème particulier, soit par flemme. :mrgreen:

Sinon, j'avais en effet consulté les grenouilles sur une scène où l'un des persos (homme adulte et vacciné) devait changer, pour la première fois, la couche d'un autre perso incontinent (femme adulte et vaccinée mais avec l'âge mental d'un nourrisson).
En soit, ce n'est pas choquant, des personnes devant changer la couche d'adultes PAPH, c'est monnaie courante.
Mais ça m'ennuyait un peu de devoir écrire cela.
— Malach, avez-vous entendu ça ? Je suis, je cite, "drôle, tourmenté, incompris".
— Je ne vois pas en quoi c'est flatteur.
— Mon cher, cela veut dire que je plais aux femmes !
— Décidemment, je ne les comprendrai jamais.

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Beorn
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Beorn » mar. nov. 29, 2011 5:08 pm

De manière générale, quand on commence un roman, au moment de travailler le synopsis, il faut toujours se poser la question : est-ce que je vais vraiment au bout ?
Avec tout ce que j'avais sur la table, avec mon intention de départ, est-ce que je suis vraiment allé au fond de mon sujet ?
Jusque là où ça dérange, là où ça étonne, là où ça questionne vraiment : est-ce que j'ai bien exploité complètement la situation que je voulais écrire ?

C'est une question très difficile et souvent, je me surprends à me dire à moi-même : non, je peux aller plus loin. Et pour avoir un bon roman, je DOIS le faire.
Et même en relisant le tout, une fois le texte écrit, je continue à me la poser, et à faire des corrections si je trouve que je ne suis pas allé assez loin.

Il ne s'agit pas de tourner au gore ou au glauque juste pour choquer, hein, entendons-nous bien, cela n'a rien à voir. Il s'agit juste d'exploiter ses thèmes à fond.

Alors bien sûr, il y a des choses que la loi, l'éditeur et les lecteurs t'interdisent d'écrire : je ne sais pas, le négationnisme, par exemple. L'apologie de la pédophilie, sans doute aussi.
Mais ton histoire, ce n'est pas l'apologie de la pédophilie - ou alors si on le croit en le lisant, c'est que tu es passée à côté de ton sujet.

En ce qui concerne Anne Rice, je n'ai pas lu le livre, mais dans le film, pas un instant, je n'ai vu une apologie de la pédophilie - plutôt une réflexion sur la frustration d'un être qui ne peut pas grandir, s'épanouir et devenir adulte. Que cette frustration prenne une tournure sexuelle n'est pas anodin : le sexe débridé est un expédient pour se sentir adulte, mais au fond, ce n'est pas une réponse satisfaisante pour cette éternelle petite fille, qui est toujours aussi malheureuse après l'avoir expérimenté.

C'est cela qui m'a touché, parce que les vampires, ça n'existe pas, mais les gens qui ont du mal à devenir adulte... ça existe. En fait, chacun d'entre nous peut se sentir concerné à divers titres.
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par petit_pavé » mar. nov. 29, 2011 5:50 pm

C'est pourquoi je pense qu'il est primordial de penser à tous les tenants et les aboutissants de son histoire avant d'en commencer la rédaction, afin d'être sûr de traiter son sujet et ses ramifications de la manière la plus efficace possible.
De manière générale, quand on commence un roman, au moment de travailler le synopsis, il faut toujours se poser la question : est-ce que je vais vraiment au bout ?
Avec tout ce que j'avais sur la table, avec mon intention de départ, est-ce que je suis vraiment allé au fond de mon sujet ?

...Il ne s'agit pas de tourner au gore ou au glauque juste pour choquer, hein, entendons-nous bien, cela n'a rien à voir. Il s'agit juste d'exploiter ses thèmes à fond.
Voilà, c'est exactement cela que je voulais dire. :) Le problème n'est pas d'avoir traité ou non un sujet, ou un thème, mais plutôt d'avoir fait ce choix en toute connaissance de cause et été jusqu'au bout de celui-ci, sans en esquiver certaines composantes (mais le mot "thème" est peut-être inadapté, parce que là, je parle plus de composantes du récit que de son thème en lui-même).

Je veux dire, à partir du moment où le lecteur va être amené à se poser des questions, il vaut mieux regarder les choses en face et lui fournir honnêtement les réponses (donc avoir soigneusement réfléchi, au préalable, à tous les tenants et aboutissants de son histoire), plutôt que de simplement se contenter d'ignorer ou d'esquiver la question.

Le problème étant que par moments, même après la rédaction, on se rend compte qu'on n'a pas toujours été jusqu'au bout. C'est le cas dans le premier jet que je suis en train de terminer: je me suis rendue compte que j'avais raconté certaines choses plutôt que de les montrer, comme pour "épargner" au lecteur ce que mon personnage, lui, avait vu. Là aussi, c'était plus par pudeur, parce que je n'avais pas envie de décrire ces choses, mais au final cela atténue l'impact qu'elles devraient avoir et ne me permet pas d'aller jusqu'au fond de la psychologie de mon personnage. Et là, par contre, je pense que je vais le modifier. Pas parce que j'ai envie d'être glauque ou gore dans mon propos, juste parce que je ne vais pas au fond des choses en le "zappant".
En ce qui concerne Anne Rice, je n'ai pas lu le livre, mais dans le film, pas un instant, je n'ai vu une apologie de la pédophilie - plutôt une réflexion sur la frustration d'un être qui ne peut pas grandir, s'épanouir et devenir adulte.
Je n'ai pas vu le film, donc je peux difficilement faire la comparaison, mais le livre est loin de faire l'apologie de la pédophilie non plus (encore heureux :shock: ). Par contre, les relations entre Louis et sa protégée restent malgré tout dès le départ très ambiguës, mais je pense que cela tient aussi à la définition que les vampires d'Anne Rice donnent au mot "amour". C'est juste que j'ai été estomaquée de voir que, là où moi je m'étais contentée d'esquiver la question, elle au contraire l'avait utilisée pour servir son propos (et la thématique de son récit).

Je ne sais pas si j'aurais osé le faire comme elle, à vrai dire. Je crois que j'aurais quand même eu peur que mon propos soit mal compris/interprété, même dans le contexte.
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Celia » mar. nov. 29, 2011 5:57 pm

Paul tu cernes bien le problème de Claudia dans Entretien avec un vampire. Le contexte est le même dans le livre d'ailleurs (le film est une bonne adaptation)
Le fait est que Claudia ne se définit pas uniquement de part sa relation à Louis : on assiste aussi à des scènes où elle explicite clairement son besoin de grandir et de s'assimiler à une femme (la scène avec le cadavre sous les poupées et celle où elle "adopte" une nouvelle mère) Sa relation avec Louis complète, mais ne représente pas la totalité de sa personnalité. Elle est aussi logique.
Du côté de Louis, il y a un amour vers Claudia, mais très fortement teinté de culpabilité. Parce qu'il a perdu son très jeuen frère (dans le film ça change) et parce qu'il s'en veut d'avoir tué Claudia. Son ambiguïté à lui est bien traité, si bien qu'on a du mal à faire la part de l'amour et de l'amour paternel.
On va beaucoup plus loin qu'une "simple" relation amoureuse, ce qui déjoue tous les doutes que pourraient avoir le lecteur en lisant le livre.
Tout en sachant bien que même développer de cette façon, cette histoire ne plaira pas à tout le monde.

J'ai eu le même problème sur les Chasseurs, où j'ai deux vampires, un adulte et un enfant. J'ai hésité, j'ai eu beaucoup de doute et finalement, j'ai tellement travaillé cette histoire et leur relation, elle est devenue tellement complexe, que finalement je ne pouvais pas m'auto-censurer. De plus, je pars d'une base violente (j'essaie de travailler mon roman de façon réaliste, sur un mode plutôt d'horreur) Me permettre des intestins qui volent en l'air d'un côté, mais rester gnangnan de l'autre, ça aurait déséquilibrer le texte (j'exagère sur les intestins, mais c'est pour bien montrer le problème)
A partir de là, il n'y a plus eu de doute.
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Tsumire » mar. nov. 29, 2011 6:03 pm

J'aime beaucoup ton avis, Beorn. Et non, petit pavé, tu n'es pas la seule à te poser ce genre de question. Au contraire, être conscient des thèmes que l'on aborde est de bon augure. Je n'ai hélas pas grand chose à ajouter à ce sujet. Actuellement, je m'essaye au thème de la prostitution. Je me pose les mêmes questions sur son développement alors je vais suivre ce fil avec beaucoup d'intérêt !

Merci à toi d'avoir posé la question.
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par petit_pavé » mar. nov. 29, 2011 6:15 pm

Celia a écrit :J'ai eu le même problème sur les Chasseurs, où j'ai deux vampires, un adulte et un enfant. J'ai hésité, j'ai eu beaucoup de doute et finalement, j'ai tellement travaillé cette histoire et leur relation, elle est devenue tellement complexe, que finalement je ne pouvais pas m'auto-censurer. De plus, je pars d'une base violente (j'essaie de travailler mon roman de façon réaliste, sur un mode plutôt d'horreur) Me permettre des intestins qui volent en l'air d'un côté, mais rester gnangnan de l'autre, ça aurait déséquilibrer le texte (j'exagère sur les intestins, mais c'est pour bien montrer le problème)
A partir de là, il n'y a plus eu de doute.
Je trouve ton retour très intéressant!

C'est sûr que le public-cible (mince, on y revient, il est partout! :lol: ) influe aussi sur les thèmes que l'on pourra se permettre d'aborder et la façon de le faire. En théorie, lorsque l'on s'adresse à un lectorat adulte, on table aussi sur leur capacité à voir "plus loin" que le côté choquant/gore/ambigu et à s'intéresser aux raisons qu'à eues l'auteur d'aborder les choses de cette manière.

En étant conscient que, même ainsi, on ne pourra pas plaire à tout le monde.
On va beaucoup plus loin qu'une "simple" relation amoureuse, ce qui déjoue tous les doutes que pourraient avoir le lecteur en lisant le livre.
C'est sûr que leur relation est extrêmement complexe, mélange d'amour/haine-dépendance/frustration chez Claudia, et d'un mélange de culpabilité/adoration - mal-être/dépendance psychologique chez Louis. Et pour ce qui est de l'ambiguité, je l'ai trouvée surtout présente chez Louis, plutôt que chez Claudia dont le parcours psychologique est moins chaotique. Mais peut-être est-ce justement le reflet du côté très tourmenté de Louis.

Il va falloir que je regarde le film, surtout s'il est bon :) Je suis curieuse de voir comment ils ont mis en scène tout cela!
Actuellement, je m'essaye au thème de la prostitution. Je me pose les mêmes questions sur son développement alors je vais suivre ce fil avec beaucoup d'intérêt !
Et c'est un thème vraiment difficile ! Bon courage à toi :love:
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Nyaoh » mar. nov. 29, 2011 7:42 pm

Très intéressant ce fil ! Je suis aux prises avec un Chaperon pour un AT, quand on regarde les versions psychanalyse and co. souvent revient le thème du conte du Chaperon rouge comme symbole de la jeune fille déflorer etc. du coup je travaille là dessus, mais j'ai un mal fou avec l'âge de mon perso. Au départ je l'ai vieilli jeune adolescente, puis je me suis dis non je veux aller au bout et je l'ai rajeuni... Je veux une histoire cohérente, mais je le fais quand même dans le cadre d'un AT. J'ai du coup zappé quelques détails qui pouvaient un peu... Difficile de se positionner quoi qu'il en soit.
Par contre c'est vrai que ça doit m'agacer les fausses pudeurs, car dans mon livre mon personnage à ses règles et c'est nommé ainsi etc. j'adore les livres où au grand jamais on n'aborderait ça, faut pas pousser quand même (sans mauvais jeux de mots mwahaha ^^ ).
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Siana » mar. nov. 29, 2011 8:33 pm

Arf, décidément on se croise à ce sujet. J'ai aussi une jeune fille pour Chaperon, et comme pour annA je compte tenter un "sans pudeur", justement, (un truc vrai, "sur le moment" et fou, encore). D'ailleurs, je m'étais retenue dans la première version de annA (nouvelle fantastique/gore en pause dans le Port). Au début, j'étais partie dans l'objectif d'écrire du gore. Mais un premier retour de bêta m'a appris que j'étais plus dans le glauque que le gore. Je m'étais retenue, d'une part volontairement par peur d'en faire trop, et aussi certainement inconsciemment par pudeur de parler de certains aspects corporels. Du coup, avec cette bêta, je me suis dis que je n'avais pas le choix si je voulais réussir mon exercice et faire de cette nouvelle un truc non retenu, à la hauteur de la violence qu'elle est censée contenir. Du coup, j'ai rajouté du gore par petites touches (toujours par peur d'en mettre trop), et je trouve que ça rend mieux avec ces détails justement posé ici et là.

Un autre livre que j'ai lu il y a quelques mois, avec des règles : Rouge. ^^ :wow: Mais bon à part ça, l'histoire reste assez pudique dans l'ensemble.
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par chocolaa » mar. nov. 29, 2011 8:44 pm

Nyaoh a écrit :Très intéressant ce fil ! Je suis aux prises avec un Chaperon pour un AT, quand on regarde les versions psychanalyse and co. souvent revient le thème du conte du Chaperon rouge comme symbole de la jeune fille déflorer etc. du coup je travaille là dessus, mais j'ai un mal fou avec l'âge de mon perso. Au départ je l'ai vieilli jeune adolescente, puis je me suis dis non je veux aller au bout et je l'ai rajeuni... Je veux une histoire cohérente, mais je le fais quand même dans le cadre d'un AT. J'ai du coup zappé quelques détails qui pouvaient un peu... Difficile de se positionner quoi qu'il en soit.
Mon projet actuel est une revisite du conte du Chaperon Rouge, sauf que, comme c'est de la romance, je partais avec bien entendu une héroïne jeune adulte.
Néanmoins par rapport à la connotation sexuelle du conte en question, j'ai longuement réfléchie à mon Chaperon. D'un côté si je voulais suivre la logique de l'histoire, je partais avec une héroïne vierge, mais d'un autre, ce n'était pas non plus complètement cohérent avec la personnalité de cette dernière. Je dois avouer que j'ai longuement réfléchi sur la question ^^

En tout cas petit-pavé je trouve ta question très intéressante.
Généralement je ne me retiens pas d'écrire ce dont j'ai envie, donc à première vue je dirai qu'il n'y a pas de tabous dans mes histoires. Par contre il y a des choses que je n'ai tout simplement pas envie d'écrire, et c'est surtout parce que je ne m'en sentirai pas capable ; je pourrai écrire une scène de torture mais j'aurai bien plus de mal à partir du moment où des sévices sexuels seraient imposés par exemple.
De toutes façons il m'est rarement arrivé d'être dans de telles impasses, parce que l'histoire et les personnages que je met en place ne le permettent pas de toute façon. Par contre c'est quelque chose que je dois faire inconsciemment :mrgreen:

Dans tout les cas je me refuse à écrire quelque chose qui me mettrait mal à l'aise où que je n'assumerai pas, sinon le plaisir d'écrire serait beaucoup moins présent^^
Après je m'empêche peut-être d'aller au "fond" des choses en procédant ainsi, mais je pars alors dans l'idée de trouver une autre façon de faire évoluer l'histoire/les personnages !
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Jean-Claude Dunyach » mar. nov. 29, 2011 9:02 pm

Petite info pour ceux qui ne le savent pas : Anne Rice est une célèbre maîtresse sado-maso (elle a écrit des livres sur le sujet et des contes érotiques) et ses vampires ont toujours incarné à ses yeux (elle le dit dans divers articles) les relations de pouvoir particulières qu'elle aimait dans sa vie sexuelle. Et je trouve justement que cet aspect-là des "entretiens avec un vampire" et de ses suites est remarquablement bien rendu.
Pour ce qui est de la pudeur, mon opinion est simple et sans ambages : elle ne sert à rien, car ce n'est pas soi qu'on montre - même si on a l'impression de se déshabiller dans son texte, c'est faux pour ceux qui nous lisent. Par contre, est-il nécessaire de montrer "tout" si ça ne sert pas l'histoire ? Un personnage qui fait ses besoins, est-ce utile à l'histoire ? Si oui, de quelle façon ? Idem pour les scènes gores, sexuelles, déviantes, etc., elles sont indispensables si l'histoire les réclame - mon personnage est pédophile, OK, j'assume et je montre - et totalement gratuites sinon.
La pudeur, c'est devant les gens. Mais être pudique face à son texte, c'est comme rougir devant son miroir.

Je vous poutoune,
Je compte pour un. Comme chacun de vous.

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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Celia » mar. nov. 29, 2011 9:10 pm

(Les Infortunes de la Belle au bois dormant d'Anne Rice sont assez illustratives à ce propos)

Je plussoie entièrement Jean-Claude.
Reprenons l'exemple du personnage qui va aux toilettes, activité peu glamour et assez inutile à une intrigue, la plupart du temps. Et vous lisez le Trône de Fer.
Spoiler: montrer
Tyrion Lannister, après une accusation de meurtre, une mise en prison et l'abandon complet de sa famille arrive à s'échapper et s'en va tuer son père, celui qui le déteste et qu'il déteste le plus au monde (son papa l'a quand même condamné à mort) On aurait pu faire tuer Lannister dans son lit ou à son bureau. Le personnage, altier, autoritaire, coincé, y aurait trouvé sa place naturel. Eh bien non, détail scatologique au possible, il mourra en faisant ses besoins. Le symbole du pouvoir, de la force, de l'autorité meurt en faisant caca. Sa mort devient à la fois cruelle et jouissive (parce qu'on a aimé le détester) Si l'auteur avait eu la pudeur de ne pas parler de chiottes, la mort n'aurait peut-être pas eu le même symbolisme.
Mais bon, en détail gore Martin en a faite une encore pire, tellement immonde que malgré tout ce qui s'est passé avant, j'en ai été écoeurée, et c'était bien là, aussi, le but de l'auteur.
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Elikya » mar. nov. 29, 2011 9:10 pm

Il y a une scène très particulière pour moi dans Kaefra.

J'avais été très émue en l'écrivant lors du premier jet et je croyais être allée jusqu'au bout. Mais j'ai eu l'occasion de discuter avec Jean-Claude Dunyach, qui répète souvent : "Il faut tout donner au lecteur". Alors j'ai su, sans aucune hésitation possible, que je n'avais pas tout donné.

J'ai réécrit cette scène en phase deux du cycle cocyclics, en me forçant à regarder les choses en face. J'ai décris ce qui se passait au lieu de l'éluder. J'ai pleuré, comme une idiote, mais la scène y a beaucoup gagné ! :mrgreen:
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Celia
C'est le grand retour d'une merveilleuse grenouille
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Re: De la pudeur involontaire de l'auteur

Message par Celia » mar. nov. 29, 2011 9:12 pm

En tant que spécialiste de l'évitement et des ellipses dans mes textes, je ne peut que comprendre ton expérience ^^
Bêta-lectrice
Creep Show en recherche d'éditeur

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