[A] Peut-on écrire un roman sans héros ?

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hildegarde stracker
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[A] Peut-on écrire un roman sans héros ?

Message par hildegarde stracker » lun. févr. 20, 2012 9:44 pm

Bonsoir à tous !!!

Bon....comme vous l'aurez lu...ce titre quelques peu étrange, peut vous sembler....étrange? (j'aurais dit bizarre mais ça faisait trop bizarre donc ....)

Dans l'un des sujet concernant l'influence que l'on peut donner à un héros au cours d'un récit, je me suis posé d’innombrables question quant à l'importance qu'on pouvait lui donner et ainsi le présenter comme héros qu'il se doit d'être. Après des heures et des journées à cogiter dans mon coin, j'en suis venu à une conclusion assez radicale : Pourquoi un héros? Et si le roman n'en comportait aucun? D'après mes connaissances, j'ai pas eu notion d'un roman sans héros, tout récits en possédait au minimum 1 voir 2.

Moi j'ai décidé d'en mettre aucun, du moins tout mes personnages (qu'ils soient secondaire ou tertiaire ou même celui qui était prévu comme le héros au départ) je veux les mettre au même niveau d'importance, ainsi ne pas en zapper et leur donner à chacun une certaine régularité.

Est ce que mon choix est juste ? ou est ce que je peux me planter ? Je sais qu'on fait ce qu'on veut dans un roman, mais le fondamental du héros de roman, j'ai décidé de le briser carrément !!!!
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Ephy » lun. févr. 20, 2012 9:47 pm

Il existe pas mal de livres avec plusieurs héros, au point de vue alterné... Par exemple Dune, ou même le Seigneur des Anneaux ou, plus proche de nous, les Aventuriers de la mer, le Trône de Fer, etc.
Personnellement, je préfère largement les livres qui ont plusieurs scénarios qui s'entrecroisent, avec plusieurs héros d'égale importance. D'abord, ça permet d'avoir une vue plus globale sur l'univers, en fantasy comme en SF (et après tout, je suis fanne du développement bien complexe du contexte socio-politique) mais en plus, ça permet d'apprécier le bouquin même si on ne peut pas piffer un des personnages :)

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Celia
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Celia » lun. févr. 20, 2012 9:47 pm

Ca existe déjà, il me semble, et on appelle ça le livre chorale.
Une multitude de personnages, dont aucun n'a vraiment plus d'importance que d'autre, et dont l'ensemble décrit un "état" : un lieu, une période, une ville, etc.
Les deux exemples qui me sautent aux yeux sont la série télé The Wire, et la saga de fantasy le Trône de Fer.
A moins que tu veuillez dire encore autre chose ?
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hildegarde stracker
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par hildegarde stracker » lun. févr. 20, 2012 9:54 pm

Ephy : l'intérêt premier de ma décision est justement basé sur le faite que si un personnage ne plait pas, il sera pas forcément le héros ou le perso tertiaire, en gros au lieu de tout miser sur le héros principale, je mise sur tout les personnage, ainsi je suis sur que l'un de mes perso plait^^ (c'est un peu idiot comme raisonnement mais bon...)

Celia : non tu as vu juste !
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Ephy » lun. févr. 20, 2012 9:55 pm

Bien oui, c'est exactement pour ça que je fais tout pareil :) Et c'est aussi pour ça que je préfère les livres qui sont écrit avec plusieurs héros !

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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par hildegarde stracker » lun. févr. 20, 2012 10:02 pm

je trouve que techniquement parlant c'est plus agréable^^
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Maden » mar. févr. 21, 2012 9:23 am

On parle quand même de héros, à moins d'en avoir vraiment une flopée mais ça me parait difficile à imaginer. Le Trône de Fer, pour reprendre l'exemple de certains, possède selon moi des personnages principaux qui se démarquent des autres (8 dans le premier tome, ça fait beaucoup mais c'est autour d'eux que tourne le reste). Et encore ces 8 personnages ne sont pas égaux, Eddard Stark (15 chapitres au coeur de l'intrigue) est plus important et plus central qu'Arya (5 chapitres d'un point de vue plus extérieur), il y a donc une véritable pyramide de personnages.

Il y a les personnages principaux et les personnages principaux secondaires, puis les personnages secondaires principaux et les personnages secondaires secondaires... :zzz: Bref, tout ça pour dire qu'avec l'exemple du Trône de Fer c'est étriqué mais la classification existe et Eddard Stark est indéniablement LE personnage principal/héros du premier tome, pas loin devant les autres mais quand même.
Moi j'ai décidé d'en mettre aucun, du moins tout mes personnages (qu'ils soient secondaire ou tertiaire ou même celui qui était prévu comme le héros au départ) je veux les mettre au même niveau d'importance, ainsi ne pas en zapper et leur donner à chacun une certaine régularité.
J'ai du mal à concevoir ça, par exemple. Même si tu en as 10, il y aura toujours pour moi des personnages qui se démarqueront des autres dans une sorte de "hiérarchie". Cette hiérarchie peut être très serrée, comme dans le Trône de Fer, mais il faut en être conscient.

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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Tsumire » mar. févr. 21, 2012 10:01 am

Je rejoins l'avis de Maden.
Tu peux atténuer les différences entre les personnages principaux et les secondaires en peaufinant la caractérisation de tous tes intervenants et en leur donnant un rôle dans l'intrigue. Néanmoins, il y aura toujours des personnages qui sortiront du lot et qui porteront un peu plus l'intrigue que les autres.

A mon avis, vouloir absolument une galerie de personnages pour "s'assurer" que le lecteur tombe en sympathie avec au moins un des protagonistes est une erreur. Si cette empathie existe, elle sera également frustrée par le nombre de fois où le lecteur se trouvera dans l'obligation de suivre le parcours des personnages de moindre intérêt (de son point de vue). Il faudra alors tenir le lecteur (compenser) avec l'intrigue, la tension narrative, l'originalité de l'idée, le drame. Bref, il faut un certain doigté. Une expertise, et surtout une histoire pour laquelle cette galerie de personnages est une nécessité, et non pas un artifice.

J'ai tenté le coup avec une échelle moindre que la SdA ou le Trône de Fer. Il y avait 6 personnages principaux, et la conclusion professionnelle que j'ai reçu après la soumission du roman se résumait à : "Obscure et complexe". Heureusement, ce qui m'a sauvée, c'est qu'il existait malgré tout une héroïne ! Écrire un récit à plusieurs harmoniques doit être au-dessus du caprice du "techniquement plus agréable" ou du "le lecteur y trouvera forcément son compte". Il faut vraiment que le récit s'en trouve grandit ! Que sa force d'évocation n'aurait pas été aussi forte sans ça.

Bref, aujourd'hui, je mise sur un couple de personnages principaux. Et mon objectif n'est pas de proposer une galerie de personnages, mais bien une galerie d'émotions grâce à mes deux personnages.
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par [H]ivy » mar. févr. 21, 2012 12:09 pm

C'est marrant que tu aborde ce sujet, je me suis moi aussi posée la question.

Je comptais écrire un livre du genre (pas parodique bien sûr) d'une quête comme celle du seigneur des anneaux. Le héros doit détruire un truc qui détruit le méchant (bah voui c'est comme ça que je monte un sénario) sauf que le héros meurt écrasé par un arbre ou toute autre mort bête et inutile. Bref le monde magique est dans un sacré pétrin et tous ceux qui essayent de prendre la place du héros finissent par mourir ou ne se montre pas à la hauteur. Bref, le méchant gagne à la fin et est très content de lui.

Bon... il manque pas mal de chose dans cette histoire et à moins de le faire en version comique (type Kamelot) ça risque d'être bien ennuyeux.

Dans le même domaine, plus adapté aux nouvelles selon moi, mon père m'as dis un jour (en gros) que l'intéret du roman sans héros était de développer la description. J'explique. Le héros est mort écrasé par un arbre (étrange d'habitude je ne parle que de bus) donc l'histoire commence à côté de cet arbre. Tout le récit tien dans le fait qu'on décrit les évènements qui ont lieu autour du héros comme la guerre contre les forces du mal, la défaite des gentils (bah oui sans héros c'est dur) etc. Tout ça comme si on parlait d'un paysage champêtre.

Interessent n'est-ce pas ? Enfin là je parle du livre sans héros au sens très strictement propre.
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Celia » mar. févr. 21, 2012 12:44 pm

J'ai une question : sans héros, comment parvenir à l'identification du lecteur ? Et donc à son implication dans l'histoire ?
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Bergamote » mar. févr. 21, 2012 12:56 pm

Dans ton exemple [H]ivy, il y aurait bien un héros, et ce serait le méchant. Au vu de ce que tu nous a résumé là.

Ensuite je me pose la même question que Celia, sans héros comment permettre aux lecteurs de s'identifier ?

Pour moi, cela tiendrait plus de l'expérience littéraire que d'un réel roman. Il y aura certainement multitudes d'exemples pour me contredire, mais jusque là je n'ai jamais lu un livre sans héros, et je n'ai jamais eu envie d'en lire un.
On peut tourner autour du pot, si l'on décide de ne pas mettre de héros à proprement parler, mais que l'on passe quatre cent pages à décrire des scènes de vies comme des paysages, le héros dans ce cas-là ce sera le mode sociétal... Puisque ce sera lui qui évoluera et amènera ou non à la résolution des intrigues.

Pour moi, se demander si un livre sans héros peut exister, c'est comme se demander si une mouche peut voler sans ailes. On va me dire oui si on la lance très fort, si on lui greffe une hélice, etc.
Mais le fait est que non. Une mouche sans ailes, ça ne vole plus.

C'était Bergamote & ses comparaisons foireuses !

Edit : Ah ! Et j'oubliais s'il n'y a vraiment aucun héros, ne serait-ce pas le narrateur qui le deviendrait ?

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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par [H]ivy » mar. févr. 21, 2012 1:09 pm

Pourquoi pensez-vous que je n'ai jamais menée l'idée à son terme ? Finalement un livre sans héros n'est pas possible. Il y en as toujours. Comme dans l'idée d'hildegarde, il n'y à plus un héros mais dix.

Ou alors il faut changer sans héros par cent héros.
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Beorn » mar. févr. 21, 2012 3:56 pm

Il y a plusieurs réponses, je crois.
D'abord, une intrigue a besoin d'un protagoniste, mais ce n'est pas forcément un héros (au sens héroïque du terme : cela peut être un lâche, un salaud, un indécis...), ce n'est pas forcément un humain (ça peut être une force intelligente, une créature, un animal) et ce n'est pas forcément un individu (cela peut être un groupe, comme dans la Horde du Contrevent).
En revanche, un protagoniste me semble absolument indispensable. Au sens de "entité consciente ayant un but à accomplir et des obstacles en face de lui".
C'est la configuration "but + obstacle" qui créé le "protagoniste".
Parce qu'une histoire, c'est cela : si on n'a pas ce schéma de base, on n'a pas d'histoire, on a éventuellement un documentaire.

Ensuite, dans un roman, il peut y avoir plusieurs intrigues mêlées, donc plusieurs protagonistes. Le plus souvent, on a une intrigue principale et des intrigues secondaires.
Par exemple, dans le Seigneur des Anneaux, à partir d'un moment, on suit trois histoires : d'un côté Frodon/Sam/Gollum, d'un autre côté Pipin/Merry et enfin Aragorn/Legolas/Gilmi. Dans cet exemple, je dirais que Frodon représente l'histoire principale, parce que c'est lui qui est le seul en mesure d'accomplir le but de tous (détruire Sauron) c'est donc à mon sens le principal "héros" du roman. Mais les trois histoires sont toutes passionnantes : elles ont chacune leurs "héros secondaires" puisqu'ils ont chacun des buts secondaires (chasser Langue de Serpent, battre les armées de Saroumane, emporter l'adhésion des Ents, repousser l'armée du Mordor etc.).

Je suppose qu'on pourrait imaginer un roman où il n'y aurait pas vraiment d'intrigue principale, mais plusieurs intrigues parallèles d'importances égales. Cependant, je pense que c'est une construction très difficile : il faut que chaque histoire intéresse le lecteur et il faut qu'elles aient assez de liens entre elles pour justifier qu'elles forment un ensemble.
On retrouve parfois cela dans les séries TV ou les manga, c'est à dire dans les histoires trèèèès longues que l'intrigue de départ ne suffit pas à nourrir.
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Milora » mar. févr. 21, 2012 4:19 pm

Mais, comme l'a dit Célia, ça a déjà été tenté, avec le roman choral, dans le mouvement du Nouveau Roman qui essayait de contourner les éléments classiques du récit, en supprimant par exemple la notion d'intrigue ou en diversifiant les narrateurs. Bon, après, je connais mal et le peu que j'en ai lu, j'aime pas. Mais je pense qu'il y a peu de choses impossibles en littérature. Mais bon, après, pas sûre que ça rende quelque chose d'agréable à lire (lire une nouvelle sans protagoniste, ça peut être cool. Lire un roman entier, je pense que j'aimerais pas).

Mais je rejoins Beorn pour la distinction héros/protagoniste (même si je crois que dans ce fil, on a tous employé héros au sens de protagoniste).
[EDIT : D'ailleurs, on peut envisager des configurations où le héros n'est pas le protagoniste. Il y a des romans où le personnage qu'on suit, celui auquel on s'identifie, n'est pas le héros. Ne serait-ce que Sherlock Holmes : bien souvent, Watson ne fait quasiment rien, en tant que personnage, il est presque exclusivement là pour "porter la caméra". c'est Holmes le héros. De même, dans Jacques le fataliste de Diderot, je l'ai pas lu en entier mais il me semble que c'est un ensemble de récits disparates. Vous avez toujours Jacques qui raconte à son maître, mais peut-on dire qu'ils sont vraiment les protagonistes du livre ? Idem avec Shéhérazade... Dans Le ravissement de Lol V Stein de Duras (j'ai détesté, mais bon), le narrateur en tant que personnage apparaît de nulle part au milieu du livre. Avant, c'était un récit à la troisième personne portant sur Lol. Après, c'est un récit à la première personne portant sur Lol et sur le personnage du narrateur. Là aussi, c'est difficile de dire qu'il y a un héros, un protagoniste clairement défini.
Reste qu'il demeure toujours, dans ces exemples, un protagoniste - au sens d'un personnage qui va canaliser le lecteur, pas forcément sur la durée de tout le roman, mais pour telle ou telle partie.]

Et qu'il y ait plusieurs héros, plusieurs personnages principaux, n'enlève rien au faut qu'il y a un (enfin ici : des) protagoniste(s). On peut varier les points de vue, donner une part égale aux personnages principaux (mais impossible de donner une part égale à tous les personnages, à moins d'un huis clos), changer de protagoniste en cours de route, etc. Je pense par exemple au cycle Fondation, d'Asimov : les personnages se succèdent, mais l'histoire a une autre échelle, pas humaine : la destinée de Fondation. Il n'y a pas vraiment de héros unique. Mais dans toutes ces configurations, au niveau de la structure de la narration, il reste un protagoniste.
Après, pour supprimer le protagoniste, il faudrait transformer toute la façon de raconter - comme le roman choral, mais je connais mal. (Et je suis pas sûre d'aimer le résultat...)

Ceci dit, je pense qu'à l'échelle d'une nouvelle, il y a moyen de trouver des techniques de narration où on peut se passer d'un protagoniste tel que le définit Beorn. Je sais pas, si on raconte un orage, ça peut garder une structure narrative (avec le fameux schéma narratif : situation initiale/élément perturbateur/péripéties/élément de résolution/situation finale) et être prenant, mais sans un seul personnage, sans - même - avoir à personnifier l'orage ou le décor. Ceci dit, je le répète, à mon avis, un tel parti-pris à l'échelle d'un roman, ça va lasser le lecteur...
Nouveauté :
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Alice (Malpertuis VI)
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Re: Le roman sans Héros ? est ce possible?

Message par Beorn » mar. févr. 21, 2012 4:53 pm

Milora a écrit :Mais, comme l'a dit Célia, ça a déjà été tenté, avec le roman choral,
Le roman choral n'implique pas qu'il n'y ait pas de protagoniste, à mon avis.
L'exemple de roman choral qu'on cite souvent, c'est "la horde du contrevent", mais selon moi, il y a un seul protagoniste : c'est la horde elle-même (qui a un but : trouver la source du vent, et toutes une série d'obstacles).
Quant au roman choral où les protagonistes seraient tous à égalité, avec tous des buts différents, je n'ai pas d'exemple mais ça doit être possible.
Milora a écrit :De même, dans Jacques le fataliste de Diderot, je l'ai pas lu en entier mais il me semble que c'est un ensemble de récits disparates. Vous avez toujours Jacques qui raconte à son maître, mais peut-on dire qu'ils sont vraiment les protagonistes du livre ? Idem avec Shéhérazade...
Ce sont des exemples intéressants.
Jacques le fataliste me semble être une histoire à peu près cohérente, parce que toutes les anecdotes racontées par Jacques vont dans le sens de son but (convaincre son maître de sa philosophie de la vie).
Dans Shérérazade, en revanche, il me semble qu'on est beaucoup plus dans le recueil de contes. Des histoires juxtaposées, donc, sans véritable rapport entre elles comme dans un recueil de nouvelles.
Milora a écrit :Je pense par exemple au cycle Fondation, d'Asimov : les personnages se succèdent, mais l'histoire a une autre échelle, pas humaine : la destinée de Fondation. Il n'y a pas vraiment de héros unique.
Je n'ai pas lu Fondation, mais cela me fait penser au Silmarilion de Tolkien. L'histoire se passe sur un temps très long, avec une multiplicité de personnages et de sous-intrigues. Au final, il y a bien une "histoire", puisqu'on a tout de même une intrigue qui court du début à la fin (le protagoniste serait "les Noldors" en général, avec leur but : récupérer les Silmarils), mais cela ressemble presque parfois à un recueil de nouvelles liées par une même trame de fond.
Milora a écrit :D'ailleurs, on peut envisager des configurations où le héros n'est pas le protagoniste. Il y a des romans où le personnage qu'on suit, celui auquel on s'identifie, n'est pas le héros. Ne serait-ce que Sherlock Holmes : bien souvent, Watson ne fait quasiment rien, en tant que personnage, il est presque exclusivement là pour "porter la caméra".
Oui, mais là, la distinction n'est pas tellement "héros/protagoniste" mais "narrateur/protagoniste".
Watson est le narrateur, tandis que le protagoniste, c'est Holmes (puisque c'est lui qui a un but à accomplir et des obstacles pour y parvenir).
Milora a écrit :Je sais pas, si on raconte un orage, ça peut garder une structure narrative (avec le fameux schéma narratif : situation initiale/élément perturbateur/péripéties/élément de résolution/situation finale) et être prenant, mais sans un seul personnage, sans - même - avoir à personnifier l'orage ou le décor.
Si tu ne personnifies pas le décor (une maison qui résiste, par exemple, ou un chêne comme dans La Fontaine), je pense que tu n'auras pas d'histoire. Tu peux avoir un poème, ou une description brillante d'un phénomène météo, mais ce sera autre chose qu'une histoire.
Milora a écrit :dans le mouvement du Nouveau Roman qui essayait de contourner les éléments classiques du récit, en supprimant par exemple la notion d'intrigue ou en diversifiant les narrateurs.
J'ai essayé de lire "la disparition" de Georges Perec. Je ne sais pas si c'est la vague du nouveau roman. En tout cas, ce n'est pas un roman. C'est une vague suite de jeux de mots et de situations bizarres pour dire qu'il manque la lettre "e". (j'ai reposé le bouquin au bout de vingt pages).
D'après ce qu'on m'en a dit, le nouveau roman refuse l'intrigue. Il assume le fait qu'il n'y ait pas de protagoniste et pas d'histoire.
Donc, ben, il n'y en a pas.

Personnellement, j'ai du mal à voir l'intérêt, mais bon, il y a effectivement une infinité de façons d'écrire sans écrire une histoire : on peut écrire un essai, une dissertation, une thèse, un documentaire... Aucune n'est a priori meilleure que l'autre, on peut trouver un plaisir à lire chacun de ces genres de texte. Mais ce ne seront pas des histoires pour autant. Enfin, du moins j'en suis convaincu.
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