[A] Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Sujets inactifs depuis un an ou plus

Modérateur : Crazy

Avatar de l’utilisateur
Selsynn
Messages : 907
Inscription : mar. août 11, 2009 2:06 pm
Rang special : Batracien
Contact :

[A] Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Selsynn » ven. nov. 23, 2012 2:25 pm

Bonjour,
Tandis que je relisais mon fil de bêta sur mon roman actuellement en pause, j'ai réfléchis à nouveau sur la signification et la mise en place de la plupart de mes intrigues, qui tiennent souvent à cause des personnages, et surtout des narrateurs.

J'adore écrire des histoires où le narrateur déteint beaucoup sur l'histoire qu'il raconte, car il est de parti pris. Et j'aime bien quand le narrateur n'appréhende pas du tout le monde qui l'entoure correctement.
Pour ce faire, j'ai besoin d'une trame assez simple (sinon, j'ai l'impression de perdre complètement mes lecteurs) et un personnage qui n'est pas le narrateur qui a eut intérêt à induire le narrateur en erreur. Qui lui construit un monde irréel, qui pour le narrateur représente le monde extérieur qui l'entoure.
L'histoire couvre donc des événements du scénario qui engendre une découverte du mensonge, et donc la découverte du monde réel.

J'ai remarqué que sur les deux romans terminés, les deux sont à fond dans cette optique (Expériences trop réussies, et Mort Sans Souvenirs). Le roman en pause (Les Enfants d'Ellinao) fait une légère variante dans le fait où c'est une croyance générale qui est la fausse croyance que tout le monde croit (du genre le monde est plat, alors qu'en fait, il est rond. Mais avant d'en faire le tour, tout le monde y croit dure comme faire). Le roman en cours de rédaction, c'est beaucoup moins perceptible, mais c'est l'égo des deux narrateurs qui les empâche en réalité d'appréhender le monde correctement.
Quelques uns de mes projets, sans noms, sont encore à fond dans cette idée, avec notamment un cercle parfait, où le narrateur "aveugle" du départ deviendrait le manipulateur d'un nouveau narrateur... (série sans noms qui commence à bien s'incruster dans mes idées)


Ce qui me fait peur, c'est que ce soit juste un délire d'auteur. Que le lecteur ne le percoive pas comme un jeu, comme j'ai l'impression quand j'ai la chance de tomber sur ce genre d'intrigue. (celle où il existe plusieurs version de la même histoire, mais chacun vu d'un point de vue différent, qui change radicalement d'histoire)

Et d'un point de vue technique, j'aurais aimé échanger des points avec d'autres auteurs qui aimerait aussi (ou des lecteurs), d'où la création de ce fil.

Personnellement, je procède par un texte écrit en focalisation interne, où on découvre les pensées du héros. Au fil du texte, j'ajoute des passages (entre les chapitre, ou seulement entre les parties) où on change de narrateurs (en général omniscient, extérieur) pour "signaler" au lecteur que le héros se trompe complètement. Autrement, l'autre technique que j'ai trouvé est de créer un décalage entre les pensées du héros et la description des lieux ou des actions qu'il fait réellement, et de compter sur l'intelligence du lecteur, pour qu'il sache, que non, c'est pas forcément ce que le narrateur croit.

Mais je trouve que ces deux méthodes ont de gros problèmes (on voit pas du tout que je suis en phase de réflexion qui va avec les corrections ^^), je trouve, et j'ai du mal à trouver une parade :
-> La méthode je coupe l'histoire pour mettre des choses qui ne sont pas relié au héros n'est pas facile et pas souvent judicieux à mettre arbitrairement à un endroit. Je n'arrive pas à appréhender à quel rythme il faut les mettre pour qu'il n'y en ait pas trop.
-> La méthode du héros qui est trop bête pour comprendre qu'il ne vit pas dans le monde qu'on lui a décrit... Bin, ca oblige à débuter l'histoire avec un héros qui ne se pose jamais trop de questions, et qui est un peu trop bête, justement, ce qui de mon point de vue, dessert l'intrigue (vu que je veux qu'on lui soit accroché)

Il y a à ma connaissance, une dernière méthode, qui est celle du changement brutal.
En tant que lecteur, elle m'agace au plus haut point. C'est "Oh, mais en fait, tu ne vis pas du tout dans le monde que tu croyais... Tu vis dans la matrice, Néo"...
Pour moi, une histoire de découverte, comme cela, doit pouvoir se lire entre les lignes, dès le départ, mais elle ne doit être compréhensible qu'à la seconde lecture.

Qu'en pensez-vous ? Vous êtes vous déjà posé ce genre de question ? Qu'est-ce que cela vous inspire ?
(J'ai parcouru les titres de fils et je n'en ai pas vu sur cette thématique, mais j'ai pu avoir mal lu quelques uns. Désolé de recréer un sujet si ça existe déjà)
Selsynn
Rêveuse invétérée - N'hésitez pas à me relancer si j'ai promis quelque chose
Pitch-Banques Asrian
OLT-ETR T2
Syno - ETR

∆Vz
Mec Pogo, slam et rock n'roll (et j'aime pas les câlins !)
Messages : 241
Inscription : mar. août 30, 2011 11:39 am
Rang special : Grenouille-Garou

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par ∆Vz » ven. nov. 23, 2012 2:57 pm

J'essaie d'avoir quelque chose d'approchant (mais sûrement de plus simple) sur mon roman. J'alterne de façon irrégulière entre le point de vue de l'un des héros (première personne) et un point de vue "omniscient" qui ne l'est pas réellement, puisqu'il ne juge jamais les personnages, ne dis jamais que le héros narrateur se trompe. Les deux "narrateurs" ne décrivent jamais la même chose, mais s'enchaînent et montrent parfois que le héros n'est pas du tout objectif. Par contre, chez moi, pas de manipulation ni de révélation. Le héros est juste humain, têtu, etc., et ce à quoi j'essaie d'arriver, c'est simplement que le lecteur (type de public visé : avec un cerveau) comprenne naturellement sa subjectivité. Comme je ne suis qu'en phase de premier jet, je n'ai pas encore eu de retours très complets, mais ça à l'air de fonctionner. Bien sûr, comme je l'ai dit, c'est beaucoup plus simple que ton narrateur qui découvre une grande vérité...

Plus en détail, par rapport à ton cas : je ne me suis pas vraiment demandé s'il y avait trop ou trop eu d'intervention du narrateur omniscient, simplement parce que ces interventions sont longues et racontent l'histoire qui se poursuit. Ce ne sont que quelques phrases par-ci par-là, au milieu du reste qui "remettent le héros à sa place". Bref, cette 3e personne n'intervient jamais dans le but direct de contredire la 1re personne.

La "méthode du héros trop bête" et la "méthode du changement radical", en revanche, je n'utilise pas.
Grenouille à grandes dents Image
... et mangeur de fillettes (et de petits chats noirs)

Avatar de l’utilisateur
Colcoriane
Grenouille au sourire charmeur
Messages : 1783
Inscription : jeu. nov. 24, 2011 1:47 am

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Colcoriane » ven. nov. 23, 2012 4:47 pm

Je me souviens avoir déjà lu un livre construit comme tu dis, avec des incursions parfois d'un autre point de vue, c'est Malevil, de Robert Merle. Ce roman est présenté comme un récit écrit par le personnage principal, qui est toujours sûr de son fait et ne se trompe donc jamais. Le côté légèrement hautain du personnage se ressent assez dans la narration pour comprendre que sa vision est parfois faussée même s'il prétend être objectif. Occasionnellement, on voit des notes d'un autre personnage, soit en bas de page, soit insérées entre le chapitres. Cet autre personnage, toujours à la première personne, raconte parfois les évènements de son propre point de vue, explique pourquoi il pense que le 1er a tort, voir raconte des choses totalement occultées par le 1er - souvent des épisodes où il perdait la face d'une façon ou d'une autre. Cette façon de faire est intéressante, parce qu'elle illustre aussi le caractère de ces deux personnages, qu'on voit par leurs propres yeux et par le regard de l'autre.

Maintenant, je pense que la difficulté est de rendre le procédé naturel, que ça ne fasse pas trop bricolé. Et il faut que ces incursions d'un autre narrateur soient suffisamment fréquentes pour ne pas tomber comme un cheveu sur la soupe, amha, sans pour autant l'être trop au risque de perdre l'intérêt de la narration à la première personne.

Le coup du narrateur qui ne comprend pas le monde alors que le lecteur le comprend grâce à ses propos, c'est en effet assez lourd. A moins de faire quelque chose de très subtil, le lecteur peut avoir l'impression que le personnage est un idiot, et ça peut vite devenir énervant. Ou alors, veiller à donner au lecteur une clé que le narrateur ne connaît pas. Mais comment... Je pense à de petits paragraphes genre citations qui peuvent être insérés en début de chapitres/parties, comme ça se voit de plus en plus.
Je pense par exemple à un roman de Pierre Bottero, un de la deuxième trilogie Ewilan, je ne sais plus si c'est le premier ou le deuxième. Si mes souvenirs sont bons, Ewilan souffre d'un mal étrange dont la cause n'est donnée que vers la fin. Sauf que si on lit les fameux petits paragraphes en début de chapitre, on a droit à des indices qui permettent de deviner la cause du mal avant que les personnages la découvrent. Sans qu'on ait l'impression que les personnages sont des idiots, puisqu'on sait que ces indices, ils ne les ont pas.
Bref, ce n'est pas de la narration interne non plus, mais le procédé me semble intéressant. Un lecteur qui zappe les petits paragraphes introductifs avance à la même vitesse que les personnages, ça ne manque pas à l'histoire, alors que celui qui les lit a une longueur d'avance et peut du coup prêter attention à certains détails qui prennent alors tout leur sens.
Colcoriane

Mon challenge : Panique au Centre : La Nuit des Jouets
Attention, ce sont les enfants qui décident de l'histoire... :hiii:

Avatar de l’utilisateur
Selsynn
Messages : 907
Inscription : mar. août 11, 2009 2:06 pm
Rang special : Batracien
Contact :

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Selsynn » ven. nov. 23, 2012 5:28 pm

Peut-être sur l'alternance, mon problème vient que sur mon roman en cours de correction, je veux absolument avoir quelque chose de régulier.
Mettre un "document" sur lequel l'héroïne découvrira réellement la vérité, mais les parsemer dans le roman, au lieu de les livrer en vracs dans le dernier tiers du roman.

J'essayais de faire en sorte que le "document" parle des evenements du chapitre sous un autre jour. Soit par des entrées du journal que tient celui qui sait (le père de l'héroîne pour Expériences trop Réussies) soit par des décrets officiels de la Citadelle qui n'intéresse pas l'héroïne (enfin, pas au début...). Dans Mort Sans Souvenirs, il s'agit des rêves que l'héroïne fait et qui sont des réminiscences de ses anciennes vies. Plus elle en prend conscience, plus ils se mêlent à l'histoire. (puis il a quelques passages en pdv autre pour faire montrer dès le départ l'autre facette du méchant. Mais je suspecte ce passage là de passer directement à la trappe à la correction)

*se relit*

On peut dire que la technique que je préfère, c'est d'apporter au cours du récit des indices sur la réalité et la complexité du monde que le héros n'aura que plus tard, dans l'intrigue. Mon problème principale se retrouve à être la forme de ces indices, et surtout, combien en présenter, combien fera trop, et combien le lecteur peut lire sans trop vite comprendre ce qui se passe... (et du coup trouver le héros benêt de ne pas avoir encore compris.)
Dans l'idéal, j'aimerais que ces 'indices' aient deux niveaux de lectures.

Par exemple :
Ayleen est l'héroïne d'Expériences trop réussies. Elle est bornée et têtue, et fermement accrochée à ses croyances.
-> Elle fait un spectacle de danse (première scène), se foule le pied et se fige en voyant dans les spectateurs un homme de peau noire (qui n'existe pas d'après tout ceux qui l'entoure). Il est figé dans une position de grand choc mais se reprend et fait des gestes de la main, et la douleur s'en va aussitôt. Quand Ayleen demande à sa mère, qui a assisté à la scène, déjà, elle ne veut pas entendre parler de fantaisie de couleur de peau différente, mais aussi elle n'a pas vu sa fille chuter, ni se figer... Elle a juste vu des actions continues et parfaites. D'après la mère et Ayleen, le père d'Ayleen n'assiste plus au spectacle de sa fille depuis une dizaine d'années (depuis quasiment l'arrivée de l"homme noir"
-> Le "contre-chapitre" raconte l'entrée du journal de Matthieu, le père d'Ayleen qui doit prendre la douloureuse conscience que sa fille a grandit. Il l'a vu au spectacle de danse. Il s'est précipité pour l'aider, mais sait que sa fille l'a détecté...

=> De mon point de vue, le lecteur, lors de sa première lecture de la scène doit simplement froncer les sourcils et se demander quel est ce boxon. Penser que le père de l'héroïne n'est pas aussi indifférent à sa fille qu'elle ne le croit (oui, elle croit que son père préfère son travail à sa famille, c'est à dire ce qu'il montre)
A la deuxième lecture, après avoir su que Matthieu est de couleur naturelle de peau noire, il doit comprendre que Matthieu reculait depuis longtemps le moment d'affronter sa fille sur leurs origines, leurs pouvoirs et leur rôle dans le monde...

*Découvre que Colcoriane a posté pendant qu'elle écrivait son pavé, lit l'intervention de Colcoriane*
Je note Malevil, ca me parait prometteur comme méthode, c'est exactement sur ce type de méthode que je m'interroge.
Au niveau du fréquent/récurrent, c'est pourquoi je parle de faire entre chapitre, ou entre partie. Il me semble qu'il faut en effet que ce soit quelques chose qui revienne assez souvent, mais il ne faut pas que les informations qui soit données séparent trop le lecteur du héros... Dur dur de faire le bon mélange !

Sinon, oui, les paragraphes en début de chapitre, j'aime bien ça aussi, mais pour Ayleen je les utilise déjà pour présenter le passé (qui est aussi important que le présent pour bien appréhender l'histoire) et que l'héroïne connait sur le bout des doigts sous la forme de contes (les Contes d'Ellinao).

Mon problème est que j'ai l'impression d'avoir plein de pièce d'un puzzle sans arriver correctement à les assembler... Ni savoir comment les assembler de manière homogène et fluide. (Et pas que le lecteur se demande où est passé l'intrigue et le héros précédent, d'où l'idée d'une forme particulière pour le mettre bien en exergue. )
Selsynn
Rêveuse invétérée - N'hésitez pas à me relancer si j'ai promis quelque chose
Pitch-Banques Asrian
OLT-ETR T2
Syno - ETR

Avatar de l’utilisateur
Siana
Messages : 4085
Inscription : dim. janv. 09, 2011 2:55 pm
Rang special : Grenouille-paranormale
Localisation : 49

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Siana » ven. nov. 23, 2012 7:18 pm

C'est une technique intéressante parce que ça permet de surprendre le personnage, et donc le lecteur, même si parfois le lecteur est surpris avant le personnage, du coup.
Donc je ne trouve pas que ce soit un "délire d'auteur".

Étant donné que j'ai un intrigue un peu à tiroir, je me suis aussi fait ce genre de réflexion. Et finalement, on apprend dans mon tome 2 ce qui s'est réellement passé dans le tome, puis on apprend ce qui c'est passé dans les tomes 1 et 2 en lisant le tome 3. Je passe quand même par un certain nombre d'explications. Mais en dehors de ça mes tomes ne sont pas indépendants les uns des autres, ce qui me permet de laisser des questions en suspens à la fin de chaque tome.
Ensuite, pour le indices... :? J'ai jamais pris trop conscience que je semais des indices, en fait, j'ai réussi à faire ça un peu naturellement. Après, si j'essaye de remonter à comment je les ai semés... il y a donc les questions en suspends (dont la plupart sont posées par les personnages), des passages un peu obscures, des comportements étranges, je prends soin aussi de citer une ou deux fois des personnages/peuples qui agissent dans l'ombre avant de sortir au grand jour par la suite, je fais en sorte que rien ne se passe comme prévu (ou presque), je fais en sorte que mes personnages découvrent tous une partie différente du "vrai monde" (le système de la mort, puis le système "divin"), j'use aussi beaucoup d'un artifice simple qui est de donner une autre cause à un fait déjà passé (facile par rien à changer, juste une petite explication à rajouter), et puis bien sûre je m'assure qu'il y ait des failles du côté de la réalité pour qu'elle se trahisse parfois toute seule à ceux qui ne devraient pas la connaître. ^^

Après, pour ton exemple de yoyo entre les points de vue, comme avec le spectacle de danse, tu as aussi la possibilité de passer par le personnage pour qu'il comprenne que les autres n'ont pas vu pareil que lui. Et je me demande si tu ne cherches pas trop à donner l'explication "tout de suite". T'as jamais essayé de faire mijoter le lecteur en l'emmenant sur une fausse piste, pour le surprendre encore plus lorsque le personnage se rend compte qu'il était totalement à côté de la plaque ? ^^
:steampunk: :stylo:
- Frères d'enchantement, chez RroyzZ éditions (fév. 2019)
- Mères des interdits, challenge 2019

Avatar de l’utilisateur
Maden
Messages : 445
Inscription : mer. août 03, 2011 9:50 pm

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Maden » ven. nov. 23, 2012 9:15 pm

Le concept de "narrateur non fiable" est bien connu et marche bien en général. Tous mes narrateurs se plantent carrément sur le monde qui les entoure et je pense que la présence d'un narrateur omniscient n'est pas toujours nécessaire... Les coups durs, les dialogues avec d'autres persos et les évènements d'arrière-plan suffisent à montrer au lecteur à quel point le narrateur est à côté de la plaque.

Le problème c'est qu'il n'y a pas de réalité absolue, 10 personnages peuvent avoir 10 représentations différentes d'une même réalité, du coup je trouve plus intéressant de confronter plusieurs points de vue subjectifs différents plutôt que de créer un point de vue "objectif" à travers un narrateur omniscient.

Avatar de l’utilisateur
Beorn
Sous son large chapeau et son tricot de laine, dispense son enseignement tout en haut de la montagne, bravant l'hiver grâce à ses chaussettes aux super pouvoirs
Messages : 10391
Inscription : jeu. août 21, 2008 9:28 am
Rang special : L'avant-dernier des Mohicans
Contact :

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Beorn » lun. nov. 26, 2012 11:21 am

Je comprends ce que tu veux dire, Selsynn. La technique dont tu parles permets de construire un roman plus complexe, plus riche et intellectuellement plus stimulant. En revanche, elle exige de l'auteur une clarté suffisante du propos pour que le lecteur ne passe pas complètement à côté de la vérité.
Colcoriane a écrit :Je me souviens avoir déjà lu un livre construit comme tu dis, avec des incursions parfois d'un autre point de vue, c'est Malevil, de Robert Merle. Ce roman est présenté comme un récit écrit par le personnage principal, qui est toujours sûr de son fait et ne se trompe donc jamais. Le côté légèrement hautain du personnage se ressent assez dans la narration pour comprendre que sa vision est parfois faussée même s'il prétend être objectif.
Tiens ?
J'ai lu Malevil (certes, j'étais enfant à cette époque) et je ne l'ai absolument pas lu comme cela. Tu parles d'Emmanuel, le personnage principal ?
Selsynn a écrit :-> La méthode je coupe l'histoire pour mettre des choses qui ne sont pas relié au héros n'est pas facile et pas souvent judicieux à mettre arbitrairement à un endroit. Je n'arrive pas à appréhender à quel rythme il faut les mettre pour qu'il n'y en ait pas trop.
Selsynn a écrit :Sinon, oui, les paragraphes en début de chapitre, j'aime bien ça aussi, mais pour Ayleen je les utilise déjà pour présenter le passé (qui est aussi important que le présent pour bien appréhender l'histoire) et que l'héroïne connait sur le bout des doigts sous la forme de contes (les Contes d'Ellinao).
Les paragraphes en début de chapitre sont une méthode, mais ce n'est pas la seule.
Le narrateur peut aussi tomber sur des documents : lettres, petits mots griffonnés, documents historiques, journaux, etc. (voire de simples objets dont la présence ou la nature ont un sens dans l'intrigue).

Je vois aussi un autre moyen de "montrer" une autre réalité au lecteur, un moyen plus simple et plus largement utilisé, je crois : c'est le regard des autres personnages.
Cela n'implique pas nécessairement d'en faire des narrateurs à leur tour : le simple fait d'entendre un autre personnage dire ce qu'il pense (soit au narrateur lui-même, soit à un tiers) permet de faire comprendre au lecteur ce décalage.

Par exemple, imaginons un narrateur qui se plaint constamment de sa femme, qui le trompe ou l'humilie. Le lecteur changera complètement de point de vue sur cette "vérité" le jour où, par exemple, il sera convoqué au commissariat et où un policier lui montrera les photos des ecchymoses sur le corps de sa femme (car il la bat, et il l'avait caché au lecteur).
De victime, il deviendra bourreau sans que le "point de vue" ait changé.
Blog : Les conseils de Tonton Beorn / Site officiel
Bragelonne : Le 7ème Guerrier-Mage / Calame T1 Castelmore : Le jour où... / 14-14 / Un ogre en cavale

Avatar de l’utilisateur
Aelys
Alors que l'aube diffuse sa couleur sur le monde, le tigre sort du bois noir et lève les yeux vers le ciel qui s’étend de l’autre côté du mur. Est-ce le jour pour jouer sa vie ?
Messages : 9252
Inscription : dim. oct. 31, 2010 11:56 am
Rang special : Grande flemmarde avec des pics d'activité

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Aelys » lun. nov. 26, 2012 1:36 pm

-> La méthode du héros qui est trop bête pour comprendre qu'il ne vit pas dans le monde qu'on lui a décrit... Bin, ca oblige à débuter l'histoire avec un héros qui ne se pose jamais trop de questions, et qui est un peu trop bête, justement, ce qui de mon point de vue, dessert l'intrigue (vu que je veux qu'on lui soit accroché)
Je ne suis pas forcément d'accord. En fait, ce n'est pas forcément un signe de bêtise : c'est sa vie, il ne connaît que ça, pourquoi irait-il chercher ailleurs ? Pour éviter que le lecteur ait l'impression que le héros est stupide, je pense qu'il suffit de donner des indices que le héros ne peut pas comprendre, mais qui parlent immédiatement (voire presque inconsciemment) au lecteur.

Par exemple, admettons que le narrateur ne save pas ce qu'est une tortue, et que l'apparition de la tortue dans son monde marque un dysfonctionnement du système qui l'entoure. Le héros va décrire la tortue avec des mots qu'il connaît, et le lecteur la reconnaître, sans se dire que le héros est stupide de ne pas savoir ce que c'est puisqu'il ne peut pas le savoir, vu son histoire.
Autre exemple, ça peut passer par un dialogue ou des attitudes qui parleront au lecteur mais pas au narrateur, qui ne peut pas les traduire comme le lecteur au vu de son caractère. Un personnage principal toujours en colère aura bien du mal à percevoir l'affection dans son entourage, mais le lecteur, lui, pourra interpréter un geste, un mot, différemment. Sans pour autant penser le perso principal stupide, puisqu'il ne fait qu'agir selon son caractère.

Bref, pour moi, c'est une technique de "show" subtile et très utile, qui me plaît énormément.
Mes derniers bébés : I.R.L., éditions Gulf Stream et Quelques pas de plus, éditions Scrineo
Grenouille tu as été, grenouille tu resteras.

Site
Blog

Avatar de l’utilisateur
Colcoriane
Grenouille au sourire charmeur
Messages : 1783
Inscription : jeu. nov. 24, 2011 1:47 am

Re: Narrateur interne, sa perception et la réalité du monde

Message par Colcoriane » lun. nov. 26, 2012 2:47 pm

Beorn a écrit :
Colcoriane a écrit :Je me souviens avoir déjà lu un livre construit comme tu dis, avec des incursions parfois d'un autre point de vue, c'est Malevil, de Robert Merle. Ce roman est présenté comme un récit écrit par le personnage principal, qui est toujours sûr de son fait et ne se trompe donc jamais. Le côté légèrement hautain du personnage se ressent assez dans la narration pour comprendre que sa vision est parfois faussée même s'il prétend être objectif.
Tiens ?
J'ai lu Malevil (certes, j'étais enfant à cette époque) et je ne l'ai absolument pas lu comme cela. Tu parles d'Emmanuel, le personnage principal ?
Oui, c'est ça, Emmanuel, le nom m'avait échappé. Ma lecture date aussi un peu, il est possible que je me fasse des idées, mais je garde vraiment ce souvenir d'un personnage qui ne se prend pas pour n'importe qui, qui se plait plutôt bien dans le rôle de chef et a du mal à considérer d'autres opinions que les siennes, même s'il le fait parfois, à contrecoeur. le tout étant contrebalancé par sa conviction d'agir au mieux pour le groupe, ce qui le rend sympathique malgré ses défauts.
ça rejoint d'ailleurs ce que tu dis sur le fait de montrer le point de vue des autres ; si mes souvenirs sont bons, même s'il ne les partage pas, Emmanuel connaît et mentionne le point de vue des autres, les sentiments qu'ils manifestent à son égard, les critiques qu'il reçoit parfois, les regards noirs, etc. ça éclaire le lecteur.
Il faudrait que je le relise un de ces quatre pour vérifier que je ne dis pas n'importe quoi ^^
Colcoriane

Mon challenge : Panique au Centre : La Nuit des Jouets
Attention, ce sont les enfants qui décident de l'histoire... :hiii:

Répondre