Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

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Valerianne
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Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Valerianne » dim. avr. 14, 2013 11:42 am

J'ai cherché avec différents mots clés, je n'ai pas trouvé de sujets similaires, mais toutes mes excuses s'il en existe déjà un :D

Alors pour ma part je parlerai plus de la fantasy, car c'est le genre que je connais le mieux, mais ça reste global.

Je me suis faite la réflexion que pendant longtemps il y a eu une écrasante majorité de "héros" dans les romans de fantasy, et ce dans tous les sous-genres.
Et depuis quelque temps j’ai remarqué une recrudescence des héroïnes, pas exclusivement sous la plume d'auteurs féminins d'ailleurs : Phèdre dans le cycle éponyme de Jacqueline Carey, Vin dans la trilogie des Fils-de-Brumes de Brandon Sanderson, les héroïnes successives de Charlotte Bousquet pour son cycle des Numinées, Lliane dans la trilogie des Elfes de Jean-Louis Fetjaine ; Sabriel dans L'Ancien Royaume de Garth Nix ; dans la fantasy un peu plus classique, on peut également citer Bradley, Lackey, etc.

Dans la littérature jeunesse et young adult, on retrouve aussi davantage d'héroïnes il me semble, mais je dois avouer que mes exemples sont assez limités, je ne connais pas beaucoup ce genre : Lyra dans A la croisée des Mondes de Philip Pullman, Katniss dans Hunger Games de Suzanne Collins, Katsa dans Graceling de Kristin Cashore...

Au final, dans les exemples cités, ces héroïnes ne restent pas toujours """féminines""", en particulier Vin, Lyra, Katniss, et elles peuvent avoir une facette très sombre comme Lliane (tueuses, guerrières...), ou alors ont pu maudire leur sexe, par exemple Kamala, ancienne prostituée, dans la Trilogie des Magisters de Célia S. Friedman.

Je trouve ça génial de casser les schémas « sauvons la jeune demoiselle en détresse / personnages féminins surtout présents pour tomber amoureuses du héros » (je caricature), mais ça m'a surpris de noter que parfois elles perdent / rejettent / ignorent justement leur ""féminité"". Il y a aussi Althéa toujours des Aventuriers de la mer qui est un garçon manqué.

Dans les romans que j'ai pu lire en tout cas, j’ai eu le sentiment qu’il n’y a pas tant que ça d’héroïnes qui tout en assumant leur sexe et sans devenir des guerrières, vont prendre leur envol. Elles existent quand même, par exemple chez Charlotte Bousquet avec Nola, qui montre (parmi d'autres) qu'on peut rendre des héroïnes très intéressantes sans les ""masculiniser"" (je mets plein de guillemets partout...). Mais je n’ai pas eu le sentiment que c’était une majorité des héroïnes.

Evidemment ça ne les rend pas moins passionnantes et j’aime qu’on casse les clichés, de voir une femme manier l'épée, les côtés féministes parfois et je trouve le mélange des genres super intéressants. Je le précise car le propos ici n’est pas de dire "les femmes restent à faire la cuisine et les hommes vont faire la guerre", mais est-ce que pour rendre leurs héroïnes intéressantes, les auteurs n’ont pas parfois tendance à les "masculiniser" ? Ça peut s'expliquer par le fait que ces héroïnes peuvent vivre dans des sociétés patriarcales où elles ne pourraient pas s'affirmer comme elles le souhaitent autrement. Mais il pourrait y avoir matière à trouver des entre-deux et ce serait intéressant de voir comme c'est exploité par les auteurs (et par les membres du forum bien sûr ^^ ).

Par contre du côté des personnages secondaires, ça m'a moins frappé, par exemple la galerie de femmes chez Hobb (Kettricken, Molly, Keffria…) ou Jin Li Tam dans les Psaumes d'Isaak de Ken Scholes.

Tout est sujet à nuances mais je trouve que c’est un sujet intéressant, comment créer des héroïnes, quelle est leur place dans les littératures de l’imaginaire, quels sont les écueils possibles, etc.
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par ilham » dim. avr. 14, 2013 11:57 am

Mais au juste, c'est quoi la féminité ?
Parce que c'est vraiment une notion culturelle que tu évoques, on n'est pas femme de la façon en France, chez les Inuits, les Massaï ou les Papous d'Indonésie...
Tu dis garçon manqué ? Mais c'est un jugement culturel que tu portes... qui correspond à une période, à une époque précise ( dans les années 20, on aurait pu parler de garçonne, par exemple, qui reflète une autre idée... ) mais qui ne répond à rien dans d'autres civilisations.
Et puis c'est quoi un garçon manqué ? UYne déviance vis à vis d ela norme culturelle imposée par la société ?
Et pourquoi ne pourrait pas on avoir les activités, l'allure d'un garçon sans cesser d'être une femme, malgré tout ?
A lire : le second sexe de Simone de Beauvoir ! Certes Daté ( surtout au niveau scientifique) mais qui apporte une réflexion plus qu'enrichissante sur ce thème... ;)
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Valerianne » dim. avr. 14, 2013 12:06 pm

Je parle de ce que j'ai pu lire, à savoir les romans de fantasy qui le plus souvent se basaient sur des univers assez typés occidentaux, mais ça peut être intéressant de voir comment sont traitées les héroïnes dans la fantasy orientale, que je connais moins bien (j'ai juste cité Jin Li Tam), c'est pour ça que le sujet est totalement ouvert à ce niveau là. Pour la littérature de l'imaginaire.

Je parle de garçon manqué au sujet d'Atlhéa car elle est définie ainsi par ses proches ;)

Et j'ai bien précisé que ça ne reflétait pas "mon" sentiment mais c'est que j'ai pu percevoir dans les romans que j'ai lu, à savoir une tendance à masculiniser avec les exemples qui me sont venus en tête, ce qui ne veut absolument pas dire que ce ne sont plus des femmes, il ne faut pas caricaturer et il n'y a rien de tel de dit dans mon sujet il me semble, ou sinon il est possible que je me sois mal exprimée à un moment ^^ justement si tu as des exemples dans tes lectures qui montrent d'autres choses, moi ça m'intéresse :)
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par ∆Vz » dim. avr. 14, 2013 12:18 pm

Je me demande si le vrai souci, dans cette question, c'est la "féminité" ou plutôt les "valeurs-types" d'un héros ou d'une héroïne. Que la majorité des héros masculins utilisent des épées, justifient des guerres et participent à des massacres batailles, ça ne me semble pas moins gênant et discutable que lorsque ça vient d'une femme.

Je me suis fait descendre par certains (pas sur CoCy) quand j'ai parlé de mon héroïne qui refuse de porter une arme (et encore plus de se battre) : "mais ça va être chiant !" (ils ont sûrement trouvé l'aventure de Frodo chiante par rapport à celle d'Aragorn...)
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Valerianne » dim. avr. 14, 2013 12:31 pm

J'ai pourtant bien précisé que le but ce n'était pas de dire "les femmes au foyer" et les "hommes sur le champ de bataille", moi j'adore quand on casse tout ça, je l'ai dit aussi. Mais de voir comment sont traitées les héroïnes dans les littératures de l'imaginaire. J'ai trouvé que souvent dans les romans, les héroïnes quand elles ont donc le premier rôle, adoptent des "valeurs-types" masculines / masculinisantes, si on doit parler ainsi. On prend Vin dans Fils-de-Brume, c'est assez parlant je trouve.

Après je sais que ce sujet risque de dériver à cause du thème, à cause du féminisme, mais vraiment je tiens à insister sur le fait que je n'ai jamais dit qu'une femme devait se contenter de rester dans la norme dictée par sa société ou autre, je suis juste curieuse de savoir comment elles sont traitées et pourquoi ce ne sont justement pas ces aspects qui sont exploitées le plus souvent par les auteurs : des personnages comme Kettricken, qui est secondaire, finalement il n'y a pas tant que ça en héroïnes, du moins je trouve, et je suis en attente de discussions et d'exemples de votre part. Alors après si je dois me faire taxer de pensées rétrogrades ou que sais-je, on n'est pas sorti. Le but ce n'est pas de débattre sur le féminisme en fantasy ou de faire une apologie du "bleu pour les garçons et du rose pour les filles", encore une fois désolée si je me suis mal exprimée.
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Stef- » dim. avr. 14, 2013 12:35 pm

Valerianne a écrit : Evidemment ça ne les rend pas moins passionnantes et j’aime qu’on casse les clichés, de voir une femme manier l'épée, les petits côtés féministes parfois et je trouve le mélange des genres super intéressants. Je le précise car le propos ici n’est pas de dire "les femmes restent à faire la cuisine et les hommes vont faire la guerre", mais est-ce que pour rendre leurs héroïnes intéressantes, les auteurs n’ont pas parfois tendance à les masculiniser ? Ça peut s'expliquer par le fait que ces héroïnes peuvent vivre dans des sociétés patriarcales où elles ne pourraient pas s'affirmer comme elles le souhaitent autrement. Mais il pourrait y avoir matière à trouver des entre-deux et ce serait intéressant de voir comme c'est exploité par les auteurs (et par les membres du forum bien sûr ^^ ).
A mon humble avis, les clichés sont même peut-être maintenant inversés, si je vois que le pitch d'un roman de fantasy est centré sur une héroine guerrière, je risque (peut-être à tort, tout n'est qu'une question de caractérisation et traitement du récit) de passer mon chemin. Ce débat sur les héroïnes existait sûrement avant, moins maintenant. Et puis une majorité de lecteurs sont des lectrices ?

Je crois que les héroïnes ont désormais une belle part dans la littérature en général, voire surtout dans celles de l'imaginaire ? C'est vrai que notre culture a évolué sur ce point, et on a tendance à l'oublier. C'est lorsqu'on relit des romans plus anciens que l'on s'en rend compte.
Valerianne a écrit : J'ai trouvé que souvent dans les romans, les héroïnes quand elles ont donc le premier rôle, adoptent des "valeurs-types" masculines / masculinisantes, si on doit parler ainsi.
Je ne suis pas d'accord pour ceux qui traitent correctement du fond et s'attachent aux personnages. Une femme forte ou décidée n'est pas forcément masculinisée pour autant. Tu citais Katniss, c'est un bon exemple, c'est bien une adolescente, elle est crédible en tant que telle, ou Lyra en tant que future adolescente, ou Zinzi December dans Zoo City en tant que jeune femme qui fait ce qu'elle peut pour s'en sortir.

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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Valerianne » dim. avr. 14, 2013 12:51 pm

Je ne suis pas d'accord pour ceux qui traitent correctement du fond et s'attachent aux personnages. Une femme forte ou décidée n'est pas forcément masculinisée pour autant. Tu citais Katniss, c'est un bon exemple, c'est bien une adolescente, elle est crédible en tant que telle, ou Lyra en tant que future adolescente, ou Zinzi December dans Zoo City en tant que jeune femme qui fait ce qu'elle peut pour s'en sortir.
Oui tu as raison, il ne faut pas généraliser, c'est sûr. C'est vrai que je pensais plus dans ce cas à des personnages comme Vin, Kamala, Théodora pour celles qui me viennent en tête. Toutes les trois sont des personnages vraiment très bien développés, crédibles etc, mais par exemple on m'aurait dit que Vin ou Théodora étaient des hommes, je n'aurais pas vu la différence. Ce n'est pas un défaut, c'est juste mon ressenti et de là est parti mon questionnement.
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par petit_pavé » dim. avr. 14, 2013 1:30 pm

Dans le contexte des femmes en fantasy qui échappent à tous les clichés (et contre-clichés), j'aime beaucoup ce que fait Scott Lynch dans sa série des Salauds Gentilshommes. Bon, pour le moment, il n'y a pas vraiment de femme dans les personnages principaux (même si certaines ont beaucoup d'importance), mais c'est vraiment un univers où les femmes peuvent tenir à peu près n'importe quel rôle, sans que l'on insiste lourdement sur le fait que ce sont des femmes, ou que l'on se croie obligé de "justifier" le fait qu'elles puissent tenir les rôles en question.

Du coup, il y a une belle égalité des sexes dans l'univers de cet auteur, qui vient justement du fait que la question de la féminité/masculinité et des rôles attribués en fonction du genre sont totalement inexistantes. Je trouve cela très rafraîchissant à lire.
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Celia » dim. avr. 14, 2013 1:40 pm

Le sujet m'intéresse beaucoup, et pas uniquement dans mes lectures ou mes écrits.
Déjà, je pense que si on voit une évolution considérable du ratio héros/héroïnes de nos jours, cela est du à deux phénomènes concomitants : d'un, il y a beaucoup plus d'auteurs femmes (et plus seulement une poignée comme c'était le cas dans les années 70/80) ; de deux, les éditeurs se sont aperçus qu'il y avait de plus en plus de lectrices. Et ce dernier point n'est vraiment pas une évidence dans les autres domaines de l'imaginaire (notamment au cinéma, où nous n'avons toujours pas eu le droit à un vrai bon film de super-héroïne, en bande-dessinée, où les filles sont toujours, ne serait-ce que dans les médias, enfermées dans la case "girly" et "shojo", ou, exemple très d'actualité, dans les jeux vidéos)
On ne va pas rouvrir les polémiques, mais de ce point de vue là, les éditeurs de l'imaginaire ont vu plus loin que leur bout de leur nez que leurs confrères, même si ce n'est que pour gagner plus de sous ^^

Après sur le statut ou la construction des héroïnes...
J'ai eu longtemps beaucoup de mal à apprécier les héroïnes parce que soit elles n'existaient pas (autrement que dans leur rôle de princesses à sauver ou de fille indépendante qui devient cruche dès qu'un mâle s'approche), soit parce que, se sentant sans doute coupable de l'avoir si longtemps ignoré, l'Auteur (la définition générale de l'auteur, qui peut être homme ou femme) est allé complètement en sens inverse : l'héroïne devient indépendante, sexy, parfaite-mais-pas-trop, bref devient une Mary Sue qui gagne en perfection ce qu'elle perd en dimension et en profondeur.

Maintenant, ça change.
Il y aura toujours des mauvais bouquins avec des héroïnes caricaturales dans les deux sens. Mais il y a aussi de mauvais bouquins avec de mauvais héros.

Je pense de fait qu'il y a deux choses à considérer dans un texte quand on construit une héroïne :
- son individualité (qui est très importante, il ne faut jamais, mais jamais oublier que le sexe d'une personne n'est qu'une des multiples caractéristiques qui fait son indentité)
- la place qu'occupe son sexe (sa race, son orientation sexuelle, son âge, son statut social, etc) dans la société dans laquelle il évolue.

Je prends trois exemples : un sexy, un "masculin", un neutre.
- Mercy Thompson est sexy même si elle ne le revendique pas. Elle est présentée ainsi dans sa série. Elle est indépendante et elle se débrouille comme elle peut. Son sexe est un sujet d'attirance pour les mâles autour d'elle (et encore, pas tous), mais ses aventures ne dépendent pas uniquement de celui-ci (et pourtant, c'est de la Bit-litt). Elle est féminine et cela ne s'oppose pas à sa condition d'héroïne parce qu'elle vit dans notre société actuelle et que l'un n'empêche pas l'autre.
- Brienne de Tarth (du Trône de Fer) est masculinisée à outrance. Pourquoi ? Parce qu'elle n'avait pas le choix. Ou elle l'avait : continuer à être une fille (moche et mal aimée) et se soumettre au premier mari que son père réussira à lui trouver, ou devenir un homme et combattre pour son idée de l'honneur. La série présente une société hyper patriarcale, un exemple-type de ce que la fantasy peut construire de plus commun et peu original (mais avec talent !) Si Brienne voulait accéder à son indépendance tout en restant une femme, c'est simple : elle ne pourrait pas (le seul "pouvoir" que les femmes ont dans une société patriarcale comme celle décrite ici consiste en leur charme et leur séduction : Brienne en est totalement dépourvue, donc elle n'a même pas ce choix, qui n'en est pas vraiment un) De fait, sa masculinité est justifiée par la société dans laquelle elle évolue.
- Katniss (Hunger Games) : certes, sa féminité est mise en avant, mais pas par l'auteur ; uniquement par ses ennemis et ses amoureux (soit dans un cadre politico-médiatique, et dans un cadre sentimental, sachant qu'ici nous ne sommes pas dans la romance, et de moins en moins au fil de l'avancée de la série) Pour le reste, la construction quasi entière de sa personnalité et l'évolution de son personnage ne se posent pas sur la base de son sexe, mais sur d'autres sujets qui la définissent : la perte de son père, la haine coupable qu'elle entretient avec sa mère, son envie d'indépendance, sa propre culpabilité et une humanité qu'elle éprouve non pas parce qu'elle est une femme mais parce qu'elle est un être humain parfaitement normal.

Le point que je veux mettre en avant ici est que créer un garçon manqué, une femme fatale, une vieille fille, une femme indépendante ou une princesse, ce n'est ni une qualité, ni un défaut (oui oui, on a encore le droit de créer des princesses)
Quand on pose la question à GRR Martin, de savoir comment il arrive à écrire des personnages féminins forts, il répond simplement qu'il écrit des personnages forts. Point. Et je trouve que c'est une formidable leçon à retenir (quand on demande à Joss Whedon pourquoi il fait de même depuis Buffy, il répond que tant que les journalistes lui poseront cette question, il continuera, ce qui est pas mal non plus comme répartie)
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Roanne » dim. avr. 14, 2013 2:22 pm

Celia ayant dit exactement ce que je ressens, je ne peux qu'appuyer son argumentaire, sachant que je n'aurais jamais su exprimer les choses aussi bien.

Sinon, Stef- a soulevé un point important : en effet, une grosse majorité des lecteurs sont maintenant des lectrices, donc plaire aux femmes est nécessaire pour vendre. Je crois que c'est Beorn qui avançait il y a peu le chiffre de 70% (70% des romans seraient achetés et lus par des femmes).
Cela contribue énormément à faire évoluer les choses (encore faut-il que les lectrices aussi évoluent, ahem).
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Valerianne » dim. avr. 14, 2013 3:34 pm

Je pense de fait qu'il y a deux choses à considérer dans un texte quand on construit une héroïne :
- son individualité (qui est très importante, il ne faut jamais, mais jamais oublier que le sexe d'une personne n'est qu'une des multiples caractéristiques qui fait son indentité)
- la place qu'occupe son sexe (sa race, son orientation sexuelle, son âge, son statut social, etc) dans la société dans laquelle il évolue.
Je suis parfaitement d'accord. Mais j'ai l'impression que quand il y a une héroïne dans un roman de fantasy, l’auteur joue plus sur des caractéristiques badass / guerrières (Katniss, Théodora, Kamala, Katsa, Lliane, Vin, Ellana, Raven du cycle de Holdstock, la fille de Waylender chez Gemmel…). Alors même que ces femmes que je cite évoluent toutes dans des sociétés, des cultures, des univers, avec des background, qui sont extrêmement différents.
Par rapport à ce que tu disais Célia sur Brienne, qui est un personnage secondaire et non une héroïne, c'est en effet totalement cohérent avec le monde dans lequel elle évolue (phallocratie latente, patriarcat...). Mais on peut créer un monde comme on le souhaite, créer des sociétés matriarcales si on le souhaite aussi, mais au final ça ne me semble pas super exploité : Arachnae est un monde de femmes (religion dirigée par les moires, sociétés secrètes dirigées aussi des femmes), mais au final l’héroïne s’affirme quand même par le combat, par la violence, avec un caractère, une manière de vivre et de percevoir les choses assez masculines (à prendre avec des pincettes et tout le recul nécessaire pour ce terme once again ^^). Comme l'a dit Stef tout à l'heure, il ne faut pas généraliser non plus, toutes ne sont pas des guerrières ou des badass, bien évidemment (Lyra, Phèdre...), mais il y a quand même beaucoup d'exemples qui me traversent l'esprit.

Je ne sais pas si c’est seulement mon ressenti alors, mais je trouve que dans le traitement des héroïnes, finalement les auteurs exploitent peut-être moins toute la diversité et la particularité que pourrait leur offrir un personnage féminin, avec des armes différentes – propos à nuancer en fonction de vos lectures, par exemple je ne connais pas la bit-lit donc je ne m’avance pas. Est-ce qu'à trop vouloir casser les schémas qu’il y a pu y avoir en fantasy, on ne tombe pas dans une opposition, un autre cliché, avec d'ailleurs du féminisme ? C’est vraiment une question que je me pose.

Je reprends mon exemple de tout à l’heure, pour Théodora, Vin (pour citer des personnages assez récents) ça aurait été des hommes que je n’aurais pas vu de différences dans le traitement du personnage. Encore une fois ce n'est pas un défaut, ça n'ôte rien à la saveur des personnages (Vin reste mon personnage préféré jusqu'à maintenant), mais je me pose la question.

Il y a eu une conférence sur ce sujet avec des choses intéressantes : http://www.actusf.com/spip/article-7890.html
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Maden » dim. avr. 14, 2013 3:35 pm

Je ne suis pas trop pour qualifier un personnage de "masculinisé" même avec des pincettes parce qu'au final ça veut simplement dire un personnage féminin qui a des attitudes/idées qu'on n'associe pas au féminin mais qui sont tout simplement humaines (et donc pas exclusivement masculines à la base puisque certains hommes ne les possèdent pas forcément) !

Ce sujet est très présent dans mes écrits et j'essaie de créer mes personnages au-delà de leur sexe dans ce qui les rend humains. On n'oublie parfois les points que les hommes et les femmes ont en commun (dans tous les domaines).

Les hommes sont donc concernés aussi, pourquoi devraient-ils tous être de courageux guerriers ? Même certains soi-disant anti-héros ne sont pas toujours convaincants. J'aime beaucoup Martin pour ça car en plus d'humaniser ses personnages féminins, il humanise aussi ses personnages masculins : un homme nain comme personnage principal, Sam qui est peureux et ne sait pas se battre et même Jaime ! Je ne vais pas spoiler mais pour moi ce qui lui arrive dans la série vient complètement briser le cliché de l'homme beau et fort qu'il est au début de la saga.

Je suis donc tout à fait d'accord avec le principe de créer des personnages. point. Le sexe des personnages ne devrait pas justifier ce qu'ils font et pensent.

Je me réjouis donc de voir plus de femmes dans la fantasy (auteurs/lectrices/personnages), mais la masculinité, tout comme la féminité, est une construction sociale qui ne fonctionne que dans une société donnée. Cela dit, si la société du roman est "genrée" il faut rester cohérent... Une princesse qui respecte les conventions en public peut être une toute autre personne en privé. Je dis donc, au contraire, créons des princesses ! Une femme n'a pas besoin d'être une guerrière pour être une femme "forte" (c'est-à-dire, autonome, intelligente et déterminée).
Dernière modification par Maden le dim. avr. 14, 2013 3:40 pm, modifié 1 fois.

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Message par Celia » dim. avr. 14, 2013 3:40 pm

Je n'ai pas le temps de répondre à tout mais juste une chose : Brienne EST un personnage principal. Le Trône de Fer est un livre chorale et tous les personnages qui bénéficient d'un point de vue sont des personnages principaux. Cela m'attriste toujours que les lecteurs considèrent Jon, Daenerys, Aya et Tyrion comme des personnages principaux, mais ensuite rejettent Sansa, Theon ou Brienne en personnages secondaires, alors qu'ils ont la même importance (pas forcément au niveau de l'histoire de Westeros, mais au niveau de la construction du récit) ^^
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Re: Les héroïnes dans la littérature de l'imaginaire

Message par Valerianne » dim. avr. 14, 2013 3:43 pm

Oui, j'ai eu un abus de langage avec le terme secondaire, mais ce n'est pas l'héroïne (même si c'est un roman choral, Martin disait dans l'une de ses interviews que son héros était Jon)
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Message par Stef- » dim. avr. 14, 2013 6:05 pm

Je suis complètement d'accord avec Célia :) (merci d'avoir développé ton point de vue !) et aussi avec Roanne, je confirme que ça venait de Beorn lors de nos dernières discussions le fait que les lecteurs sont en majorité des lectrices ;)

Héros/héroïne, c'est un faux débat en fait... Cela dit il existe aussi au cinéma. On pourrait même prendre des contrepieds ou contre-exemples sur la dérive considérée parfois comme sexiste : plein de gens ont trouvé le film Point Break (pas un chef d'oeuvre mais bon) comme "macho" ou "sexiste", le réalisateur est une femme ! Bref, pas mal pour un "film de mecs"...

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