De l'immoralité dans les romans

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Anaïs
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De l'immoralité dans les romans

Message par Anaïs » lun. déc. 16, 2013 7:25 pm

Hello,

Je mets ce fil dans la mare subite, parce que ma réflexion a pour origine la lecture de deux romans anglophones, bien que la discussion puisse aussi "dériver" sur nos façons d'écrire.

Je viens de terminer "Wild seed" d'Octavia Butler. Si ça vous dit quelque chose, c'est peut-être parce que vous avez lu "Comment écrire de la SF et de la Fantasy" d'Orson Scott Card. Il mentionne le roman à plusieurs reprises, pour souligner l'usage que l'auteur fait des points de vue des deux personnages principaux.

À la lecture de Card, j'ai eu bien envie de lire le roman en question. Il est haletant, très bien écrit, effectivement. Seulement il aborde des sujets... perturbants, révoltants. Je vais essayer d'expliquer mes propos sans spoiler ceux qui ne l'ont pas lu (oh que c'est dur) : l'un des personnages principaux, Doro, est une sorte d'esprit, qui survit en passant d'un corps à l'autre, tuant au passage son propriétaire. Il cherche à créer une nouvelle race d'humains exceptionnels, en sélectionnant des personnes qui montrent des talents hors du commun. Ce Doro n'a absolument aucune morale. Meurtres, incestes, eugénisme, tout est bon pour parvenir à son but. Tout au long de ma lecture, j'ai été horrifiée par ce personnage inhumain.

Autre exemple : "Hunger Games". Au départ, je ne voulais pas le lire, même si je suis comme tout le monde, attirée par les gros succès de librairie (en tout cas dans certaines catégories ^^). Je trouvais le concept trop dérangeant : enfermer des ados et leur imposer de s'entretuer... J'ai fini par craquer, et j'ai lu les trois tomes d'une traite (parlez-moi de page-turner !). Autant j'ai beaucoup aimé, autant j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop subir à son héroïne. Il y a vraiment des moments où on a envie de lui dire (à l'auteur) : mais lâche-la un peu ! Laisse-la souffler ! Il n'y a pas d'autre mot, Collins est cruelle envers Katniss. Et en plus, elle décrit un monde où on oblige des gens à devenir des tueurs, pour les glorifier ensuite. Encore une fois, c'est très immoral, tout ça...

Du coup, je me demande : n'y a-t-il pas une limite à ce qu'on écrit ? Je suis peut-être vieux-jeu, mais je trouve qu'une histoire se doit d'être morale. Le "méchant" doit être "puni" à la fin, ou l'auteur doit montrer qu'il condamne le comportement du "méchant". Sinon, c'est juste une histoire horrible. L'auteur a juste décidé de faire souffrir ses autres personnages, pour l'intérêt de l'histoire... Mais n'y a-t-il pas une limite à ne pas franchir ? Jusqu'où iriez-vous pour rendre votre histoire plus attirante ? Et seriez-vous prêt à lire une histoire sans limites à la cruauté des personnages ?
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Yzabel
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Yzabel » lun. déc. 16, 2013 8:20 pm

Pour moi, tout dépend de la manière dont sont amenées les choses. Je trouve par exemple que des romans comme Twilight véhiculent des courants bien plus dangereux que d'autres qui contiennent en apparence plus d'immoralité.

Je m'explique: un perso immoral, comme tu l'as dit toi-même en parlant de Doro, il choque, il interpelle. On est donc immédiatement dans la perception de l'immoralité, on a conscience de ce que l'auteur nous emmène là assez loin, et tout au long du livre, l'impression demeure. On en ressort en se disant "la vache, j'ai aimé (ou pas) cette histoire, mais alors ce perso, il était vraiment ignoble." On en a conscience, et par là-même, on court moins le danger de trouver cela normal. A l'inverse, des romans genre Twilight font mine de rien passer à des adolescentes des messages du style "ton petit copain est tellement jaloux qu'il sabote ta voiture pour pas que tu sortes, mais c'est OK, parce que c'est le Grand Amour." Ca, pour moi, c'est immoral et pervers. Immoral de laisser des gamines de 14 ans s'imaginer que le Prince Charmant, c'est le mec mignon qui te regarde dormir après être rentré par effraction dans ta chambre, alors que dans la réalité, c'est juste totalement flippant. (J'ai eu des élèves qui m'ont parlé de ce livre et ont dit avoir trouvé ce perso "vraiment romantique"; moi, en entendant cela, j'ai espéré très fort qu'elles allaient vite grandir, sinon ça finirait mal pour elles niveau relations. J'ai lu le bouquin, je suis suffisamment mûre pour avoir su percevoir la crasse entre les lignes; elles pas.) Après, ça reste ma perception de la chose, et peut-être que je vais lire justement un peu trop loin entre les lignes, ou que je vois le mal là où il n'est pas. A voir selon les avis d'autres lecteurs.

Quant au fait qu'il doive ou pas y avoir une morale, et pas juste une succession d'horreurs: là aussi, je dirais que la morale n'a pas forcément besoin d'être écrite noir sur blanc à la fin, et que si l'auteur fait bien son boulot, le lecteur doit normalement arriver à percevoir cela. Paradoxalement, une histoire en apparence "pas morale" peut justement éveiller en nous la perception, par contraste, de ce qui est vraiment moral... à condition d'avoir la maturité pour le lire. D'un autre côté, personnellement, parfois, j'ai envie de voir le Mal gagner, juste pour sortir un peu de l'ordinaire. J'ai envie que l'auteur ait les burnes de nous montrer cela. Je ne serai pas forcément capable de lire une telle histoire n'importe quand, dans n'importe quel état d'esprit, mais quand j'y suis prête (et que, bien entendu, histoire et personnages sont correctement développés), on va dire que ma part d'Ombre a alors son compte d'horreurs, et qu'elle s'en va repue pour me laisser tranquille à nouveau.

En tant qu'auteur, je m'amuse un peu avec cela dans l'un des deux projets sur lesquels je travaille. L'un des personnages principaux est un très charmant sociopathe qui sourit tout le temps, est incapable de mourir (enfin, disons qu'il ne reste jamais mort longtemps), et qui devient de plus en plus dingue à force de crever et de ressusciter à répétition. Ceci dit, il bosse du côté des "gentils" malgré tout. Il a des pouvoirs pourris (du genre "pouvoirs de destruction"), il est à moitié dingue et plus qu'un peu maso, mais ce qu'il fait, il le fait pour protéger la ville dans laquelle il se trouve... en cassant parfois quelques oeufs, certes, parce que les omelettes, vous savez ce qu'on dit... Il n'empêche qu'il demeure l'un des personnages les plus jouissifs à écrire que j'ai jamais créés. Une sorte de catharsis sur pattes. Pour un écrivain, je pense que ce genre d'exercice est un défi intéressant à relever.
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Aylaine » lun. déc. 16, 2013 8:41 pm

Cette question est très intéressante, d'autant que je me la suis également posée il y a quelques semaines à propos d'un roman que j'ai lu.
Dans ce roman qui n'est pas du tout de la fantasy, l'héroïne est méchante, perverse, insupportable envers ses proches, bref un tyran du quotidien. Et tout se finit bien pour elle alors que son entourage en bave en permanence.
Pour la premier fois dans ma carrière de lectrice, j'ai détesté le héros, même si l'histoire était bien par ailleurs. Au final, l'impression globale qui m'est restée de ce livre est que je ne l'ai pas aimé.

Tout ça pour dire que les auteurs qui choisissent d'avoir un héros controversé ou dont l'histoire flirte avec l'immoralité doivent savoir par avance qu'ils heurteront sans doute une partie de leur lectorat, partie qui risque de ne pas accrocher à l'histoire. Mais en même temps, je ne pense pas qu'il faut imposer des limites morales aux auteurs. Pour moi, la littérature n'a pas de fonction moralisatrice intrinsèque. Chacun est libre d'écrire ce qu'il veut, comme chacun est libre de lire ou pas ce type d'histoire.
D'autant que la frontière entre moralité et immoralité est loin d'être la même pour tous.

En tant qu'auteur, comme toi, je ne serais pas capable d'écrire une histoire "immorale" ou d'avoir un héros n'ayant que des côtés sombres. Mais c'est lié à mon caractère et ma façon de voir la vie en général.
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Anonyme_Quatre » lun. déc. 16, 2013 8:55 pm

J'aime beaucoup ta réponse Yzabel :)
Aylaine a écrit :Chacun est libre d'écrire ce qu'il veut, comme chacun est libre de lire ou pas ce type d'histoire.
Bien dit :mrgreen:

Sinon, dans Hunger Games,
Spoiler: montrer
les "méchants" de l'histoire sont punis : ceux qui ont manipulé Katniss, ceux dont la personnalité était "mauvaise" etc. La morale n'est pas très apparente car le monde où vit Katniss est amoral, rajouter une morale par-dessus aurait frôlé l'absurde. Par contre, comme dans toute histoire, on peut y trouver des notions d'apprentissage, des sortes de conseils que chaque lecteur lira de manière différente.

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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Mélanie » lun. déc. 16, 2013 9:08 pm

Je déplace le sujet dans les masques et tubas euh… plume dans la palme. C’est plus approprié. :mage:

Ma petite contribution. J’ai aussi tendance à penser qu’un bon roman doit apporter quelque chose humainement au lecteur, et donc de la morale. Mais je rejoins Yzabel, ce n’est pas simplement justifier la morale par l’histoire, mais avant tout en faire prendre conscience au lecteur. C’est par exemple le propre de la tragédie : se terminer mal pour les héros vertueux, tout en montrant par les larmes au lecteur la morale qui en ressort.
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Anaïs » lun. déc. 16, 2013 9:10 pm

@Yzabel : je n'avais pas pensé à Twilight, mais dans ce cas, le problème est, je pense, légèrement différent. Il s'agit de valeurs véhiculées par l'auteur, à mon avis. L'héroïne est totalement immergée dans son histoire d'amour et ne se pose pas de questions sur la condition féminine. Et quand ses parents soulèvent la question, ce n'est jamais creusé, c'est mis de côté au nom du "grand amour". Pour moi, l'auteur n'a pas elle-même réfléchi à ce que son personnage masculin implique en matière de perversion. Elle s'est entièrement concentrée sur le thème "amour et mort".

@Ayalaine : tu as raison, on n'est plus au temps de La Fontaine, ou Mme de Lafayette, on n'a plus besoin de justifier nos fictions par un but éducatif. Mais pourtant... Ok, quand tu lis un roman de genre, avec vampires ou serial killer au menu, tu ne t'attends pas à avoir un "point de vue moral" de l'auteur. Il y a juste plein d'hémoglobine et c'est presque drôle à force. Ce n'est pas vraiment un traitement "sérieux" d'un thème, le but est bien de faire frissonner le lecteur. De même pour tous ces polars où on se délecte de ces faits divers, viols, cannibalisme ou autres. C'est le genre qui veut ça. On sait qu'on nage dans l'immoralité, on est venu pour ça, on a payé pour ça. Mais quand on lit un roman qui n'est pas de ce genre-là, qui veut aborder des sujets de société, je trouve dérangeant de ne pas faire le boulot en entier.

Ce qui me perturbe aussi dans les exemples que j'ai cités, c'est que l'auteur joue avec ses personnages. Or elle les a rendus presque humains. J'en viens à me dire que c'est elle la perverse, la sadique, parce qu'elle fait ressortir les côtés les plus noirs de l'humanité.

En fait, je crois que je suis juste une petite sensible ^^. Je suis d'accord, il faut que le héros en "bave" un peu sur la route, on apprécie d'autant plus la fin, mais la souffrance à outrance est inutile.

Arf pendant que j'écris, d'autres interviennent, alors j'en rajoute une couche sur Hunger Games :
Spoiler: montrer
Ce que j'ai trouvé horrible à la fin du tome 3 de Hunger Games, c'est que Katniss elle-même demande à ce que les enfants du Capitole soient envoyés dans l'arène. C'est un message abominable. Oeil pour oeil, dent pour dent. On fait subir à ses tortionnaires les atrocités qu'ils nous ont fait subir...
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Francis Ash » lun. déc. 16, 2013 9:16 pm

Débat intéressant!

Pour ma part, on est des auteurs de fiction. Traduction : tous les jouets sont là, à disposition. Ca va du bisounours à la vierge de fer, à nous de choisir ce qui nous branche.
Morale ? Parce que la vie est morale ? En tout cas ce n'est pas l'impression qu'elle me donne.

D'une manière générale, je pense que ce qui est manichéen, ou qui s'en rapproche, n'est pas bon. Parce que c'est une vision déformée de la réalité.
Regarde un homme comme Mandela. Je le compare facilement à Bouddha pour sa sagesse, sa bonté, su pureté intérieure, sa générosité, son abnégation. On a tous cette image de lui. On le voit tous un peu comme notre grand père.
Maintenant, imagine ce qu'il a vécu en prison! Il y a passé 27 ans si ma mémoire est bonne. Et on est loin des prisons françaises d'aujourd'hui.
Comment a-t-il pu survivre ? Honnêtement je ne connais rien de cette partie là de Mandela. Mais si je devais l'écrire, on aurait toujours cette bonté et cette générosité absolue en arrière-plan. J'y ajouterai une féroce conviction que c'est à lui de faire le boulot. Pas à un autre. Et que pour y parvenir, il va devoir employer les grands, les très grands moyens. A quelles extrémités opposées à ce qu'on connaît de lui cela peut-il le conduire ? Si pour parvenir à libérer son peuple, sa seule possibilité est de torturer ignoblement un membre de ce qu'était le gouvernement d'origine néerlandaise, il le fait ou pas ? Ca revient à lui demander de sacrifier sa cause ou ses valeurs. Quel choix fait-il ?
(ça me donnerait presque envie de créer un personnage exprès pour explorer cette idée!)

En clair, peu de choses me rebutent. Je pense qu'à défaut de morale, il y a toujours une logique, une raison. Quand les pires horreurs sont purement gratuites, et que derrière le "parce que" on ne met que des points de suspension, là je m'insurge. Mais si on me met de la substance derrière, que ça tient la route, alors je n'ai de problème avec rien.
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Crazy » lun. déc. 16, 2013 9:23 pm

Yzabel a écrit :L'un des personnages principaux est un très charmant sociopathe qui sourit tout le temps, est incapable de mourir (enfin, disons qu'il ne reste jamais mort longtemps), et qui devient de plus en plus dingue à force de crever et de ressusciter à répétition. Ceci dit, il bosse du côté des "gentils" malgré tout. Il a des pouvoirs pourris (du genre "pouvoirs de destruction"), il est à moitié dingue et plus qu'un peu maso, mais ce qu'il fait, il le fait pour protéger la ville dans laquelle il se trouve... en cassant parfois quelques oeufs, certes, parce que les omelettes, vous savez ce qu'on dit... Il n'empêche qu'il demeure l'un des personnages les plus jouissifs à écrire que j'ai jamais créés. Une sorte de catharsis sur pattes. Pour un écrivain, je pense que ce genre d'exercice est un défi intéressant à relever.
Tiens, c'est marrant, j'en ai aussi une paire de comme ça... ^^
(le tien a un côté Cap'tain Jack Harkness :heart: , on dirait ^^)
Anaïs a écrit :@Yzabel : je n'avais pas pensé à Twilight, mais dans ce cas, le problème est, je pense, légèrement différent. Il s'agit de valeurs véhiculées par l'auteur, à mon avis. L'héroïne est totalement immergée dans son histoire d'amour et ne se pose pas de questions sur la condition féminine. Et quand ses parents soulèvent la question, ce n'est jamais creusé, c'est mis de côté au nom du "grand amour". Pour moi, l'auteur n'a pas elle-même réfléchi à ce que son personnage masculin implique en matière de perversion. Elle s'est entièrement concentrée sur le thème "amour et mort".
N'empêche, elle met en avance des concepts malsains sans réfléchir aux conséquences... :?
j'en rajoute une couche sur Hunger Games :
Spoiler: montrer
Ce que j'ai trouvé horrible à la fin du tome 3 de Hunger Games, c'est que Katniss elle-même demande à ce que les enfants du Capitole soient envoyés dans l'arène. C'est un message abominable. Oeil pour oeil, dent pour dent. On fait subir à ses tortionnaires les atrocités qu'ils nous ont fait subir...
Sauf que c'est du bluff de sa part ;)

En fait, je dirais qu'il y a 3 sortes de personnages immoraux :
- les anti-héros (cf ma citation d'Yza ci-dessus)
- les ordures pour lesquels on a conscience que l'auteur joue à les faire haïr par son lecteur (je pense que "Adrian, humain 2.0", du livre éponyme correspond parfaitement)
- les personnages qui véhiculent des idées malsaines comme positives (cf Twoilettes) et dans ce cas, c'est plus l'auteur que le perso, qui est immoral.

;)
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Iluinar » lun. déc. 16, 2013 9:46 pm

Je me méfie du concept de morale. Certes, il y a certains comportements que tout le monde (ou presque) juge immoral. Après, la morale est quand même en grande part une notion qui est loin d'être identique pour tout le monde. Pour certains, l'homosexualité est immorale.
Alors si on veut imposer une obligation de moralité aux écrivains, sur quoi va-t-on se baser ? Je préfère de loin leur laisser toute liberté et au lecteur le soin de faire le tri. Je préfère toujours parier sur l'intelligence des gens, leur laisser se faire une opinion par eux mêmes plutôt qu'on leur impose ce qui est bien ou mal.

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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Yzabel » lun. déc. 16, 2013 10:15 pm

Crazy a écrit :Tiens, c'est marrant, j'en ai aussi une paire de comme ça... ^^
(le tien a un côté Cap'tain Jack Harkness :heart: , on dirait ^^)
Oui, tiens, maintenant que tu le mentionnes, le mien aussi a tendance a, hum, s'intéresser à tout ce qui bouge, même si ce n'est pas humain. Surtout si ce n'est pas humain? (Le plus marrant, c'est que j'ai créé mon perso bien 2 ans avant d'enfin regarder DW ou TW.)
Crazy a écrit :
Anaïs a écrit :@Yzabel : je n'avais pas pensé à Twilight, mais dans ce cas, le problème est, je pense, légèrement différent. Il s'agit de valeurs véhiculées par l'auteur, à mon avis. L'héroïne est totalement immergée dans son histoire d'amour et ne se pose pas de questions sur la condition féminine. Et quand ses parents soulèvent la question, ce n'est jamais creusé, c'est mis de côté au nom du "grand amour". Pour moi, l'auteur n'a pas elle-même réfléchi à ce que son personnage masculin implique en matière de perversion. Elle s'est entièrement concentrée sur le thème "amour et mort".
N'empêche, elle met en avance des concepts malsains sans réfléchir aux conséquences... :?
Oui, voilà. C'est pour ça que j'ai tendance à considérer le problème "moral/immoral" sous l'angle du "tout dépend". Qu'est-ce qui est le pire, finalement: des persos qui violent, pillent, tuent... ou des persos qui en apparence véhiculent quelque chose de positif (l'amour triomphe de tout, même de la mort) alors qu'en fait, c'est bien plus pernicieux (l'amour, c'est s'aplatir comme une crêpe, même si le gars/fille te traite comme une raclure de bidet et te garde dans un état limite objectifié)?
Ceci dit, je pense qu'on peux aussi s'accorder sur le fait que dans cet exemple précis, c'est sans doute plus l'auteur qui n'a pas plus réfléchi que cela, qu'une volonté de faire passer un concept pourri.

@Iluinar: Je ne l'avais pas mentionné, mais tu as raison, le concept de "morale" est assez vaste. On peut du coup se poser bien d'autres questions, par exemple: "tuer, c'est mal", mais quelle différence fait-on entre un meurtre commis dans une ruelle et un soldat qui en tue un autre sur un champ de bataille (pour des raisons glorieuses comme la liberté, l'amour de la patrie... sauf qu'au final, on a quand même un bonhomme mort dans le tas)? On peut aller assez loin dans les interrogations. Enfin, c'est ce qui rend le débat intéressant.
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Anaïs » lun. déc. 16, 2013 10:17 pm

Hum... Certains sujets sont quasiment universellement immoraux. L'inceste par exemple (on en revient toujours au même point). Simplement, quand l'auteur défend de toute évidence certaines valeurs, c'est dommage qu'il choisisse de faire du sensationnel pour le plaisir des lecteurs. Après, je ne fais pas non plus l'apologie d'une littérature de bisounours. J'aime surtout quand la lecture me fait réfléchir.

J'ai adoré "La Couleur des sentiments", qui (en tout cas pour le roman) se termine sur une saveur douce-amère. Et ce qui finit mal ne semble pas tourné ainsi pour le plaisir de faire souffrir le personnage (et le lecteur).

Et j'en reviens toujours à cette idée : quand un auteur qui fait souffrir ses personnages pour avoir de l'audimat uniquement (Hunger Games me semble en être un exemple concret), ne peut-on pas se poser des questions sur les valeurs de cet auteur (ou ses travers, sa maladie mentale, même !). Pour Hunger Games, je vois une dame qui a des penchants sadiques ; pour Twilight une femme qui pense que les femmes sont juste bonnes à tomber amoureuses, fonder une famille et s'en occuper...

Ah, au fait :
Crazy a écrit :Twoilettes
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Iluinar » lun. déc. 16, 2013 10:31 pm

Anaïs a écrit :Pour Hunger Games, je vois une dame qui a des penchants sadiques
Enfin bon, on ne peut pas mettre sur le même plan un auteur qui fait "souffrir" des personnages fictifs et un vrai tortionnaire. J'ai déjà fait souffrir certains de mes persos (souvent même), ça ne m'empêche pas d'être un garçon très bien dans la vraie vie ^^

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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Crazy » lun. déc. 16, 2013 10:39 pm

Iluinar a écrit :Enfin bon, on ne peut pas mettre sur le même plan un auteur qui fait "souffrir" des personnages fictifs et un vrai tortionnaire. J'ai déjà fait souffrir certains de mes persos (souvent même), ça ne m'empêche pas d'être un garçon très bien dans la vraie vie ^^
Je plussoie, et par ailleurs, j'ai pas l'impression que Collins torture Katniss pour le plaisir/l'audimat, comme dit Anaïs.

Faut pas oublier que si on veut des scènes violentes réalistes, ben ça devient plus dark que dans des films/bouquins des années 50...
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Eva » lun. déc. 16, 2013 10:51 pm

Pour Hunger games et Wild seed, il me semble que la moralité est très facile à voir pour les lecteurs. Tu comprends direct que Doro est un mauvais eugéniste :mrgreen: et que le gouvernement en place dans Hunger Games est une vile tyrannie. A part écrire carrément "ces personnages sont des méchants, honte à eux", il n'y a pas plus clair, comme situation.

Donc je ne vois pas en quoi ces romans sont immoraux. Ils mettent en scène des personnages qui le sont, mais ils n'en font pas l'apologie. Au contraire, l'histoire est tournée de façon à inciter le lecteur à les condamner.
Anaïs a écrit : Et j'en reviens toujours à cette idée : quand un auteur qui fait souffrir ses personnages pour avoir de l'audimat uniquement (Hunger Games me semble en être un exemple concret), ne peut-on pas se poser des questions sur les valeurs de cet auteur (ou ses travers, sa maladie mentale, même !). Pour Hunger Games, je vois une dame qui a des penchants sadiques
Franchement, ça m'étonnerait. C'est le propre des héros, de devoir souffrir et de triompher quand même. Certains auteurs ont la main plus lourde que d'autres (je te conseille pas Robin Hobb), mais dans ce genre de roman, plus terribles sont les épreuves et plus grandes sont les récompenses et le prestige finals. Bien sûr, si à la fin de la série, Katniss finit mendiante dans un taudis et meurt de froid et de malnutrition, tu pourras t'interroger sur les intentions de l'auteur. Mais ça m'étonnerait beaucoup que ça prenne cette tournure. :P

Sinon, j'aime bien les histoires où la moralité est mal définie (donc le contraire de Hunger Games), où il est difficile de juger qui est juste et qui ne l'est pas. Et dans cette catégorie, je trouve que Watchmen fait très fort.
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Re: De l'immoralité dans les romans

Message par Anonyme_Quatre » lun. déc. 16, 2013 11:05 pm

quand un auteur qui fait souffrir ses personnages pour avoir de l'audimat uniquement (Hunger Games me semble en être un exemple concret), ne peut-on pas se poser des questions sur les valeurs de cet auteur (ou ses travers, sa maladie mentale, même !). Pour Hunger Games, je vois une dame qui a des penchants sadiques
Je le prends un peu pour moi, puisque mes personnages souffrent, se font violer et torturer moult fois, tuent des gens et autres joyeusetés. Pourtant, je n'ai jamais tué de petit animal pour le faire souffrir ni écarteler les ailes d'un papillon :p J'ai écris ce genre de scènes car c'était dans la logique d'un univers ou d'un personnage. C'est rarement gratuit ce genre de choses. Quand ça l'est, ça devient par contre comique, comme dans les films d'horreur.

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