Coups de pouce sur l'écriture

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Maldoror
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Coups de pouce sur l'écriture

Message par Maldoror »

Bonjour les grenouilles,

Je travaille sur la correction/réécriture de mon roman et, au fur et à mesure de l'avancée, plusieurs questions se sont posées à moi pour lesquelles j'apprécierais votre partage d'expérience :)

1) Comment faîtes-vous quand vous souhaitez insister sur certains mots dans votre texte pour en appuyer l'importance ?
ex: "Qui mieux que moi pouvait comprendre la soif de vengeance qui consumait Tarryn ? J’aurais fait… non, j’avais fait pareil à sa place, alors comment lui en vouloir pour ce qu’il s’apprêtait à faire ?"
Dans cet exemple, je souhaite marquer la partie en gras, dois-je le mettre en italique, uniquement compter sur la brillance du lecteur ? :ronge:

2) Dans l'insert d'un dialogue, que préconisez-vous concernant l'exemple suivant :
"demanda" ou "me demanda", quand le narrateur et le lecteur savent qui est l’interlocuteur s'adressant au narrateur (j'espère que je suis clair :argh: )

3) Sembler et paraître sont des verbes faibles et j'essaie d'en limiter l'usage quand il s'agit de mon narrateur (récit à la première personne). Cela dit, il n'est pas omniscient et quand il suppute sur les réactions des autres personnages, je dois laisser le doute et emploie "semblait, avait l'air de, paraissait", une recommandation à ce sujet ?

Merci par avance pour vos retours ! :merci2:
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Colcoriane
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Re: Coups de pouce sur l'écriture

Message par Colcoriane »

Bonjour !
D'abord bon courage pour ta réécriture !

Mes réponses à tes questions, qui n'engagent que moi...

1) Pour ce qui est de "compter sur la brillance du lecteur", j'ai envie de te dire : fais confiance à ton lecteur, il n'est pas bête.
Sinon, dans l'absolu, les deux sont tout à fait possibles, à toi de voir ce que tu préfères. J'aurais juste tendance à dire qu'il faut veiller à l'équilibre si tu choisis l'italique ; si ça revient à tous les paragraphes, ça perdra de son impact ; à l'inverse, si tu ne l'utilises qu'une fois dans tout le roman, ça peut faire tiquer le lecteur qui se demandera pourquoi tout à coup tu utilises l'italique, à moins qu'il y ait vraiment une raison majeure de mettre ce mot-là en évidence dans le roman.

2) Je ne suis pas sûre de comprendre ta question... Là comme ça mon premier réflexe, c'est : si le lecteur et le narrateur savent déjà qui s'adresse au narrateur, à quoi sert-il de mettre une incise ?
Sinon, entre "demanda" et "me demanda", je dirais que ça dépend du contexte. S'il y a plusieurs personnes dans la scène, il peut être pertinent de préciser à qui s'adresse la question, mais même dans ce cas ça peut être évident (soit parce que la question fait suite à une réplique du narrateur, ou parce qu'on voit le narrateur y répondre juste après, par exemple). Après, à voir aussi ce que ça donne en terme de rythme et de sonorité par rapport au reste du texte, ou s'il y a plusieurs répétitions de "me/moi" dans le passage.

3) A titre très personnel : pour moi, les verbes faibles, ça n'existe pas. Après, certes, il y a certains verbes qui viennent plus facilement et qui, si on n'y fait pas attention, pourraient générer des répétitions gênantes à la longue, même si elles ne sont pas hyper rapprochées. Mais à force de les bannir, on peut tomber dans l'excès ; parfois, un verbe "faible" passera beaucoup mieux que le terme "fort" qu'on voudra mettre à la place, parce qu'ils n'ont pas tout à fait la même nuance, pour une question de rythme, ou tout simplement parce qu'il est plus discret.

Pour en revenir à ta question :
Des verbes comme sembler et paraître apportent comme tu le dis une précision qui est nécessaire au sens de la phrase ; tu ne peux pas forcément simplement les enlever, surtout en focalisation interne, au risque de donner à ton lecteur l'impression que ton narrateur lit dans les pensées.
Ceci dit, selon les cas, ça peut passer quand même, parce que même sans lire les pensées des autres on peut être certain de son interprétation, et donc le narrateur pourra très bien se retrouver à dire simplement "untel a peur". Dire "untel semble avoir peur" laisse entendre au lecteur que le narrateur n'est pas sûr à cent pour cent de son interprétation. à toi de voir quelle impression tu veux donner au lecteur, si ton narrateur est du genre sûr de lui ou non, etc.
Maintenant, si tu as le sentiment qu'une occurrence est de trop et que tu ne peux pas juste l'enlever, il y a toujours moyen de contourner le problème. Par exemple, tu peux dire au lecteur ce qui fait penser au narrateur que tel personnage réagit de telle façon. Si ton narrateur pense qu'un autre a peur parce qu'il pâlit, mentionner le palissement devrait suffire à susciter la même déduction chez le lecteur, sans avoir besoin de l'accompagner d'un "il semble avoir peur". Encore une fois, fais confiance au lecteur.

J'espère que ça pourra t'aider !
Colcoriane
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Maldoror
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Re: Coups de pouce sur l'écriture

Message par Maldoror »

Hello Colcoriane et merci pour tes retours. Je précise là où il y a lieu ci-dessous :)
Colcoriane a écrit :
lun. mai 11, 2020 4:51 pm
1) Pour ce qui est de "compter sur la brillance du lecteur", j'ai envie de te dire : fais confiance à ton lecteur, il n'est pas bête.
Sinon, dans l'absolu, les deux sont tout à fait possibles, à toi de voir ce que tu préfères. J'aurais juste tendance à dire qu'il faut veiller à l'équilibre si tu choisis l'italique ; si ça revient à tous les paragraphes, ça perdra de son impact ; à l'inverse, si tu ne l'utilises qu'une fois dans tout le roman, ça peut faire tiquer le lecteur qui se demandera pourquoi tout à coup tu utilises l'italique, à moins qu'il y ait vraiment une raison majeure de mettre ce mot-là en évidence dans le roman.
En fait quand je me lis à voix haute le passage, je marque le coup sur le "j'avais fait", car il s'agit en quelque sorte d'une révélation au milieu de sa pensée. Je ne suis pas certain que le lecteur le prenne comme tel car la phrase marcherait aussi si ce n'était pas le cas.
Cette envie de "marquer le coup" arrive 3-4 fois dans l'histoire à date. Je comprends aussi de ta réponse qu'il n'y a pas de formule usitée.

Colcoriane a écrit :
lun. mai 11, 2020 4:51 pm
2) Je ne suis pas sûre de comprendre ta question... Là comme ça mon premier réflexe, c'est : si le lecteur et le narrateur savent déjà qui s'adresse au narrateur, à quoi sert-il de mettre une incise ?
Bonne remarque. Je mets l'incise dans le cas où il s'agisse d'une seule phrase de dialogue entraînant des réactions autres qu'une réponse en dialogue (ex : taisez-vous tous! et la façon dont chacun réagit à l'ordre). Après il peut aussi y avoir plusieurs personnes autour mais une discussion entre les deux.
Colcoriane a écrit :
lun. mai 11, 2020 4:51 pm
Sinon, entre "demanda" et "me demanda", je dirais que ça dépend du contexte. S'il y a plusieurs personnes dans la scène, il peut être pertinent de préciser à qui s'adresse la question, mais même dans ce cas ça peut être évident (soit parce que la question fait suite à une réplique du narrateur, ou parce qu'on voit le narrateur y répondre juste après, par exemple). Après, à voir aussi ce que ça donne en terme de rythme et de sonorité par rapport au reste du texte, ou s'il y a plusieurs répétitions de "me/moi" dans le passage.
Oui, je vais sans doute voir ça en fonction de la sonorité. Pas toujours évident :)
Colcoriane a écrit :
lun. mai 11, 2020 4:51 pm
3) A titre très personnel : pour moi, les verbes faibles, ça n'existe pas. Après, certes, il y a certains verbes qui viennent plus facilement et qui, si on n'y fait pas attention, pourraient générer des répétitions gênantes à la longue, même si elles ne sont pas hyper rapprochées. Mais à force de les bannir, on peut tomber dans l'excès ; parfois, un verbe "faible" passera beaucoup mieux que le terme "fort" qu'on voudra mettre à la place, parce qu'ils n'ont pas tout à fait la même nuance, pour une question de rythme, ou tout simplement parce qu'il est plus discret.
Je pense comme toi, c'est une question d'équilibre. Cela dit, des paragraphes enchaînant les auxiliaires ou faire/prendre(par exemple), ça peut vite desservir la lecture. Il vaut toujours mieux se fier au mot se rapprochant du sens réel voulu plutôt que d'employer un pis-aller, en tout cas à mon sens.

Colcoriane a écrit :
lun. mai 11, 2020 4:51 pm
Pour en revenir à ta question :
Des verbes comme sembler et paraître apportent comme tu le dis une précision qui est nécessaire au sens de la phrase ; tu ne peux pas forcément simplement les enlever, surtout en focalisation interne, au risque de donner à ton lecteur l'impression que ton narrateur lit dans les pensées.
Ceci dit, selon les cas, ça peut passer quand même, parce que même sans lire les pensées des autres on peut être certain de son interprétation, et donc le narrateur pourra très bien se retrouver à dire simplement "untel a peur". Dire "untel semble avoir peur" laisse entendre au lecteur que le narrateur n'est pas sûr à cent pour cent de son interprétation. à toi de voir quelle impression tu veux donner au lecteur, si ton narrateur est du genre sûr de lui ou non, etc.
Maintenant, si tu as le sentiment qu'une occurrence est de trop et que tu ne peux pas juste l'enlever, il y a toujours moyen de contourner le problème. Par exemple, tu peux dire au lecteur ce qui fait penser au narrateur que tel personnage réagit de telle façon. Si ton narrateur pense qu'un autre a peur parce qu'il pâlit, mentionner le palissement devrait suffire à susciter la même déduction chez le lecteur, sans avoir besoin de l'accompagner d'un "il semble avoir peur". Encore une fois, fais confiance au lecteur.
Oui ,tu as répondu à ma question. Ca dépend de l'impression laissée. Quelqu'un de trop sûr ferait omniscient ou imbu de sa personne, alors que dans certain cas même pour quelqu'un qui doute, les éléments de "show" feront passer le message.

Merci à toi!
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Nana
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Re: Coups de pouce sur l'écriture

Message par Nana »

Maldoror a écrit :
lun. mai 11, 2020 2:36 pm
1) Comment faîtes-vous quand vous souhaitez insister sur certains mots dans votre texte pour en appuyer l'importance ?
ex: "Qui mieux que moi pouvait comprendre la soif de vengeance qui consumait Tarryn ? J’aurais fait… non, j’avais fait pareil à sa place, alors comment lui en vouloir pour ce qu’il s’apprêtait à faire ?"
Dans cet exemple, je souhaite marquer la partie en gras, dois-je le mettre en italique, uniquement compter sur la brillance du lecteur ?
J'utilise en effet l'italique pour marquer une insistance.
Dans ton cas précis, le fait que le narrateur rectifie peut déjà donner un indice au lecteur qui comprendra tout seul que c'est important. Litalique peut cependant servir à insister davantage.
Maldoror a écrit :
lun. mai 11, 2020 2:36 pm
2) Dans l'insert d'un dialogue, que préconisez-vous concernant l'exemple suivant :
"demanda" ou "me demanda", quand le narrateur et le lecteur savent qui est l’interlocuteur s'adressant au narrateur (j'espère que je suis clair )
Si on sait à qui ton personnage s'adresse, "demanda" me semble moins lourd.
Maldoror a écrit :
lun. mai 11, 2020 2:36 pm
3) Sembler et paraître sont des verbes faibles et j'essaie d'en limiter l'usage quand il s'agit de mon narrateur (récit à la première personne). Cela dit, il n'est pas omniscient et quand il suppute sur les réactions des autres personnages, je dois laisser le doute et emploie "semblait, avait l'air de, paraissait", une recommandation à ce sujet ?
Je vais peut-être dire une bêtise qui me vaudra d'être fouettée par un grammairien, mais dans ce cas, ce ne sont pas des verbes faibles... non? Enfin, peu importe.
C'est comme tout : ce n'est pas leur utilisation qui pose problème mais leur répétition. Comme dit plus haut, tu peux parfois passer par du show à la place. Un truc que je fais aussi, c'est remplacer des "il semblait penser que" par "comme s'il pensait que". Je ne sais pas si c'est mieux, mais au besoin, ça peut éviter une répétition.
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Re: Coups de pouce sur l'écriture

Message par SebL »

Maldoror a écrit :
lun. mai 11, 2020 6:03 pm
En fait quand je me lis à voix haute le passage, je marque le coup sur le "j'avais fait", car il s'agit en quelque sorte d'une révélation au milieu de sa pensée. Je ne suis pas certain que le lecteur le prenne comme tel car la phrase marcherait aussi si ce n'était pas le cas.
Cette envie de "marquer le coup" arrive 3-4 fois dans l'histoire à date. Je comprends aussi de ta réponse qu'il n'y a pas de formule usitée.
Quand je lis ton passage, je marquerais aussi le coup, même sans italique: clairement, avec cette formulation, ne pas marquer le coup à l'oral me semblerait fautif. Éventuellement, on peut discuter de marquer le "non", le "j'avais fait" ou le "non, j'avais", mais pour moi c'est du détail: je ne vois pas quelqu'un lire ça sans marquer le coup.

Et personnellement, je ne recommanderais pas d'utiliser l'italique pour un cas où il y a déjà une insistance, et là, on a déjà le narrateur qui se corrige de lui-même, pour moi c'est largement suffisant.
Challenge terminé (prolongations au 31/10): Coeur Elfique

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Maldoror
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Re: Coups de pouce sur l'écriture

Message par Maldoror »

Merci Nana et SebL pour vos retours. Vos retours me confirment ce vers quoi je tendais :)

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